CHAPITRE PREMIER. à
Or cette tradition ne s'accorde guère avec ce que nous savons certainement du caractère de Bossuet. S'il y a une faiblesse dont il soit injuste d'accuser cet homme « si véritablement grand ' », c'est la vanité littéraire. Dans la longue liste de ses ouvrages, en trouverait-on un seul qu'il ait composé, un seul qu'il ait publié pour faire acte d'auteur? Je ne le crois pas'. L'intérêt manifeste de la foi, on l'a souvent et justement remarqué, fut toujours son unique règle ; disons plus : l'intérêt contemporain de l'Église. Ceux même de ses travaux qui, en leur temps, avaient pu être utiles^ mais qui, selon lui, ne l'étaient plus, ne méritaient pas, à ses yeux, de durer. Il laisse s'accumuler et se disperser les manuscrits de ses sermons, et c'est par surprise qu'on lui arrache la publication des O?'aisons funèbres. Ce désintéressement avait frappé, de son temps déjà, ses adversaires eux-mêmes : «Voilà un prélat, » disait Bayle, «qui n'est pas du nombre de ceux qui écrivent pour écrire^. »
Pouvons-nous admettre dès lors, avec son secrétaire et ses éditeurs, que ce soit une mesquine pensée de revanche personnelle qui lui ait inspiré le dessein de VHistoire des Variations? L'un des ouvrages les plus considérables de Bossuet, — le plus beau et le plus accompli peut-être, — serait-il issu d'un dépit d'auteur, du hasard d'une lecture, et du désir presque puéril de renvoyer à ses adversaires l'un des reproches qu'ils lui faisaient? Cela ne parait guère vraisemblable. Or, d'autre part, si l'on étudie, à propos de Y Histoire des Variations, les principaux écrits que produisit la controverse au dix-septième siècle, il est impossible de n'être pas frappé de l'étroit rapport qui existe entre le livre de Bossuet et ces ouvrages. h' Histoire des Variations apparaît alors, non point comme
2. Le Dieu, Mém., p. 153, 193; Journal, II, p. 22i. — Cf. Sainte-Beuve, Lundis, t. XII, p. 215, 216, 260; Lenie.nt, Revue des Cours littéraires, t. IX, p. 1255.