‹ Bossuet (volume 2)Chapitre 107 sur 329 · Ilist. sacr., t. II, p · texte numérisé non relu

Ilist. sacr., t. II, p

2. Hist. sacr., t. Il, p. 5, 12, 14, 31, 32, 127, 128, 132, 18'i, 192, 199.

3. Voy. la vie d'Hospinien par Heideuger, au t. I de l'édition de Genève, 1681.

4. Hist. de France, t. III, I. XXIX, f. 64-67 : « Voilà comme l'Amiral et autres ses partisans montrèrent que la gloire des plus heureux s'écoulant comme neige au soleil, et n'y ayant rien de plus trompeur que l'espoir des grandeurs et telles beautés de ce monde, qu'enfin misérable est celui lequel y pose le fondement de ses desseins... Ainsi furent les Confédérés (les Huguenots) saisis ce que le vulgaire appelle mourir, qui n'est pourtant que la fin d'une prison obscure aux esprits généreux; mais intolérable ennui à ceux qui ont mis tout leur espoir en Torde fange de ce monde et vanités de cour, plus variable et inconstante que la fortune même. En général tous les décédés pour le fait de conscience semblent

faire les moins difficiles. Au reste, dès 1581, le synode de La Rochelle censurait son histoire, et un peu plus tard d'Aubigné, tout en reconnaissant le mérite de l'auteur, n'hésite pas à accuser La Popelinière d'avoir vendu sa plume * .

Toutefois pour La Popelinière comme pour Hospinien, un avantage majeur contrebalançait sans doute, aux yeux de Bossuet% les motifs de suspicion que les luthériens pouvaient avoir contre l'un, et les calvinistes contre l'autre : — je veux dire l'abondance des documents authentiques qu'il trouvait chez tous deux. — C'est parla surtout, en effet, que vaut le long ouvrage de l'historien français; il n'y a presque pas de page où il ne rachète l'obscurité diffuse de sa narration ou l'insignifiance déclamatoire de ses jugements par l'insertion de quelque pièce originale qui éclaire, en le corrigeant parfois, son propre texte^.

De même V Histoire Sacramentaire reproduit la plupart des Confessions de foi des premières Eglises luthériennes et zwingliennes\ et, pour Luther, comme pour quelques autres Réformateurs, le texte ou l'analyse développée de lettres et d'écrits importants qui n'étaient pas publiés ail-

s'être voulus conforraer au papillon, lequel voletant autour de la lumière dont il émerveille la splendeur, enfin en éprouve la vertu qui le brûle mourant pour trop aimer. Ainsi les Confédérés, ne prenant si grand plaisir qu'à l'exercice et maintien de leur religion, en éprouvèrent la vertu, qui leur fit changer de vie et estimer heureux de mourir pour cette cause : ... seul moyen et assuré réconfort du misérable état de cette vie, qu'ils eussent autrement été contraints de traîner parmi les ordures de la vanité de ce monde. »

1. D'Albig.né, Préface de son Histoire, t. I, p. 4 et p. 269. — Cf. Sorel, Ci6/. franc., p. 3ûi; Arcère, Hist. de la Rochelle, t. II, p. 595, 600; Biiltel. delà Soc. de l'HisL du Prof, fr., t. XII, p. 254 sqq. ; H.\ag, France prolestante (art. Voisi.N); Michelet, Hist. de France, t. XII, p. .871. — Bèze était moins sévère pour La Popelinière (voy. une lettre du 25 mars 1581, citée par A. de RuBLE, édit. de X'Hist. univ. de d'Aubigné, t. I, p. 372).

2. Bossuet s'est interrogé, OQ le voit (I. VIII, n» lxu), sur la valeur de l'histoire d'Hospinien.

3. Voy. Histoire de France, éd. de 1581, t. I, Avertissement et p. 166, 168, 170, 209, 211-213, 225-228, 2.59, 263-268, 280-281, où les documents sont donnés au complet; et passim alibi.

