‹ Bossuet (volume 2)Chapitre 18 sur 329 · CHAPITRE PREMIER. i · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. i

pliaient qu'à regret à cette tactique nouvelle', et ils contestaient toujours cette autorité absolue et suffisant à tout, que les protestants attribuaient à la Bible ^

Pendant le premier quart du dix-septième siècle, la controverse garde le même caractère encyclopédique, et c'est toujours sur tous les points de la religion qu'elle se disperse. Obstinés à ne rien céder ni l'un ni l'autre, les deux partis ne peuvent que traiter indéfiniment les mêmes questions en ressassant les mêmes arguments. C'est un recommencement perpétuel d'une discussion qui n'avance point. Quelque inépuisables qu'eussent pu paraître au début les sujets de contestation, l'infatigable activité des polémistes de la fin du seizième siècle avait eu vite fait d'en venir à bout. Après cette multitude d'écrits de Gentian Hervet, de Claude Despense, de Claude de Saintes, de Cheffontaine, de Guillaume du Préau, de Feuardent, de Bellarmin, de Duperron^, du côté des catholiques ; de Calvin, de Bèze, de Du Plessis-Mornay, de Chamier, de Cameron, de

1. Bellarmin, par exemple, s'attache surtout aux Pères (« Index difficultatum non potest esse Scriptura, >>) avec cependant quelques restrictions {Tract, de verbo Dei, III, 9, 10). Quant à Duperron, Dumoulin [Nouveauté du Papisme, 1627, I. I, ch. xvi) remarque qu'il « se sert fort peu de la parole de Dieu, comme d'un outil dont il ne se peut accommoder ; mais il prend pour juges les Pères du temps des quatre premiers conciles. »

2. DuPiiHRo.v soutenait que la « conformité à lu parole de Dieu » était une marque « obscure et contestée de la vraie Église », attendu que cette conformité, toutes les Églises la peuvent alléguer, que l'examen de la foi est périlleux et long, etc. — Cf. Du.MouLi.N", Nouv. du t'apisme (livre 1, cli. xvu et xxviii).

3. Ge.ntia.n' HiiRVET, Apologie contre les hérétiques ministres de Calvin, 1564; Les Mensonges de Calvin, 15G5 ; etc. — Claude Despe.xse : Traité louchant la vertu de la parole de Dieu, 1567 ; Apologie contre les ministres, 1568. — Claude de Saisies : Déclaration d'aucuns athéismes de la doctrine de Calvin et de Bèze, 1568 ; Traité de l'ancien naturel des Français en la religion chrétienne, 1567. — (",heifo.\tai.\e : Réponse familière à l'Épitre contre le Libre arbitre, 1583. — Du Phéau {Prateolusj : L'État de l'Église, histoire de tous les troubles advenus en l'Église des chrétiens et catholiques jusqu'à notre temps, 1583. — Feuarde.^t : v. plus haut, p. 5. — Bellar-mi.n : Disputaliones de Coniroversiis fidei adversus hujus temporis hxreticos, Ingolstadt, 1581-1593 (plusieurs fois réédité.) — Duperro.\ : Réplique à la Réponse de quelques ministres sur un certain écrit louchant leur vocation, 1.597 (1605, 3e éd.) ; Actes de la Conférence de Fontainebl'-au, contre Du Plessis-Mornay, 1601 ; Réplique à la Réponse de Jacques h^ : Réfutation de toutes les observaliotis tirées des passages de saint Augustin contre le Saint-Sacrement de l'Eucharistie, etc.

Jacques Cappel, du côté des protestants*, il ne restait assurément que des g-lanures à recueillir-. Aussi semblet-il bien qu'on puisse saisir dès lors des symptômes de lassitude^. N'en est-ce pas un, par exemple, que l'importance étrange attribuée de part et d'autre à cette question du Pape-Antechrist, où les deux partis se dépensent en subtilités injurieuses et vides pour se renvoyer mutuellement (dénombre de la Béte » de l'Apocalypse? C'est quand on commence à s'apercevoir que les grands sujets sont rebattus, qu'on se détourne et qu'on s'attarde aux curiosités oiseuses *.

