L. III, ch. n, n» iv
3. Mémoires de Condé, t. III, p. 272, .305, 319, 431, 4i4, 52i, 628; t. IV, p. 1 sqq.; etc. — Lorsque Spifame, envoyé du prince de Condé à la diète de Francfort, se propose d'instruire Ferdinand de « la vérité des choses,» il passe très rapidement sur « le fait de la religion », comme secondaire. Il n'insiste que sur les intérêts rivaux des familles princières et sur les motifs politiques de l'insurrection. Voy. La Popelinière, t. I, p. .333-334. — Les Guises, du reste, eux aussi, voulaient faire croire à l'étranger que les querelles de France étaient purement politiques. Voy. La Popeli.mère, t. I, p. 353, sur la très curieuse déclaration qu'ils firent signer aux princes de Bourbon et qu'ils publièrent, comme quoi <c le prince de Condé et les autres princes, chevalier*, seigneurs et gentilshommes fidèles et loyaux sujets et serviteurs de S. .VI., ses associés, n'ont entrepris celte querelle pour son service, ni pour le bien de la Religion ; a'\n?> pour quelque passion particulière...» La loyauté de Coligny proteste contre ces manœuvres et ces compromissions, et dans la lettre qu'il écrit de son côté à l'empereur Ferdinand, il déclare au contraire «que, si l'on veut accorder [aux protestants] l'exercice de [leur] religion libre, [ils] ''eront bien connaître quel
toire contemporaine de Régnier de La Planche. Le désaccord qui existe chez lui entre les sentiments vrais^ et la thèse imposée est flagrant. Quand il arrive à la conjuration d'Amboise, il vient de retracer, — durant vingt pages, — les souffrances des Réformés, leurs griefs, leurs requêtes, leurs démarches désespérées et menaçantes en faveur d'Anne du Bourg, la dernière et marquante victime que la Chambre ardente réclame-. Sous l'impression de ce tableau éloquent et précis, le lecteur ne va-t-il pas naturellement considérer le soulèvement d'Amboise comme l'effet fatal et mérité de la persécution religieuse, et la première protestation violente d'un parti nombreux que sa foi parait condamner à un martyre indéfini? — L'historien s'en avise à temps. Il tourne court. — Tout d'un coup les Réformés, avec leurs revendications et leurs plaintes, rentrent dans l'ombre; les « mécontents du gouvernement » montent au premier plan. Le fait capital de la situation, ce n'est plus, comme naguère, l'état misérable du peuple évangélique ; c'est l'état politique de la France en proie à l'illégitime tyrannie d'usurpateurs étrangers^ La conjuration d'Amboise a été la réaction, contre ce joug, de « tous sortes de gens de France,» de ii toutes personnes de tons États^ ;» les Ré-
esl le fond et le but de [leurs] intentions, qui n'aspirent qu'à la tranquillité de l'Église de Dieu.» — Il est curieux de voir comment, daus ces époques troublées, les intérêts les plus opposés conspirent souvent à falsifier l'histoire de la môme manière.
1. Régnier de La Planche, en effet, après avoir commencé par croire, au début des troubles, que les « huguenots de religion » n'étaient nullement redoutables et qu'il serait aisé de les apaiser, reconnut qu'il s'était trompé (Étal de la France, t. I, p. 283, 288j, et que le » différend de religion » avait plus de gravité qu'il ne pensait. Mais cette conviction personnelle que l'expérience lui avait faite, ne modifie point son récit.
4. T. I, p. 68. — Cf. p. 1 : « La vraie cause (de ces troubles) se trouvera aux dissolutions extrêmes des grands et des petits, lesquelles commencèrent à se déborder, étant le roi François !"■ parvenu à la couronne. » P. 178 : « Et ne faut point que ces hypocrites [donnent] faussement à entendre qu'on voulait présenter au Roi une requête pour le fait de la religion : ce n'est point là le but; mais on voulait prendre ces deux conspirateurs, fléaux de tous les bous, pour mettre le roi hors de leur subjection, etc. » Cf. encore p. 180, 181, 179, 242. — La même préoccupation se trahit dans les conseils donnés par Coligny à la reine-mère après la conjuration d'Amboise, d'après Régnier de La Planche.
formés n'ont rien fait que s' « adjoindre, » — comme par surcroit, — à une entreprise que d'autres ont conçue et dirigée en vue d'autres causes. Et ces causes, quand Régnier de la Planche les résume, la religion, subitement effacée, n'y figure plus*...
