T. III, p. 251. Cf. p
3. « Le livre des Variations ne mérite aucune réponse. Cependant j'espère qu'on en fera une.» (Lettre pastorale du 15 nov. 1688.)
4. Cf. d'Artig.ny, Mëm. de Littérature, t. I, p. 166, 223, 224; H.\.\g et Bor- DiER, France protestante ; A. Sayous, Hist. de la Littérature française à l'étranger, t. II.
5. Cf. lettres de Bayle à Lenfant (13 janvier 1689) et à MinutoH (6 octobre) dans les Œuvres diverses, t. IV, p. 635, 637.
6. Bien que cppendant, s'il en faut croire un catholique qui était en bons termes avec lui, << il ne passât pas parmi les connaisseurs pour avoir eu une fine critique.» Lettre du cardinal Passionei au présid. Bouhier (4 avril 1724), d'après une note inédite de M. Floquet. — Cf. plus haut, p. 109.
Il travailla un an et demi à sa réponse à Bossuet. L'ouvrage qu'il publia eu 1690 n'est point un de ces écrits polémiques, — comme il en a tant été prodigué duiant le seizième et le dix-septième siècle, pour encombrer vainement l'histoire et la théologie : — improvisations hâtives de l'esprit de parti, jaloux de répliquer, coûte que coûte, et de ne jamais laisser le dernier mot à l'adversaire. h'Hisioire de la religion des Églises réformées^ est une étude considérable d'histoire ecclésiastique, que l'auteur s'occupa, plusieurs fois par la suite, de compléter et de parfaire. En 1699, il l'insérait, en l'augmentant, dans une Histoire générale de l Église chrétienne depuis ses origines^ En 1721, il lui rend sa première forme avec des changements et des additions notables'; et après la mort de Basnage, en 172o, on la réédite encore, enrichie par lui des faits nouveaux qu'il avait recueillis, jusqu'aux derniers temps de sa vie, dans les documents les plus récemment mis au jour'.
Basnage s'attache à tous les points d'histoire que Bossuet avait touchés : les deux ouvrages d'AUix, publiés en 1690 et 1692, ne visent que deux questions particulières : celle des Albigeois et celle des Yaudois^.
1. Dans laquelle on voit la succession de leur Église, la Perpétuile' de leur foi, principali^ment di'puis le huitième siècle, l'établissement de la Ré formation, la persévérance dans les mêmes dogmes d.i'puis la liéformation jusqu'à présent, avec une histoire de l'origine et du progrès des principales erreurs de l'Eglise romaine; pour servir de réponse à l'Histoire des Variations. Rotterdam, 1690, 2 vol. in-12.
2. Il ajoute à la qualri me partie de cette Histoire, qui représente la première de l'ouvrage de 1690, un rerlain nombre de faits nouveaux relatifs aux Albigeois.
3. La même histoire, augmentée de plusieurs volumes et divers faits historiques sur la successio}i de l'Eglise. Aras., 1721. 5 vol.
4. Dans cette éditioo, l'auleur fait remonter jusqu'aux temps apostoliques la succession non interrompue des Églises réformées. De plus, il y a des additions de détail. Par exemple, l'histoire des Albigeois, des Vaudois, de Wiclef, des Frères de Bohême, etc. (réfutation de l'onzième livre de ['Histoire des Variations) qui contenait onze chapitres en .375 pagi-s dans le t. 1 de l'édition in-12 de 1690, contient trente-sept chapitres et 51 i pages dans la seconde partie du t. I de l'édition in-i de 1725. — Cf. dans les Œuvres diverses de Bayle, ui:e note à sa lettre du 1.3 janvier 1689 à Lenfant.
5. Some remarks upo7i the ecclesiastical hisfonj of the ancien t C haches of Piedmont, Ld., 1690; Remarks upon the ecclesiastical history of the aneient Chiirches of Albigenses, Ld., 1692.
Pierre Allix' était, lui aussi, non seulement un controversiste, mais un érudit. Il avait pris part à ces intéressantes recherches sur la foi de l'Eglise primitive que, des deux côtés, — nous l'avons vu, — la controverse de la Perpétuité avait provoquées. Réfugié en Angleterre, son savoir lui avait valu, de la part du clergé et même du Parlement des faveurs singulières. Esprit assez confus, toutefois, imagination aventureuse, ce n'était guère qu'un compilateur, et, pour Bossuet, un adversaire beaucoup moins sérieux que Basnage. L'ouvrage de Basnage est plus pénétrant et plus complet que celui d'Allix, même sur les questions particulières des doctrines albigeoise et vaudoise à l'étude desquelles ce dernier s'était volontairement restreint.