4. Soit entièrement, soit par fragments. (Confessions de Zwingle, de Bucer, de M'ianchthon, la Parva confessio Liitheri; Confessions de Saxe, de France, de Transylvanie, de Suisse, des Vaudois, des Quatre villes, de Bàle, etc.)

leurs'. Puisque l'ignorance de l'allemand privait Bossuet de consulter, au moins par lui-même, un certain nombre d'ouvrages qui l'eussent intéressé, il lui fallait bien chercher ailleurs un complément d'informations d'autant plus nécessaire.

Mais où Bossuet semble, encore davantage, déroger à la circonspection que nous promettait sa préface, c'est quand il emploie si souvent, sur le compte de Luther et sur l'état de l'Allemagne luthérienne, la correspondance d'Erasme. — Il est sur que s'il fallait croire tout ce que Luther dit d'Erasme, on ne croirait rien de ce qu'Erasme dit de Luther. « Erasme est un fourbe et un bouffon ; c'est le Judas du Christianisme, que son scepticisme épicurien s'étudie à ruiner sous le couvert d'un faux respect; c'est lui qui est le véritable père de toutes les hérésies dont le parti naissant de l'Evangile est déchiré^» Et peu de temps avant sa mort, Luther recommandait à ses intimes l'héritage de cette haine. «Je vous prie, — disaitil à ses commensaux, — vous tous qui avez à cœur la gloire du Christ, je vous prie d'être les ennemis d'Erasme'.» L'humaniste de Rotterdam parait donc avoir été considéré par le Réformateur comme le plus acharné de ses détracteurs, comme le plus perfide de ses adversaires, et il semble que ce soit en vérité le dernier homme que Bossuet put consulter. Et pourtant les citations qu'il en fait sont assez nombreuses. — A-t-il eu des raisons plau-

1. Leibmz (lettres du 27 nov. 1678 et du 18 avril i692', Œuvres, édit. Foucher de Careil , t. I, p. 24-25, p. 276) signale à l'attention de Bossuet les ouvrages d'Hospinien. — Paimi ces ouvrages, Bossuet laisse de côté ceux qui sont de plus pure polémique, comme la Concordia discors, sive de origine el progressu formulae Bergensis (1609) pour ne s'attacher qu'à l'histoire proprement dite de la querelle sacramentaire. — Il y avait également sur le sujet des variations de la Confession d'Augsbourg un livre de George Brau.v : Catholicorum Tremonensium adversus lulkeranae factionis praedicantes defensio , 1603, où ces variations étaient étalées, dit Bayle, art. Hospimex, rem. C; mais il observe que Bossuet ne paraît pas s'en être servi el qu'il s'est contenté d'Hospinien.

2. Colloqicia, éd. Bindseil, t. I, p. 273, 27i, 275, 276, 278.

8. Coll., t. 1, p. 27i : « In die Trinitatis, Marlinus Lutherus ad suos commensales dixit : Vos omnes oro, quibus Chrisli gloria el Evangelii propagatio cordi est, ut sitis inimici Erasmi. Est enim vaslator religionis, » Cf. p. 278.

sibles traccordei' sa confiance à Erasme, en dépit des protestations anticipées du principal intéressé ?

De 1317 à 1523, Erasme (sa correspondance nous le montre) est publiquement en bons termes avec Luther, Non pas, à la vérité, qu'il s'empresse de se jeter dans les bras d'un aussi hardi révolutionnaire : chef reconnu des humanistes de toute l'Europe, Erasme sait à quelle réserve l'obhge cette espèce de royauté d'esprit. Il ne doit pas compromettre la prospérité encore mal assurée des études renaissantes, en liant leur cause à une entreprise dont le succès est incertain'. Mais s'il attend pour se prononcer, il n'en applaudit pas moins, d'une façon officieuse et discrète, à cette tentative énergique, et qui pourra devenir efficace, de restaurer le Christianisme eh l'épurant.

Le tour que les événements prirent ne lui donna pas, il est vrai, l'occasion d'accorder plus expressément aux hommes de W^ittenberg" le concours de son autorité morale. Ce n'est pas ainsi qu'il avait rêvé la Réforme ^ ni surtout le Réformateur*. Toutefois, — et c'est le point qu'il faut noter, — si le procédé brutal et la précipitation téméraire des novateurs le scandalisent et l'inquiètent*, il n'improuve cependant ni le principe, ni le but de leur entreprise''. L'orgueil, le dogmatisme, les excès sou-

1. Voy. sur tous ces points, G. Feugère, Érasme, p. 633 sqq. ; Massebieau, Encyclop. Lichtenberger, art. Érasme; Drum.mond, Erasmus, his Life and Character.