Mais ce ne sont pas seulement les protestants du seizième siècle qui présentent, plus ou moins ouvertement, les faits sous ce jour^ On trouve des catholiques même, ' comme François de Beaucaire, — un évêque, ami des Lorrains, — et comme Piguerre, qui s'associent à cette appréciation. Ils proclament, eux aussi, que tout le mal est venu des ambitions déçues des Châtillons, des Montmorencys, des Bourbons ; que « la vraie source et origine première des troubles » fut « la seule jalousie du gouvernement, » et qu'en tout cela, la religion servit simplement de prétexte et de masque'. On dirait qu'ils croient
Toterrogé par Catherine sur la véritable cause des troubles d'Amboise, l'Amiral déclare que le motif de la coospiratioa n'est pas seulement religieux, mais politique; et cependant à ce mal, double selon lui et de double nature, quel remède propose-t-il? Un remède unique : «Donner relâche aux Réformés.» Comment donc, s'il y a dans l'afTaire autant de politique qu'il le prétend, le seul octroi de la liberté de conscience aux Réformés suffirait-il à tout guérir?
2. Cf. dans le Recueil des choses mémorablps passées et publiées pour le fait de la religion et État de France (1560-156.3), Strasbourg, 1566, p. 2, la même façon, — malgré le titre, — de présenter les choses et d'éliminer la religion. — Crespin {L'Étal de l'Église jusques en 1360 avec un recueil des troubles, 1567), avoue (p. 518) que « par toute la France une bonne part., voire des plus grands seigneurs, souhaitait de vivre selon la religion réformée,... au moyen de quoi se sont allumées de très grandes et cruelles guerres civiles audit pays avec séditions particulières en îreaucoup de villes d'icelui », ce qui ne l'empêche pas d'attribuer à la conjuration d'Amboise des motifs uniquement >< civils » et politiques (p. 519). Cf. Hisf. des Martgrs, éd. de 1597, p. 516-517. — Mom- LY.\BD, continuateur protestant de l'Inventaire de l'Histoire de France de J. de Serres, affirme également (t. I, p. 682) qu' » en la conjuration d'Amboise il était « autant » ou « plus question de l'État que de la Religion.» Toutefois pour la première guerre civile, il croit pouvoir avouer que c'est la persécution des Calvinistes qui la provoqua {ibid., et p. 689;.
3. Piguerre, Hist. de France (1582), p. 364, déclare, il est vrai, que « les entrepreneurs de la conjuration d'Amboise furent les hérétiques en ce temps nommés huguenots, » mais, p. 361, il nie que «les auteurs du trouble fussent de la nouvelle opinion ou se souciassent beaucoup de l'affliction des hérétiques; ains prétendaient se fortifier d'eux pour exécuter leurs propres desseins et intentions particulières.» De même, François de Be.\ucaire, Historia Gallica (1625), édit. de 1642, p. 921, 922, 925, 927, 952, etc. P. 961 : « Quemadmodum inaula regia variae erant de religione factiones quae adbellum tendere videbantur,
utile à la cause qu'ils défendent de déprécier le Protestantisme et de contester l'étendue et Tefficacité de son action sur l'esprit des hommes et sur la marche des événements.
L'autre tradition — qui, dès l'origine, s'établit sur les troubles civils de la^France au seizième siècle — est celle des historiens qui évitent de se prononcer avec netteté sur la cause, le caractère et le but de ces troubles.
Ce propos délibéré de ne pas trop approfondir l'histoire contemporaine se montre d'une façon visible^ quoique diverse, chez Bellelorest, La Popelinière, Théodore de Bèze et le président de Thou. — Chez Belleforest, chez La Popelinière, l'un catholique, l'autre protestant, mais historiographes officiels l'un et l'autre, il s'étale avec la platitude maladroite de courtisans épeurés et serviles qui ménagent les puissants du jour.