1. Calvi.v : Institution Chrétienne, 1536 ; Traité de la Sainte-Cène, 1540 ; Les Actes du concile de Trente, 1548, etc. (Voir le Corpus Reformatorum.)

— Bèze : Les trois Apologies à Claude de Saintes, 1567-1577 ; De Cœna Domini, 1559 ; Responsiones ad repetitas Andreae et Selnecceri calumnias, 1578, etc. Cf. Tractatus llieolor/ici omnes, Gen., 1586. — Du Plessis-Mor.nay : Traité de l'Église, 1578 ; De l'Institution, usage et doctrine du St-Sacretnent en l'Eglise ancienne, 1598 ; Discours ve'ritafjle de la Conférence de Fontainebleau, 1600; Le Mystère d'iniquité, 1611. — Ciiamier : La Confusion des disputes papistes, 1600 ; Panslratiœ Calfiolicœ... corpus, i&26, 4 vol. in-f», etc.

— Camero.n : Traité auquel sont examinés les préjugés de ceux de l'Eglise romaine contre l'Église réformée, 1616. — Jacques Cappel : Les trophées du P. Gontier, 1613 ; Les livrées de Babel, 1616 ; Sedis romanue potestas, sanctitas, fuies, 1619 ; La doctrine des Églises réformées de France contre le livre de ['Institution cat/iolique de Coton, 1619.

Voir sur l'ardeur théologique de cette première époque, Haag, France protestante, t. X, Pièces justificatives, n° xx.

2. Cf. Mar.mx de Saixïe-Aldegonde, Tableau des différends de la Religion, 1599 (éd. Quioet, t. I, p. 6) : « Plusieurs gens de bien abhorrent la lecture de telles disputes... Joint aussi qu'ils voient que la plupart de ce que l'on écrit ne sont que autant de redites de ce que par d'autres a été déjà souvent traité, autant ampiem^nt et doctement que l'on saurait faire. » — Cf. la curieuse division du travail controversiste établie entre les diverses provinces de France par le Synode national de Saint-Maixent (1609), dans Félice, Hist. des Syn. nationaux, p. 148.

3. Le nombre des conférences entre les tenants de chaque parti va en décroissant dans la fin du règne de Henri IV et le commencement du règne de Louis XIII. On cite durant cette période les conférences suivantes : 1600 : Du Plessis-iMornay et Duperron ; Charnier et le P. Coton ; — 1601 : Charnier et le P. Gontier ; — 1602 : Dumoulin et Cayer ; Charnier et le P. Brossard ; — 1608 : Dumoulin et De Bérulle ; le P. Coton et Grigord ; — 1609 : Dumoulin et le P. Gontier ; Dumoulin et Haconis ; le P. Véron et Daillé ; — 1618 : Charnier et Regourd ; — 1626 : le P. Véron et Chorin ; — 1629 : Regourd et Meslrezat ; le P. Véron et Bochard. Le même ralentissement s"obse:ve dans les provinces : voy. Ar.naud, Controverses religieuses en Dauphiné.

4. Actes du Syn. nat. de Gap, 1603 : « Le Pape est proprement l'Antéchrist, et le fils de perdition... la bête vêtue d'écarlate que le Seigneur déconfira, etc. » Cf. Syn. nat. de La Rochelle, 1607. Sully qui, pas plus que Mazarin, n'encoura-

La controverse ne devait se renouveler quelque peu et se rajeunir que sous la main puissante de Richelieu, lorsque le cardinal, libre d'autres soins, crut pouvoir regarder à ces disputes ^ Richelieu songea-t-il sérieusement, dans les derniers temps de sa vie, à tenter ce rattachement des protestants à l'Eglise, qui eût complété leur assujettissement à l'Etat? 11 est malaisé de le dire'. Mais ce