Le Refuge calviniste d'Angleterre et de Hollande fournit encore contre Bossuet, plusieurs autres contradicteurs. Sans parler ici des théologiens calvinistes qui, — comme Le Vassor et Lenfant^ — ne laissent pas échapper, même lorsqu'ils traitent des sujets différents, l'occasion d'attaquer Y Histoire des Variatio?is; ni de ceux qui, — comme ce même Lenfant et comme Isaac de Beausobre ', — ont été
1. Biographia brilannica (1747), t. I. — Haag et Bordier, France protestante. — Cf. plus haut, p. 65, n. 2; p. 67, d, 1.
2. Le Vassor, Traité des différends de la Religion (1698), p. 163, 216 sqq., 321 sqq., 474-502, 508, 531, 5t<9. — Lenfa.nt, Préservatif contre la réunion avec Rome contre le livre de .V"» de B eaiimont et contre les autres controversistes, 4 vol. in-8, 1723. Cf. ses Histoires du Concile de Constance, 171't-27, du Concile de l'ise, 1724, de la Guerre des Hussites et du Concile de Bàle, 1731.
3. Cf. Haag, France i/rotestante. — Les principaux ouvrages de Beausobre sont : V Histoire critique de Manictiée et du Manichéisme, 1734-1739; \'Histoi7-e de la Réformation ou Origine et progiès du Luthérautsme (de 1517 à 15.38), 1785-1786. Beausobre a laissé eu manuscrits dilTérenles hi>toires : Préliminaires de la Re formation; Histoires des Paiiliciens. Bogomiles, Vaudois, Alf/igeois. Frères de Bohême. Cf. le I. XI de ['Histoire des Variations. — Beausobre avoue lui-raêmH dans la Bifjliotlieque germanique, t. 111 (1722), p. 40, que ce qui le porte à l'examen des questions relatives à la Bigamie tolérée parfois dans l'Église cluélienne, «c'est uniquement les manières hautaines et insultantes d'un évêque de notre temps (cf. Hist. des Var., I. VIi qui a fait grand bruit dans le inonde, et qui s'est moins distingué par les talents de l'esprit que par le caractère de sophiste et de déclamaleur qui règne dans presque tous ses ouvrages.» Cf., dans un mémoire d'Isaac de Beausobre communiqué en octobre 1637 à Leibniz par M. de Monceaux (Bibl. roy. de Ha.novre, Mss.; Corresp. de Leibniz avec Monceaux) les considérations sur la nécessité de faire une adaptation
pi'obableiiieiit amenés et provoqués par elle à réviser les questions importantes d'histoire ecclésiastique où Bossuet avait porté une critique hardie, — nous rencontrons encore, en 1701 et en 1703, deux réponses attardées à V Histoire des Variations : — les Métamorphoses de l'Église romaine, par Jean Aymon^ un aventurier de talent que ses larcins à la Bibliothèque du Roi ont rendu célèbre', — et V Histoire des Variations de l'Église gallicane'^, par Jean-Baptiste Renonlt, cordelier français converti, et adopté, comme Allix, par l'Eglise anglicane. Mais ces deux écrits appartiennent, — leur titre seul l'indique, — à un genre particulier de réfutation que nous distinguerons tout à l'heure.
Le Protestantisme anglais n'avait pas tardé à produire une réponse à ces Variations où il avait aussi sa place, et où il se plaignait, comme les autres, d'être diffamé. Son avocat fut le docteur Gilbert Burnet^, qui, depuis quelque temps, était Tun des personnages les plus en vue dans le monde politique et religieux de la Grande-Bretagne. Les ouvrages très variés de théologie dogmatique, historique et morale que prodigua son élégance facile et judicieuse, avaient fait de lui, d'assez bonne heure une sorte de Bossuet anglican, assez écouté des sectes diverses de son pays, entre lesquelles il évitait de prendre parti. Dans les dernières années, ses nombreux écrits polémiques contre
française de l'Histoire du Luthéranisme, de Seckendorf fvoy. plus loin), l'histoire de la Héforiiie iillemiinile ayant été « fort décriée » dans les ouvrages de Maimbourg, de Varillas « et de leurs semblables. » Bossuet n'est nommé nulle paît par Beausobre, qui le déleste (voy. son jugement sur Bossuet dans les Mémoires de d'Artig.w, 1. 1, p. 165), maisil est évidemment sous-entendu partout.