2. « At ego Uberlatem ita malebam lemperalam ut Pontifices etiam ac Monarchas adhujus negotii consortium pelliceremus.» Epist. III, xix (1524). Je cite tantôt d'après l'éJitioQ des Epislolae de Londres, 1642, qui est celle dont Bossuel se sert (Catal. de sa Bibiiotli''que, n» 303); tantôt d'après l'édition de 1703 des Opéra omnia d'Erasme. Les indications eu chiffres arabes se rapportent à cette dernière où les lettres ont un numérotage continu. Les indications en chiffres romains se rapportent à l'édition de 1642.

3. « In illius scriptis off'enderat nescio quid sueviim et austerum îiec satis referens mansueludinem spirilus Evangelici...» Epist. XIV, i, ad Campegiiim (1520).

4. Epist. 621 (21 avril 1522, à un Évêque); Epist. 317 de VAppendix dn t. IV, à Nicolas Everard (1521) ; Epist. 635, à George, duc de Saxe : u El tamen hic gravius peccant lutherani quidam quam ipse Liitherui-.» (1522).

5. « llliid video, ut quisqiie vir est optimus,ita illius scriptis minime offendi; non quod probent omnia, opinor, sed quod hoc animo illum legant.

vent grossiers de Luther choquent son goût et désolent sa prudence; mais il n'en veut point à la personne même du Réformateur, dont il admire hautement le courage pieux, et qu'au besoin il protège même de son crédit personnel. Par contre il refuse obstinément de prêter sa plume aux catholiques. Ce n'est que pour échapper à leurs instances que ce lettré, si amoureux pourtant de son bien-être et si attaché à ses habitudes, quitte Louvain et se condamne à l'exila — Et de toutes les raisons qu'il donne pour s'excuser d'écrire contre Luther, la plus vraie, sans doute, est celle-ci : il craindrait, en le combattant, de combattre l'ouvrier, indiscret et maladroit si l'on veut, mais providentiel, d'une œuvre sainte ^

Après dix ans de cette neutralité bienveillante^, — quand

quo non Cuprianum ac Ilieronymum, imo etiam Petrttm Lomhardum, nimirum ad milita connivenles... De arlicuUs qiios objiciunt Luthero, in pruesenlia non dispulo, tantum de modo et occasione disputo. Ausus est Lutherus de Jndulgentiis dubitare, sed de quibiis alii prius nimis impudenter usseveraverant. Ausus est, etc. » Epist. 477, au cardinal Albert de Mayenne, !«'■ nov. 1519. « Hactenus favebam Lutliero ut nollem illum dedi quorumdam libidini qui quovis praetexlu lendebant ad subvertendas Utteras... Ita favebam Luthero ut corrigi mallem quam perdi, revocari quam exstingui, si quid erraret.» Epist. XIV, i, ad Campegium (lô20). — Epis t. GSô [1022], au duc Georges de Saxe : « Lutherus, quod negari non polest, optimam fabulam susceperat, etc. — PericuLum est ne oppressa Luthero simul pereant tôt hona quae nolim aboleri ; tum autem ne pars victrix invehat nobis quaedam quae nulli Christi amantes fere poterunt, quaeque cessura videantur in grave detrimentum gloriae Christianae et Evangelicae sinceritatis. » Cf. Epist. 718 (1524).

1. Érasme déclare au cardinal qu'il a reconnu en Luther -c ingenium pulchre accommodatum. . . ad suscitandam Evangelicae doctrinae scintillam.n « Ad hoc praestandum mihi videbatur ille et natura compositus, et accensus studio.» <i De spiritu hominis non ausim Judicare : est enim difficillimum, pruesertim in purtem pejorem. Et tainen si illi faverem, ut viro bono...; si, ut reo...: si, ut oppresso.., quae tandem esset invidia?... Optarim pectus illud, quod videtur habere praeclaras quasdam scintillas Evangelicae doctrinae, non opprimi, etc.» Epist. 477, au cardinal Albert de Mayence (ler nov. 1519).