gea la cootroverse, écrit à ce svnode pour l'engager à laisser cette question de côté. « Ce seigneur, » dit E. Benoît (Hist. de l'Èdit de Nantes, i, 442,) « ne se piquait pas plus de théologie que de religion. » — En 1609,1e gouvernement interdit le Théâtre de l'Antéchrist, de Vigmer ; il est vrai qu'il réprimande aussi le P. Gontier pour avoir prêché sur ce sujet d'une manière violente (Benoit, ibid., p. 456-457). — En 1611, le Mi/stère d'iniquité, de Du Plessis-Mornay, qui appliqua au Pape le fameux nombre de 666, ranime un instant la dispute assoupie. (BENorr, ibid., ii, 2-31, énumère les ouvrages parus à celte occasion.) — Le catholique pLoniMOND DE HÉ.MOND discute longuement (Hist. de l'Hérésie, 1. VIK, p. 260-599), si << le chiffre de La Bête » ne se trouve pas plutôt dans le nom de Du Plessis-.VIornay lui-même que dans le nom du pape Paul V. — Voy. d'autres détails sur cette question dans Bosslet, Œuvres, t. XIII (édit. Lachat\ p. 5-9 ; De Félice, Histoire des Sijnodes, p. 136 sqq.

1. Richelieu avait fait paraître en 1617 les Principaux points de la foi de l'Êfflise catholique défendus contre l'écrit des quatre ministres de Charenton ; mais son ouvrage le plus important, le Traité qui contient la méthode la plus facile et la plus assurée pour convertir ceux qui se sont séparés de l'Église romaine, a été composé plus tard et n'a paru qu'en 1651.

2. La .Milletièrë, un contemporain et un agent de Richelieu, l'insinue dans plusieurs de ses ouvrages (la Raison de terminer les différends de la relirjion, les Moyens de la paix chrétienne, V Extinction du Schisme, le Flamfjcau de la Vraie Èqlise, etc.) — Cf. Eue Benoît, Histoire de l'Édit de Nantes, t. II, p. 510- 511 : ■< Le cardinal affectait toutes Ips choses qui parais.saient grandes... Celle de la réunion des Religions était sans doute fort propre à flatter sa vanité. Enfin il arriva des choses qui se passèrent pendant les premières années depuis la prise de La Rochelle, qui semblent dépendre si naturellement de ce dessein qu'on en peut conclure avec beaucoup de probabilité qu'il l'avait formé tout de bon. Au contraire, comme dans le même temps il avait perdu sa réputation à Rome, où ses alliances avec Gustave et les autres protestants étaient fort désagréables,... on pourrait dire qu'il ne faisait servir ses projets de réunion qu'au dessein de rentrer dans les bonnes grâces du Pape. » — E. Benoît place ce projet en 1631. '( Il y a des mémoires, » dit-il, « qui font monter à quatre-vingts le nombre des ministres» déjà «gagnés» au projet de Richelieu. Nous n'en connaissons que quelques-uns, La Milletièrë, Petit, etc. — Sur la reprise de ces projets par Richelieu dans les derniers temps de sa vie, v. Be.noit, ibid., p. 516. Il ajoute du reste que << les plus sages auteurs confessent qu'ils n'en savent rien que par ouï-dire, » et l'incertitude de ses renseignements paraît dans la façon embarras.sée dont il résume son appréciation (p. 516-517). — Ki^hard Si.mon, Lettres choisies, t. T, prétend que .lurieu a eu tort d'affirmer que « le dessein de mluf-r le parti des protestants n'est né qu'après la pai.x des Pyrénées et depuis 1660. » « Il faut être peu instruit de ce qui s'est passé sous le ministère du Cardinal, pour ignorer qu'il a employé une bonne partie de ses soins à faire rentrer dans l'Église les protestants de France, et que, s'il ne fût pas mort si

qui est sûr, c'est qu'à partir de 1630 environ, il favorise la controverse et qu'il semble comprendre aussi la nécessité d'en modifier l'esprit et d'en accommoder la méthode aux exigences des adversaires. Les protestants continuaient à déclarer, par l'organe de leurs défenseurs les plus illustres et de leurs synodes, que les arguments tirés de la croyance des ancêtres n'avaient à leurs yeux nulle valeur ; que la recherche « curieuse » des opinions du passé ne décidait aucune controverse ; qu'ils ne reconnaissaient d'autre législateur que Dieu, d'autre règle de foi que sa parole, tellement claire, suivant eux, dans les matières nécessaires au salut, qu'elle n'a nul besoin d'interprète' ; — n'était-il donc pas indispensable, si l'on voulait les combattre avec efficace, d'accepter, comme eux, l'arbitrage souverain de l'Evangile ■ ? Tel fut donc le mot dordre^ de La Milletière^ et de Frauçois Vé-

tôt, il y a longtemps que nous n'aurions plus de huguenots dans le royaume. »

