‹ Bossuet (volume 2)Chapitre 17 sur 329 · CHAPITRE PREMIER. O · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. O

la controverse : la multiplicité des matihes débattues, le caractère purement dogmatique de la discussion.

Le nombre des points attaqués et défendus de part et d'autre est incalculable. Les calvinistes n'épargnent rien dans l'Eglise qu'ils ont quittée et qu'ils prétendent détruire. Pas un seul dogme qu'ils n'y trouvent corrompu ; pas une pratique qu'il n'y jugent idolâtre. C'est même à peine si l'on se résigne des deux parts à s'accorder, au moins, sur les points fondamentaux du Christianisme. On s'évertue à multiplier et à grossir les dissentiments ; il semble que ces frères d'hier, ennemis d aujourd'hui, ne puissent accumuler entre eux trop de pierres de scandale. Les questions secondaires prennent la gravité des plus importantes : dans les conférences de Saint-Germain qui accompagnèrent le colloque de Poissy, on perdit six séances à traiter le seul point des imagesK Catholiques et protestants mettent en ligne, à Fenvi, des armées d'objections et de griefs. La Panstratia du pasteur Daniel Chamier^ est un arsenal d'arguments dont l'abondance fait frémir, mais les livres du cordelier Feuardent ne lui cèdent pas en fécondité ergoteuse. Dans la première partie de ses Dialogues, Feuardent n'imputait aux réformés que cent soixante-quatorze erreurs ; il leur en découvre quatre cent soixante-cinq dans la seconde. Dans la Théomachie calvinistique , il en dénonça quatorze cents'.

En même temps, la méthode qu'appliquaient les calvinistes à l'attaque du Catholicisme et à la défense de leur

1. Tabaraud, Hist. des Projets de réunion, p. 172-174. — Plus iatelligent, dans sa réponse h. Bèzp, au colloque de Poissy, le cardinal de Lorraine réduisait déjà toute la discussion à deux points principaux : l'autorité d'un juge souverain et l'Eucharistie Bayle, Crit. gén. de l'Hist. du Calvinisme de Maimhoitrg, 1. XVf, ch. ix). — Cf. plus loin, p. 32 sqq.

2. 1626, 4 vol. in-fo. — Cf. Dumoulin : Trente-deux demandes proposées par le P. Colton avec les solutions ; item soixante-quatre proposées en échange.

.3. Semaine première des Dialogues auxquels sont examinées et confutées i7i erreurs des Calvinistes, 1585. — Seconde seynaine des Dialogues auxquels... sont pareillement examinées et confutées 46-5 erreurs des fiérétiques, 1598. — T/ieomacfiia calvinislica, sedecim libris profligata, quihus mille et quadringenti hujus sectae novissimae errores diligenter excutiuntur et refelluntur, 1604.

propre doctriDe était simple et radicale. Les dogmes, les pratiques cultuelles, les institutions ecclésiastiques, les préceptes moraux de l'Eglise papale étaient-ils, oui ou non, dans l'Evangile? C'est à quoi, d'après eux^ se réduisait toute la question. Il ne s'agissait que de consulter les saints Livres et d'en interpréter le texte à l'aide de la raison éclairée par la foi. K l'exemple de Luther et de Calvin', les réformés d'alors tenaient en très médiocre estime les Docteurs, les Pères, la tradition, l'antiquité ecclésiastique. Sans se soucier de ce qu'avait pu penser avant eux la grande famille chrétienne^, ils allaient, hardiment et sans intermédiaire, demander à l'Evangile, seid juge infaillible à leur avis, la décision irrévocable des controverses et la règle certaine de la foi. Quant aux catholiques, quelque scandalisés qu'ils fussent de cette rupture méprisante avec le passé, il leur était moins facile de se retrancher dorénavant derrière les autorités traditionnelles que récusait l'orgueilleuse nouveauté de leurs adversaires. Force leur était de les suivre peu à peu dans la discussion du fond même des dogmes et dans l'examen des doctrines à la lumière de l'Ecriture. Aux textes des Pères et des Scolastiques^, il leur fallait, sinon substituer, au moins ajouter désormais «de bons raisonnements S). Mais ils ne se

1. Préf. de l'Institution chrétienne. — Voyez cependant, sur les contradictions de Calvin touchant les Pères, Bosslet^ H. des V., 1. IX, ch. lxxxiii et Lxxxiv. — Il faut aussi excepter MélaDchlhon. [Ibid., V, xxviii, xxix.)

2. En 1598, le Synode national de Montpellier condamne expressément les auteurs qui se sont laissés aller à dire « que les anciens conciles et les écrits des Pères doivent être les juges des différends » entre catholiques et protestants. (Aymo.n, Synodes nationaux, t. I, p. 222.) En 1603, le [Synode national de Gap réprimande et menace «de très griève censure» les ministres qui se laissent emporter à alléguer dans la chaire le témoignage des Pères et des docteurs scolastiques. (Revis, de la discipl., iv.) — Cf. sur le mépris des premiers protestants pour les Pères de l'Église et leur estime exclusive pour l'Ecriture, la Perpétuité de la foi, de Nicole, t. H, p. 14-23, et, plus loin (p. ôl), les textes de Dumoulin, Daillé, Drelincourt, et autres ministres.

3. Il semble que dans la théologie scolastique l'emploi de l'Écriture Sainte ne fut pas très fréquent. Voyez Ellies do Pi\, Méth. pour étudier la théoL, ch. m, les textes de Gerson et de Nicolas de Clémengis.

4. Mot de Cheffomaixe, Défense de la foi que nos ancêtres ont eue de la présence réelle, 1586.

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