2. Érasme le déclare, en 1523, dans les Spungia adversus adspergines Hutteni, dédiés à Zwingli ; dans VEpistola adfrutres Germaniae inferioris{i" août 1530, Op., t. X, p. 1612). Cf. Epist. 635, au duc George de Saxe (1523); Epist. 718, au même (152i) : « Alin me religio commovebat : si morbi nostri meruerunt tam inclementem correctorem... Videbatur tantus successus non absque numine geri », etc. — Érasme répète les mêmes idées dans les mêmes termes, et avec la plus grande précision, dans VHj/peraspistes adressé à Luther en 1526 {Op., t. IX, p. 1250). Cf. encore Epist. 796 (7 mars 1526).

3. Parmi les catholiques, en 1523-1524, on est unanime à considérer Érasme comme un partisan de Luther. Voy. Feugère, Erasme, p. 97-107.

les emportements et la tyrannie de Luther font douter ses partisans eux-mêmes de sa mission divine; quand l'effervescence de l'Allemagne et le soulèvement des paysans démontrent aux sages les conséquences de Finfusion trop brusque parmi les peuples d'une doctrine qu'interprètent mal leurs passions ignorantes'; — alors seulement Erasme, cédant aux sollicitations d'un Pape qu'il estime et des princes qui le protègent, se décide enfin ^ après bien des scrupules, à écrire, je ne dirai pas contre Luther, mais sur Luther. Car il faut avouer que vraiment le traité du Libre arbitre n'a pas un air polémique et agressif : c'est une exposition «amicale», adressée à Luther, d'idées différentes des siennes sur une question unique', en même temps qu'une invitation bienveillante, enveloppée de ménagements courtois*, à garder plus de mesure dans ses affirmations dogmatiques, plus de discrétion dans sa façon d'agir comme de parler.

La rupture qui s'ensuivit, après la violente réponse

1. Epist. ad Melanchthonem (1524) : « Jam ut largramur esse vera quae docet Lutherus... quid inutilius ad christianam pietatem quam haec audire vulcjits indoctiim », etc.

2. Le désir qu'il avait de se mettre en repos du côté de Rome et des catholiques et de les satisfaire en rompant au moins une lance avec Luther fut pour beaucoup dans sa détermination. Voy. Epist., lib. XIX, cxni, sept. 1524 ; cf. plus bas, note 2; etc.

3. Fecgère, Érasme, p. 117 : « En choisissant contre Luther son point d'attaque, en limitant le débat à une question précise et circonscrite, il marquait encore son désir de ne pas s'engager trop avant et de donner à sa polémique l'apparence d'une controverse érudite et sans personnalités. » — Sur les hésitations d'Érasme avant de publier son livre, voy. Epist. 657, 658, 715. — Pour ses ménagements flatteurs à l'égard de Luther, voy. De libero arbitrio, Op., t. IX, pars I, p. 1247; cf. Drl-.mmo.vd, t. II, p. 204, 206, 207.

4. Tout au plus y a-t-il quelques ironies, mais bien innocentes : « Evasmus audet cum Luthero congredi : hoc est ciim elephanto mitsca!» (Op. Erasmi, t. IX, pars I, p. 1217). — Dans Y Hyperaspistes , où Érasme réplique à la violente réponse de Luther, il insiste avec beaucoup de force sur le caractère de modération qu'il avait volontairement imprimé à son écrit : « Veriim ubi Principibus diutius excusare non possem et opprimerer invidia falsissimaqiie suspicione (Érasme a toujours tenu à ne pas aliéner son indépendance et à ne pas se laisser appeler luthérien), scripsi diatribam (une étude, un essai), sed ila temperalo stylo ut tu non passes optare disputationem civiliorem, ac Pharisaeis quibusdam visus siim tecum non decertare, sed colludere, qui sic dentés et ungues continuerim... Quaedam in tua Assertione dicta odiosus, prudens dissimulavi, quoniam nlsi te laeso tractari non polerant », etc. {Op., t. IX, p. 1251).