11 s'appuie sur les confidences et les mémoires qu'il a reçus du P. Du Laurens, <( la personne qui avait été chargée de cette grande affaire par le Cardinal.» Voyez cependant Le Clerc, Lettres cri t. sur le Dict. de Bayle, p. 75. — Cf. Vie D'AvE.NEf,, Richeliou, t. 11, p. 419-420.

1. Paroles de Dcmoulim dans la Nouveauté du Papisme, 1627, i. I, ch. xlvi. Cf. TiLEXLS, Défense de la suffisance et perfection de l'Écriture sainte contre les cavillations du s^ du Perron, 1598. — Di'MOULrx, Le Juge des Controverses, 1615; Des traditions et de la perfection et suffisance de l'Écriture sainte, 1(321. — Desm-^rets, De judice controversiarum, 1625. — Chamieb, Panstratia, t. I, p. i. — Rivet, Critici Sacri Specime?! : hoc est censurée doctorum in Scripta Patrum, 1612.

2. Un controversiste célèbre de la fin du xvi» siècle, Cheffotiaine, dans sa Défense de la foi que nos ancêtres ont eue dans la présence réelle (1586) avait déjà fait profession de combattre les hérétiques « par de bons raisonnements » et non par les autorités des SS. PP. que les hérétiques récusaient. (E. DU Pin, Bi/A. Eccl., t. II, p. 177). En 1604, Boc.iu, protestant converti, publie une Méthode de convertir toutes sortes d'hérésies par l'Ecriture. C'était un acheminement à l'évolution que nous trouvons ici.

i. « Ces belles ma.ximes, — dit R. Simo\ (Lettr. choisies, t. I, p. 265), en parlant des principes et des procédés de Véron que nous allons rappi^ler, — venaient plutôt du cardinal de Richelieu que de Véron, qui n'était que l'instrumf^nt du cardinal. » 1d., ibid., t. Il, p. 36 : «Lorsque le cardinal parlait des docteurs de Sorbonne, il disait ordinairement qu'ils étaient bons pour les hérétiques du siècle passé, voulant marquer par là que pour s'opposer à ceu.\ d'aujourd'hui il fallait savoir autre chose que la théologie scoiastique. » Cf. l'Introduction de l'abbé La Bouderie à la Règle générale de la foi catholique, 1825.

4. La Milleïière, ancien agent politique du duc de Rohan, est mis à la Bastille en 1627 et condamné à mort, mais il en sort bientôt avec une pension de mille écus, et devient agent du roi. Il publie entre autres ouvrages de controverse :

ron', les deux controversistes principaux que le père Joseph et le père du Laurens, confidents de Richelieu, dirigeaient d'après ses vues : soinnier les protestants de montrer leurs dogmes dans l'Evangile, d'appuyer chaque article de leur Confession de foi par des textes formels et explicites du livre sacré'. Telle devait être aussi la méthode suivie dans cette conférence solennelle, où Richelieu rêvait , dit-on , de vaincre une seconde fois le Protestantisme, — et cette fois par sa seule parole, — devant tous les ministres du royaume réunis à Paris. « Ou n'y devait parler, » dit Richard Simon, « ni des Pères, ni des

Letlre à M. Ramboitrs, 1628; Disc, des moyens d'établir une paix en la chrétienté par la réunion de l'E. P. R. à l'Eglise Romaine, proposés à Mgr le cardinal duc de Ricfielieu,... trad. du latin en français, 1635; Défense de la méthode nouvelle du P. Véron), 1642; La facilité ds se réunir et de réformer l'Église. 1042; V Extinction du Schisme, 1650; le Flambeau de la vraie Eglise, 1654. — La Milletière resta dans la communion protestante jusqu'en

