Hist. des Var., 1. V, trente-quatre chapitres
volonté pieuse et que la Réforoie accapare corps et àme*; mais qui, — bientôt déçu dans ses illusions sur le Réformateur' et sur la Réforme, désolé par les excès ou les faiblesses des chefs de la révolution religieuse, scandalisé de la licence du parti qui les suit et qui les pousse^; tyrannisé par les uns, calomnié par les autres\ et cependant rivé à la cause par la fidélité comme par l'amourpropre^ — ne connut, selon Bossuet, depuis son adhésion à l'entreprise luthérienne, que le désespoir et l'angoisse^
La complaisance de l'auteur des Variations à raconter ainsi, tout à loisir, cette âme troublée, vient-elle, comme on pourrait le croire, d'une certaine sympathie? Et de tous les personnages que Bossuet rencontre dans les rangs du Protestantisme, est-ce Mélanchthon qui lui a fait éprouver cette sorte d'affection dont s'éprend toujours un historien artiste et passionné, — Bossuet est l'un et l'autre, — pour quelqu'un de ces hommes disparus qu'il évoque et qu'il fréquente?
En aucune façon. Il y a dans la conduite, et peut-être même, quoi qu'en dise Bossuet, dans la nature de Mélanchthon'', des nuances et des détours qui visiblement lui répugnent. Avec cette sincérité candide qui fait, on ne doit jamais l'oublier, le fond du caractère de Bossuet et sa force comme sa faiblesse, avec l'intuition raide, pour ainsi dire, et indé viable d'un esprit d'autant plus sûr de ses principes qu'il ne se les était pas donnés lui-même, Bossuet ne saurait goûter ni comprendre ces conciliations de la thèse et de l'antithèse que Mélanchthon s'ingéniait à trouver, par bonté d'âme, sans doute*, et par amour