que fit Luther au traité du Libre Arbitre, change-t-elle d'une façon appréciable les sentiments et la conduite d'Erasme à l'égard du Réformateur? Les écrivains catholiques,— jaloux d'enlever le nom d'Erasme à la Réforme, — et les protestants, — dédaigneux de le revendiquer pour elle, — s'accordent à le soutenir. Et pourtant, si l'on continue d'étudier, à partir de î52o, l'abondante correspondance d'Erasme, on y chercherait en vain non pas seulement des invectives ou des calomnies contre Luther^ mais même plus de sévérité sur son compte qu'auparavant'. Les plaintes ne manquent point, sans doute, de la violence avec laquelle Luther l'a traité. Mais à côté de la plainte, il est curieux de noter qu'il y a toujours l'excuse. « Si Luther s'est montré cruellement injuste pour Erasme, la faute en est moins à lui qu'aux mauvais conseillers qui l'inspirent^» Et cette appréciation indulgente, — cette sorte d'apologie de Luther par une de ses victimes, — se ressent également dans les jugements que porte Erasme sur les causes premières des excès qu'il déplore. A l'entendre, ce n'est pas Luther qui en est responsable, tout compte fait; ce sont les moines, les théologiens scolastiques, ceux qui détestent Erasme, lui aussi, et qu'il déteste^; ce sont eux qui, après avoir provoqué Luther par les scandales de leurs prédications, le pous-

1. Les plus grandes méchaucetés d'Érasme sont encore ici quelques plaisanteries de vieux savant sur le mariage de Luther [Epist. 781, 2i déc. 1525).

2. « Nulli magis offecerunt Luthero quam qui vehementer videri voluer-unl Lutherani.» Epist., l. XIX, m, à Mélanchthon, 152i. — Cf. lettre du 11 avril 1526 à Luther, qu'il accuse d'être « betie consulentibus amicis inlraclabilis ; Levihus quibusdam tenebrionibits ad quidvis ftexilis. » — « Lutherus decreverat dissimulare mearn Dialriham, quod et ipse fatetur, sed amici, quorumdam jaclanlia irritati, per litteras exstimularunt hominem ut me prosterneret si vellet faclionem subsistere. » Epist. 813 (1526). — Cf. Ep. 796 (7 mars 1526;; Ep. 801 (13 mars 1526) : il soupçonne soit les théologiens de Wittenberg, soit les partisans du « Sens figuré') d'avoir excité Luther contre lui. Il désigne nommément Amsdorf (« homo indoctus et iiieptus ») dans la lettre 1272 (6 oct. 1534). — Cf. l'écrit adversus calumniosissimam Lutheri Epislolam (Op., t. X, p. 1538).

3. Sur les attaques de Noël Beda et des théologiens parisiens, en 152'i, contre Érasme, v. Fki'gère, Erasme, p. 133.

sent à bout par leurs invectives «enragées'.» Mélanchthon aurait-il mieux dit?

Enfin, même les derniers écrits d'Erasme^, dans sa controverse avec Luther, ne marquent en aucune façon racharnement d'un ennemi. Ils respirent bien moins la haine ou la colère qu'une sorte de découragement ému : quelque chose comme la tristesse inavouée d'un homme qui se voit, non seulement incompris^ mais encore renié et bafoué de ceux dont il est l'ami sans pouvoir le leur dire^...

C'est là, au fond, le sentiment intime et persistant d'Erasme. 11 lui est arrivé, au moins une fois, malgré la prudence de sa plume, d'en laisser échapper l'aveu. En 1528, le bruit court que Luther se rétracte, qu'il renonce à la lutte... Erasme se réjouit-il à cette nouvelle? Il s'effraie. <■<■ Plaise à Dieu, » écrit-il au chancelier de l'Empire, «qu'à la fièvre luthérienne la sottise méchante des moines ne fasse pas succéder une pire tragé-

1. Epist. 910 (29 nov. 1527) : '< Hoc (/ravissirmim Lutheri incendium iinde iiatum, unde hue progressum, nisi ex Beddaicis intemperiis? » Voy. la même idée dans les lettres du 2 septembre, du 14 octobre, du 29 novembre 1527.