1. Véron composa un grand nombre d'ouvrages de controverse dont l'abbé La Bouderie donne la bibliogi-aphie détaillée, dans l'Introduction à la Règle générale de la foi catholique, 1825. Citons seulement les plus originaux : Abrogé de l'art et méthode nouvelle pour bâillonner les ministres, 1618; Bi-ef et facile moyen par lequel toute personne, bien qu'elle soit peu versée en théologie, peut, parla seule Bible... etpar la Confession de foi delà R. P. R., faire paraître évidemment à tout ininistre qu'il abuse et à tout religionnaire qu'il est abusé en tous et en chacun des points de sa prétendue Réforme, Pont-à-.Mousson, 1617, in-24, réimprimé depuis plus de vingt fois. — Le moyen de la Pair chrétienne et la réunion et réduction générale de ceux de la R. P. R. à l'Eglise catholique sur les différends de la foi, présenté à Mgr le cardinal de Richelieu, 16-39. — Petit Epitomede toutes les controverses de religion en ce siècle, 1641: plusieurs fois réimprimé. — Méthode de traiter de controverse de religion par la seule Ecriture sainte, 16^:57 ; vingt fois réimprimée, avec des approbations du Pape, des Jésuites, d's .\ssemblées du clergé de 1621 à 1682. — Règle générale de la foi catholique séparée de toutes autres doctrines inférieures en autorité, 1645. Réimprimée en 1674 et en 1825. Richard Simon, beaucoup plus tard, semble préférer encore à toute autre métbode celle de Véron {Critiq. d'Ellies du Pin, t. II, 259, 572; Lett. ch., t. I, lettre x.xxu.) — Pour l'influence de Véron sur les controversistes allemands, voy. Henke, Calixtus, B. II, i Abth., 159, 390. Cf. Leibniz, lettre à Bossuet du 19 déc. 1699, et réponse de Bossuet du .30 janvier 1700.

2. Cf. DnELiNCOLRT, Avertissement sur les disputes et les procédés des missionnaires (1654), OÙ il veut, pour les satisfaire, « faire voir dans l'Ecriture tous les mots et toutes les syllabes qui sont en la Confession de foi et dans les catéchismes. » — Cf. Dumoulin, Les oppositions de la Parole de Dieu avec la doctrine de l'Église romaine ; D aillé, La foi fondée sur les Écritures, 16.34 ; Dreli.ncocrt, Le Comijat romain, 1629; Abrégé des controverses, 1630. Cf. Ci.ov- SEAULT, Vies des PP. de l'Oratoire, p. p. le P. Ingold : Vie du P. Ch. de Condren, t. I, p. 212. — Vie de M. tlier, I, p. 485. — E. BENoit, Hist. de l'Édit

Conciles, ni de tout ce qu'on appelle tradition : la seule Ecriture aurait servi de principe et de règle'. »

A cette date aussi se manifeste, chez les controversistes catholiques, l'intention avouée de diminuer le nombre des controverses. Le plus actif des prédicateurs polémistes de ce temps, François Véron, se séparait ouvertement, dans cet essai de simplifier la dispute, de ses illustres prédécesseurs : «Retranchez,» disait-il, «de Bellarmin et d'autres livres de controverse tout ce qui est de la doctrine scolastique : vous les diminuerez de trentecinq si le tout fait quarante^ » Et devançant Bossuet, Véron soutenait cette idée que V exposition seule de la foi catholique suffirait à dissiper bien des malentendus, une fois allégée des additions parasites dont la subtilité des docteurs et l'ignorance du vulgaire l'avaient dès longtemps encombrée \

C'était là, sans doute, le principe d'un renouvellement fécond de la controverse et d'un progrès réel, mais ce changement ne rallia pas tous les suffrages \ En dépit de la

de Nantes, lïï, 49 : « (Les missionnaires insistaient sur ce point) qu'on ne pouvait prouver par TÉcriture les mots de Trinité, de Consubstantiation, etc.. C'était là unp des inventions de François Véron. » Notons toujours cependant que, tout en faisant porter le principal de ses efforts sur ce point, Véron ne s'interdisait pas complètement le recours aux Pères et à l'antiquité. Il a fait un Traité des Traditions apostoliques, 1631, et allègue dans plusieurs de ses ouvrages « les PP. séans es conciles des cinq premiers siècles. »