1. Haag et BonouiR, France protestante. — Cf. Hist. des Ouvrages des Savants, 1700, p. 587 et 514.
2. ...En forme de lettres à M. de Meaux pour servir de réponse par voie de récrimination à son livre des Variations. — Cf. Haag, France protestante.
3. A Letler to .\h Tkevenot containing a Censure of M^ Le Grand History of King Henry the Eighth's divorce; to which is added a censure of M^ de Meaux History of the Variations of the Protestant churches, etc. 1(389 (p. 19- 45). Cette critique est datée de La Haye, 10 septembre 1G8S. L'ne traduction française en l'ut publiée à Amsterdam, 1689. — Cf. I Histoire des ouvrages des Sava.sts, octobre 1689, art. VHI, et la dédicace à « Mylord Buroet, évêque de Salisbury, chancelier de l'ordre de la Jarretière et premier aumônier du Moi, »
les entreprises catholiques de Jacques II', ses relations avec Guillaume cVOrang-e, dont il était devenu le publiciste officiel et le conseiller intime, le désignaient par avance comme le futur leader de TEglise nationale.
Son renom, d'ailleurs, n'était pas limité à l'Angleterre et à la Hollande, Sa grande Histoire de la Réformation anglicane, accueillie avec enthousiasme par ses compatriotes et honorée par le Parlement d'une marque d'estime unique^, avait obtenu, sur le continent aussi, un grand succès. Traduite en allemand, en français, en latin, les traductions s'en réimprimaient comme le texte. En outre, Burnet connaissait la France et y était connu. Il s'était toujours intéressé aux querelles de l'Eglise française^. ?saguère encore, — aux approches de la Révocation, — quand les ministres calvinistes étaient presque réduits au silence, il avait pris en main leur cause et répondu pour eux au manifeste du clergé de France. Dans ses séjours à Paris, il s'y était lié avec les savants, qui, malgré les inimitiés religieuses, le tenaient en estime '*.
Il avait enfin, pour écrire contre Y Histoire des Variais VHistoire de la Reliçiion des Églises Réformées de Bas.naoe (1690). — La critique de Buroet est assez courte, et, en dehors de la réfutation du principe de Bossuet, elle n'a trait qu'aux guerres de religion du seizième siècle en France et à l'histoire d'Angleterre.
1. Burnet fut persécuté en 1685 par le gouvernement du dernier Stuart. Voy. les Lettres sur les matières du temps (1688) p. 9.
2. Le Parlement lui vota des remerciements et l'engagea, par une délibération spéciale, à continuer son hi^^toire.
3. Cf. dans Low.ndes, Bibliographefs maniinl : A relation of the massacre of abolit an hundred ihousand Protestants in France in 1372 (1678); A collection of Letlers and Instruments that hâve passfd during the lalecontests of France concerning the Regale (1681); News from France, in a Letter giving a relation of the présent siate of thf différence between tlie french King and the court of Rome (1682); The Letter writ by the last Assembly gênerai of the Clergy of France lo the Protestants, with thfMfthods, transtated into English and examined (1683); Reflections on m^ Varillas' Hislory of ihe Révolutions (1686); A defence of the Reflections... (l6S~i) ; A continuation of Reflections... (1687'. — Le Mercure galant publia les extraits des sermons que Burnet avait prêches au moment de la révolution de 1688 (Bayle, Cabale chimérique, part. II, ch. i, Œuv. div., éd. de 1727, t. II, p. 656).
4. Voy. sur son talent de composition, Hist. des Var., 1. VII, n»* i et civ. — Sur le succès de l'Histoire de la Réformation anglaise (1679-1681), voy. plus; haut, p. 179, n. 4. Cf. Correspondance de Turrettini, éd. de Budé, t. I, p. 310 — lettres de Spo\ et de Gr.evu.s (1681, 1685, 1686, 1688, dans la Correspun-
lions, un motif personnel. Le prélat français, comme s'il eût voulu provoquer le plus illustre champion queùt alors l'église d'Ang-leterre, avait signalé, chemin faisant, certaines bévues de Burnet sur l'histoire de France avec ces airs de hauteur écrasante que son éloquence savait prendre au besoin'.