2. Même V Hyper aspistes, diatribe adversiis Servum arbilrium LiUheri (1526-1527), et la réplique d'Érasme Adversun calumniosisshnam epislolam M. Lulheri (1527). — Le début de VHijperaspisles où Érasme explique avec plus de netteté, ce semble, que nulle part ailleurs, les motifs intimes de sou attitude vis-à-vis du luthéranisme, est plutôt flatteur pour Luther [Op., t. IX,

3. Voy. par ex., Hyperaspisles, Op., t. IX, p. 1256-1257 : « Nondum tam maie de te senlio, Luthere, ut exislimem te hue destinasse tua consilia, sed tamen jam pridem cum hanc fabulam ordireris, e calami tui violentiacepi conjecturavi rem hue exituram... Videbare suscepisse negotium purgandi mores Ecclesiae, quos nemo non fatelur eo prolapsos ut nec vitia nostra, nec remédia pati possimus. Idem saepe frustra tentatvm est, etvicitmimdus. Tu videbaris ad hoc idoneus... Quod si paralus eras debacchari in omnes qui fabulam abs te susceptam non omnino improbarent, actionem vero damnarent, etc.» Ce sont les mêmes expressions, on le voit, que dans ses lett'"es d'autrefois au cardinal Campège ou à Georges de Saxe. — Dans l'écrit de 1527 cité plus haut, il reproche à Luther d'avoir contre lui u parricidiale quoddam odium...y> : ce mot est caractéristique chez un homme qui pesait ses termes [Op., t. IX, p. 1537). Il n'a pas, dit-il, attaqué Lutherie premier ; au contraire, on l'accuse toujours « quod lutheranis patrocinetiir. » Il a détourné Cochlée d'écrire contre Luther; il n'a pas répondu aux avances que G. Wicel, séparé de Luther, lui faisait. Il ajoute encore : « Nusquam in scriptis meis appello Lutheri doctrinam haeresim-» ce qui est exact; il dit toujours : lutherana Iragoedia, fabula tempestas..., hitheramtm incendium, negotium.

die'!» C'est qu'en réalité, tout en reprochant à la Réforme d'avoir compromis, dans un bouleversement hàtif, la cause sacrée des lettres", il ne peut s'empêcher de reconnaître qu'à présent encore , et comme au premier jour, les ennemis les plus ardents de Luther sont toujours ceux de la science et du progrès^, — ceux d'Erasme \ — Et puis Erasme , quoi qu'en ait voulu dire Luther, n'est pas seulement un lettré superficiel et sec, indifférent aux choses de l'àme. Il songe souvent à l'état méprisable où se trouvait, avant les premières démarches de Luther, la société chrétienne^; il n'a toujours que haine et que dégoût pour ce pharisaïsme grossier dont la lèpre avait, selon lui, envahi presque toute l'Eglise, — et quand ces souvenirs lui reviennent, il se prend à souhaiter qu'à aucun prix la tyrannie des moines et des scolastiques ne se relève. Luther est un «cruel médecin®,» sans doute, et cette réformation si souvent essayée, qu'il semblait désigné du ciel pour mener le premier à bonne fin, il la gâte par les violences de son langage et les témérités de sa conduite^; mais si le «remède » est dur, le « mal» était pire. Erasme ne peut oublier qu'après tout il fut, luimême, jadis, l'un des plus vifs à en dénoncer l'excès, et à commencer la campagne que Luther a poursuivie. Faudraitil donc que tous ces efforts fussent vains , que cette tentative salutaire avortât comme tant d'autres? Erasme a beau faire : la cause de Luther est toujours pour lui « la cause du Christ, » et s'il n'ose et ne peut en conscience

1. Epist. 967 (27 juillet 1528) à Gattiaara. — Cf. lettre à un comte de l'empire, même anoée (citée par Bayle, art. Érasme, Rem. T.) « Si inclinât factio lulherana,... exorielur inlolerafAUs Pseudomonachonim tyrannis.»

2. Epist. 427, du 30 avril 1519, ad Lutherum ; Hyperaspistes, Op., t. IX, p. 13.33. — En 1524 [Epist., 1. XIX, n" cxni), Érasme écrit à Mélanchthon : « Causam bonarum Litterarum semovi a causa Lutheri. »

3. Epist. 1163 (13 mars 1531); 7S1 (2i déc. 1525); 843 (1526); 796 (7 mars 1526).

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