1. Lettres choisies, 1730, t. I, p. 27-28 ; Bibl. cril., du même, t. I, 325.

2. Vkron, IVeijle générale de la foi catholique , cité par R. Simon, Leltr. ch., t. I, p. 265, — Dans l'épîlre dédicatoire au cardinal de Hiciielieu, du Moyen de la paix chrétienne, 1639, Véron écrit : « Vingt-cinq ans y a que je mainliens et publie de vive voi.x en me.s prédications et par plusieurs livres imprimés que ce singulier moyen... est de séparer exactement les articles de la foi catholique, c. à. d. à laquelle tous sont obligés de croire sous peine d'hérésie et d"analtiême, d'avec toutes les doctrines qui ne sont pas élevées à cette dignité, que nous nommons scolastiques , la plupart desquelles sont problématiques; et encore plus des sentiments de quelques particuliers zélés, mais ignorants, et des abus que celte ignorance a introduits en quelques esprits trop simples, et faire cette séparation en toutes et chacune des matières controversées. »

3. Dans le même ordre d'idées, voy. l'ouvrage de Camus, évêque de Belley : L'Avoisinement des Protestants à l'Église romaine, P., 1650; Rouen, 16i8. Cependant Camus insiste beaucoup sur la foi de l'ancifnne Église des cinq premiers siècles pour décider les controverses {Moyens de réunir les protestants, 1703, p. 73.) — Cf. le mémoire du P. de l'Oratoire, Du Laurens, adressé à Mazarin (dans ïabaraud, Hist. des Projets de réunion, p. 203-204).

4. La Milletière, dit Êlie Benoît « se servait d'expressions adoucies, sous prétexte d'expliquer » les pratiques et opinions de l'Église romaine qu'il ne se don-

protection de Richelieu, La Milletière se voyait condamné par la Sorbonne, Véron censuré en cour de Rome *, et les catholiques préféraient demander à l'abbé de Saint- Cyran',le champion brillant et très en vue alors du Jansénisme déjà persécuté, de vouloir bien prendre en main la cause de l'Eglise' et dissiper le triomphe apparent que ses ennemis tiraient de son silence*.

La captivité de Saint-Cyran trompa ces espérances^, et, bientôt après, la mort de Richelieu, en coupant court à la campagne menée sous ses auspices, fit voir que l'ardeur controversiste des débuts était désormais singulièrement refroidie.

De 1642 jusque vers 1660, — si toutefois on peut assigner des dates à ces faits d'histoire morale qui échappent aux déterminations précises, — il y a un ralentissement notable dans la polémique des deux religions.

nait pas la peine de justifier, et il les faisait passer « pour des questions qui ne devaient pas empêcher les Réformés de se réunir. » Hist. de VÉdit de Nantes, t. 11, 514-515. Mais les Synodes repoussaient avec indijçnation ces « séductions » ; Daillé, Drelincourt écrivirent contre La Milletière; le synode d'Alençon le condamna. — La Sorbonne de son côté l'eût formellement condamné sans l'opposition de Richelieu. En 1637, le Moyen de la paix chrétienne fut censuré par elle (arrêt du 15 déc. 1637, Bayle, Dict. crit.) « aussi vivement que s'il eût été de connivence avec les ministres de Cbarenton. » E. Benoît, iôid., p. 515.

1. Véron fut de bonne heure (vers 1621) accusé d'hérésie par quelques catholiques (lotrod. de l'abbé La Bouderie à la Règle générale de la foi catholique, 1825.) — En 1622, il éprouve le besoin d'en appeler au Pape, auquel il demande l'approbation de sa méthode {Apostolico l'raesuli sianmo rojnanae Ecclesiae poniifici, Urbano Vlll.)

2. Préface hist. et crit. des écrits de controverse d'ARXAULo {Œuvres, t. XIL) p. I. « M. Mole offrit même de donner cent écus pour contribuer à ce travail. »

3. Or la méthode de Saint-Cyran devait être toute différente, autant qu'on peut le voir à travers les dithymmbes jansénistes. Cf. Le Maistre, lettre à Singlin dans le Supplément au Nécrologe de P. R., p. 256 : » (II) allait repousser avec toutes les forces de la raison , toute la solidité du jugement, et toutes les lumières delà science et de la grâce les derniers efforts de l'hérésie ; (il) allait représenter la créance des anciens Pères,... faire voir aux hérétiques la protection de Dieu sur l'Église et le cours de la doctrine par l'enchaînement et la succession de ses âges. » Ce sera la méthode de la Perpétuité sur l'Eucharistie DE Nicole.