En Suisse et en Allemagne, les contradicteurs ne manquèrent pas non plus à Bossuet.
Jean-Alphonse Turrettin, né à Genève d'une famille qui avait déjà donné à la Réforme de célèbres défenseurs , y avait reçu une de ces fortes éducations comme on en voyait alors, où la variété encyclopédique n'empêchait pas la précision et la solidité du savoir dans une spécialité préférée. A vingt ans, il était déjà l'admiration des érudits. Il vient alors en Hollande, à Rotterdam, se mettre en rapport avec Jurieu, Basnage et Bayle, puis à Leyde, étudier sous Frédéric Spanheim la théologie historique % — et en 1692, de ces études approfondies et de ces entretiens féconds sort une thèse, qui, au dire des connaisseurs, valait un livre entier sur la matière^ C'était une réfuta-
dance de l'aôbé Niçoise, B. N., Mss. fr., t. II, f. 137, d69 sqq.; — Correspondance des Bénédictins français, p. p. Valéry, lettres cI'Estie.n.not à Bulteau (fin d'oct. 1685); fie Mabillo.v à Magliabechi (16 sept. 1686j; de Michel Germain à Magliabechi (25 août et 6 octobre 1687, 20 juin 1688), etc. — Bibliothèque u.mverselle ET HISTORIQUE, t. I, p. 466; cf. t. V, p. 530 sqq. et t. XI, p. 292, 450. — Jour.val DES Sava.nts, juillet 1688; — Bayle, Nouv. de la Répitiilique des Lettres, octobre 1686. — Pour les éditions et les critiques de cet ouvrage de Burnet, voir Low.NDES, BitAiographers Manital et le Dictionnaire de Chauffepié. — La traduction française, publiée à Paris en 1683 et 1685, fut réimprimée à Genève en 1685 et à Amsterdam en 1687. On traduisit aussi l'ouvrage de Burnet en latin (1686) et en allemand (1691).
1. Cf. Rist. des Var., I. Vil, n» cvra, et toute la fin; 1. VIII, n"» xxxi et xxxii; 1. X, n»» XXXII, XLii-XLv : « Laissons donc .M. Burnet, un étranger, qui décide de notre droit sans en avoir seulement la première connaissance. »
2. Sur Turrettin-, voy. la préface de l'éditioa de sa Correspondance par E. DE BuDÉ; Lettres de l'ab/jé Niçoise, p. p. G. E. Pélissier, p. 17; A. Sayous, Le xvm» siècle à l'étranger, p. 67 sqq. — En particulier, sur sa précocité, voyez les lettres de Drelincourt, Dautun, Patrick-Saint-Clair, dans la Correspondance (éd. de Budé), t. I, p. 306, .309, 316, etc.
8. Pyrrhonismus pontificius, sive dissertalio historico-theologica de variationibus Pontificiorum circa Ecclesiae Infallibilitatem,...(Disp. habita Lugd. Batavoriim anno 1692), dans les Cogitaliones et Dissertationes theologicae de Turretti.x, Genève, 1737, t. II, p. 479 sqq. « Cette pièce, dit Chaufferie, fit beaucoup d'honneur à l'auteur. » Cf. Bayle, lettre à Minutoli, du 30 juin 1692, et Dict. crit., art. Turretti.\, rem. C.
320 LIVRE TROISIKME.
tion fie Y Histoire des Variations. Les maîtres et les amis de ce « grand homme ' » naissant n'avaient pas cru pouvoir lui conseiller un meilleur emploi de sa jeune science. Au moment où l'ouvrage de Bossuet paraissait, le baron Guy Louis de Seckendorf, juriste, politique et théologien, ancien conseiller des ducs de Saxe et futur chancelier de l'Université de Halle, venait de publier le commencement d'un volumineux Commentaire historique sur le Luthéranisme^. Ce premier et précieux essai d'une histoire pohtique et religieuse de la Réforme allemande d'après les documents d'archives était rédigé sous la forme d'une réfutation de V Histoire du Luthéraniim.e de Maimbourg. Mais quand, six ans après, Seckendorf, encouragé par Leibniz^, donne une seconde édition de son ouvrage*, alors tout en conservant le cadre où il avait d'abord fait entrer les résultats de ses recherches, il ne se borne plus à prendre à partie le seul Maimbourg, qui ne méritait guère cet honneur^; — c'est «surtout» Bossuet, dont Leibniz l'a entretenu assidûment®, que Seckendorf a