‹ Bossuet (volume 2)Chapitre 114 sur 329 · L. V, nos xvii-xx; l.'X, n» xix · texte numérisé non relu

L. V, nos xvii-xx; l.'X, n» xix

3. L. III, n» XLii. Cf. n» XLiu : « Bucer disputait ainsi pour l'Église catholique en 15i6 [dans la cooféreoce de Ralisbonne', etc.»

tout le parti, parles concessions que Mélanchthoa fit, bien plus tard et en son nom propre, aux partisans du « sens figuré», Bossuet proteste, et il observe avec raison qu'il faut « regarder, non pas ce que Mélanchthon a pensé depuis, mais ce que Mélanclitbon pensait alors, avec tous ceux de la secte. »

Cette habitude d'avoir égard à la chronologie lui permet parfois de redresser judicieusement les écrivains qu'il combat. Un jeune érudit protestant. Daniel de Larroque, venait, dans un opuscule contre Varillas*, de produire une Confession de foi anglaise « où la Présence réelle était clairement établie, et la Transsubstantiation non moins clairement rejetée»; mais le plus curieux, c'est qu'il soutenait que cette Confession de foi avait été it proposée à Wicle/n par les évêques catholiques, rassemblés dans le concile de Londres de 1382, « où arriva ce grand tremblement de terre, et qu'on appelle pour cette raison Concilium terrae motus. » Cette grave assertion méritait d'être confirmée. Ici encore, — par la faute de ses adversaires, — Bossuet n'a pas de quoi leur démontrer pleinement qu'ils ont tort : il voudrait qu'on lui eût mis, sous les yeux « toute la suite », et non pas un fragment isolé de cette Confession si surprenante. Il croit pouvoir, du moins, la contester déjà par la seule considération de la date que Larroque lui assigne : « Wiclef même répète quatre fois [dans son fameux Trialogue] que, dans le concile de Londres où la terre trembla, on définit en termes exprès que la substance du pain et du vin ne demeurait pas après la consécration ; donc il est plus clair que le jour que la Confession de foi, où ce changement de substance est rejeté, ne peut pas être de ce concile ^ »

Préoccupé de rauthenticité et de la date des témoignages, il l'est aussi de la crédibilité des témoins. Entre

i. Nouvelles accusations contre M. Varillas, 1687.

2. L. XI) n» CLU. — Cf. d'autres observations sur les dates des documents, 1. III, n» XXV ; 1. IV, n» xvi.

tous les auteurs dont il se sert, il a évidemment dressé comme une hiérarchie de valeur qu'il est facile, en observant quelques cas particuliers, de reconstituer.

Au dernier degré sont naturellement, à ses yeux, les historiens qui n'ont pas été contemporains des faits qu'ils racontent. Sans doute il veut bien les écouter parfois, — j'entends qu'il lui arrive, entre temps, de prendre leur avis et de noter leur impression s'il l'estime instructive'; — mais le rôle où il les réduit d'ordinaire est singulièrement plus effacé. La plupart du temps, ni leur jugement ne parait compter à ses yeux, ni leur rapport seul ne lui suffit. Il se conforme en toute rigueur au principe que sa scrupuleuse prudence d'historien controversiste s'est imposé : les originaux avant tout. Il cite, à la vérité, VHistoire sacramentaire d'Hospinien^, VHistoire des Freines de Bohême de Camerarius', VHistoire de France de La Popelinière''; mais, le plus souvent ce n'est ni d'Hospinien lui-même, ni de Camerarius, ni de La Popelinière qu'à proprement parler il se sert; le plus souvent, ce n'est pas le récit composé par chacun de ces écrivains qu'il suit ; et plus rarement encore se soucie-t-il de recueillir leurs Commentaires et d'adopter leurs opinions®. Ce qu'il

1. C'est le cas, par exemple, pour le luthérien George Calixte (voy. plus loin, p. 212) dont il estime avec raison le jugement. Dans \a.Tradilioti défendue, pavl. II, ch. m, il a l'occasion de s'e.xpliqupr sur l'usage qu'il avait fait de cet auteur dans le Traité des deux Espèces : « M. de Larroque m'a reproché d'avoir pris tout cela dans Calixte, célèbre luthérien qui a écrit de toute sa force contre la communion sous une espèce. Tant pis pour les protestants si les faits que j'établis sont si constants que nos plus grands adversaires en convieonpnt avec nous. En eiïet, Calixte est ici d'accord avec Aeneas Sylvius qui écrivit cette histoire dans le temps où la mémoire en était récente, et si j'ai mieux aimé cite?' Calixte que Sylviiis, c'est afin que des faits de cette importance fussent confirmés aux protestants par le témoignage de leurs auteurs. » Cette réflexion est applicable à plusieurs des passages de VHistoire des Variations, énumérés plus loin, où Bossuet se sert du Judiciian de Controversiis de Calixte.

2. Par ex., 1. VI, a"* xni, xl, etc. 11 adopte néanmoins quelquefois le récit. et les opinions d'Hospinien sous les réserves et avec les précautions nécessaires. (V. p. 220-221).

3. Par ex., 1. XI, n° cl. De même pour l'ouvrage de Balthazar LYDius{IFa/densia, 1623), n»* cui, clxviii, clxxxi sqq.

4. L. X, nos XXV, XXVI, xlii, u. — Pour la façon indépendante dont il se sert de VHistoire de la Réformation anglicane de Bcrnet, voyez plus loin, p. 219-220.

5. Voy. cependant 1. Il, n» xxix. — De même, 1. XI, n"» clxiii-clxv, il croit pouvoir se servir de confiance de VHistoire de l'Eucharistie, de Larroque le

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veut d'eux surtout, ce qu'il se contente presque toujours d'en tirer, ce sont les documents originaux qu'ils font connaître intégralement, ou par fragments, ou par analyse. A dire vrai, leurs ouvrages ne sont pas pour lui des autorités, mais de simples recueils de textes. Peut-être, suivant la maxime que nous l'avons vu formuler dans la Tradition défendue sur les deux Espèces^ la lecture des écrivains de seconde main lui a-t-elle servi d'introduction préliminaire à ses recherches, — afin de prendre une vue générale des faits avant de pousser plus avant pour son propre compte; — mais bien plus probablement il n'en a usé que comme d'un complément et d'une vérification à ses investigations particulières, pour être sûr de n'avoir pas omis, dans ses lectures, des textes essentiels, ou pour connaitre ceux des documents originaux importants qui n'avaient été publiés que par ces historiens.

Il établit aussi une sorte de classement d'autorité parmi les auteurs contemporains auxquels il accorde sa confiance. Sur les commencements du Luthéranisme, il se fie plus à Sleidan et à Mélanchthon qu'à Erasme; plus à Chytrée, ou même à Calixte', quoique plus modernes, qu'à Joachim Camerarius ou à Peucer^, très engagés

père, qui, sur Jeaa Huss, dit-il « a fait la question jugée »: eX àa?, Nouvelles Accusations contre Varillas, de Larroque le fils, «jeune auteur, qui pousse ses recherches plus avant que n'avait fait encore aucun protestant. »

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