4. Préf. hist. et crit. des écrits de controverse d'ARNAULO, p. i.

5. Le .Maistre, lettre à Singlin, ibid., p. 253 sqq : « Le diable a inspiré à Richelieu l'incarcération de Saint-Cyran, parce qu'il le craint comme un rude jouteur. » Mais il laisse « le père Véron et quelques autres bons religieux réfuter les hérétiques » sans s'en inquiéter.

Non pas sans doute que, surtout du côté des protestants, l'on désarme et l'on se taise : Desmarets à Groningue, Aubertin, Blondel, Mestrezat, Drelincourt en France, Daillé à Genève', — pour ne citer qu'eux, — écrivent toujours contre le Catliolicisuie et presque tous ils écrivent beaucoup; mais la méthode, le ton et le genre de leurs écrits diffèrent grandement de ce que l'on avait fait jusque-là.

A dater surtout de 1640\ la controverse, telle qu'ils paraissent à présent l'entendre et la pratiquer — (sous l'influence de quelles causes, j'essaierai de le déterminer tout à l'heure — cette controverse est singulièrement plus restreinte et plus calme que la controverse d'antan. C'est de l'histoire qu'ils font à présent , — de l'érudition même. — Ils consignent le résultat de recherches curieuses sur l'antiquité ecclésiastique dans des mémoires longs et substantiels, qui demandent du temps pour être lus, plus encore pour être réfutés, et qui, du reste, rédigés souvent en latin, s'adressent aux docteurs bien plutôt qu'au public. Seul, ou presque seul, parmi les calvinistes

1. Desmarets, Calalogus librorum Novi Testamenli de quihus lis est inter Cluisdanos, 1653 ; nombreux ouvrages (Desmarets ea composa en tout plus de cent) sur les moines, sur la Messe, sur l'Ordre ecclésiastique, sur la Papesse Jeanne, sur le Saint-Esprit, sur la Trinité, sur des curiosités d'exégèse biblique;

— quelques livres de controverse pure, tels que : Valeriuni Magni capucini metliodtis àijLïOoôo; et iynis faluus, etc., 1654 ; E.cemptio scrupiilorian quos missionarii pont'i fxcii inj'icere conantur conscientiisProtestanfium ad eos seducendos, 1655 ; Compendiosa Papismi refulalio, 1658. — Alberti.v, Conformité de la créance de l'Église et de saint Augustin sur le Sacrement de l'Eucharistie i 16-?6 ; Anatomie du Livre du s'' de La Milletière pour la Transsubstantiation, 16i8. — Blo.nuel, Traité historique de la Primauté de l'Église, 16 il ; Éclaircissement familier sur la doctrine de l'Eucharistie, 1641 ; Actes authentiques des Églises réformées de France, Germanie, etc. 1655. — Mestrezat, Traité de l'Église, 1649. — DREi.t.\cu( rt, v. p. 15, n. 1.

— Daillé, De la créance des PP. sur les Images, 1641 ; — De pœnis et satisfactioniljus humants, 16'»9: « Daillé y discute les opinions des PP. des trois premiers siècles. » Haag. — De pseudepigraphis apostolicis , 16.5.3. « L'auteur y prouve la fausseté des constitutions apostoliques. » Haag. — De jejuniis et quadragesima 1654 (sur les opinions des PP. des quatre premiers siècles.) — Dispiitatio de duobus Latinorum Sacramentis, 1659 : Disputatio de Sacramentali Confessione, 1661 : Réplique à Adam et à Cottihy, 1662 ; Adverstis Latinorum decultus religiosi objecta traditionem, 1664 ; Decultibus religiosis Latinorum libri i.x, 1671.

2. Ou remarquera cependant que le célèbre ouvrage d'Aubertin est de quatorze ans antérieur à cette date.

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