Belleforest semble pourtant bien convaincu dans son for intérieur que la conjuration d'Amboise fut « une partie dressée » par ceux « qui ont fait depuis et faisaient » dès lors « profession de Calvinisme^ » Mais il n'oublie point qu'il y a des gens « qui ont mal pris cette imputation-.» Or ces gens vivent encore en 1568, — quand il écrit son Histoire panégyrique des Neuf rois Charles, — et si en 1579, — quand il publie ses Grandes Annales, — beaucoup d'entre eux ont disparu, Belleforest sait bien que la bascule politique peut ramener soudainement au pouvoir les nouveaux conducteurs d'un parti qu'on n'a pas tué en le décapitant. Aussi fait-il bon marché de ses opinions person-
ita et in plerisque urbibus eaedem vigebant. » P. 953 : « Si autem verae seditionum recentium causae quaeruntur, Castilionis amyrali ambitionem primo loco ponemus, qui quod Picardiae administratione cedere coactus fuisse t, intemeciiium adversus Guisianos odiiim conceperat ; Condaei secundo, quod eamdem administrationem non accepisset. Susceptae aulem de religione controversiae non tam causam quant speciem seditionibus praebueru?it.» — Cf. un peu plus lard. P. Matthieu, Hist. de France {i63i}, t. I, p. 211, 217,254.
1. Hisi. des Neuf l'ois Charles, p. 461 : « Il ny a homme si simple qui ne sache bien que jamais le peuple ne prit les armes en ces troubles que pour la défense de la religion à laquelle il était affectionné et crois que la noblesse n'était guidée d'autre fantaisie.» Cf. p. 463, 465, 467, 471, et Annales, p. 1605-
2, Annales, p. 1608.
nelles : « Que d'autres fols écrivains aillent parler à la volée des conseils des Rois, où ils ne furent oncques, des desseins des princes qui oncques ne les y appelèrent, et des pensées des hommes, connues à Dieu seul. » Plus humble, lui, et plus sag-e, il s'abstiendra d'encourir la « maie grâce d'aucun » en s'aventurant à chercher (< avec une sotte curiosité, la cause originaire de cette guerre*.»
La Popelinière voudrait, on le sent, être plus précis et plus clair. Il comprend que, de son temps déjà, l'origine de ces dissensions qui s'éternisent commence à devenir un ptoblème, tant les partis contraires y ont, à plaisir, amassé d'équivoques et de mensonges. Il prétend révéler enfin au lecteur « le vrai fondement et les moins apparentes occasions de ces séditions et guerres^» Il distingue donc, après Régnier de La Planche, les «malcontents d'Etat» et les «malcontents de religion^.» Mais auxquels attribuer l'initiative du soulèvement et la plus grande part dans l'attaque? — Assurément il est vrai de dire que « tous les Malcontents, pour diverses que pussent être les occasions de leurs déplaisirs, fraternisaient^ » ; mais était-ce une coalition sur le pied d'équilibre entre deux partis de force égale? Et s'il y avait, au contraire, un des deux associés qui dominait l'autre, était-ce les protestants qui travaillaient au service de l'ambition
1. Hist. des Neuf rois Charles, p. 42i. Cf. p. 425, 426, 460, 461, 513, 530, 568, 569. — Il avoue bien que les << nouveaux ÉvangélistPs dressaient les cornes par tout le royaume •>, mais ce n'est pas » la seule religion ni l'accablement des protestants qui fut la cause des troubles»; et « la hiiine que les grands s'entreportaient par leurs ambitions et jalousies » y a contribué pour beaucoup. Pour combien? C'est la question. Des desseins du prince de Condé contre la maison de Lorraine « procédèrent et les moyens et les causes principales de la guerre qui advint depuis, quoique fondée sur le prétexte de religion. » Hist. des Neuf rois Charles, p. 460, 463, 464, 530, 534; Annales, p. 1605, 1612, 1616, 1617, 1625. Cf. la même incertitude chez des auteurs catholiques, et même très favorables aux Guises, de la génération suivante, par ex., J. C. Blle.ngerls, Historiarum sui lemporis lib. XIII, 1619, p. 1, 5, 8, etc.