‹ Bossuet (volume 2)Chapitre 195 sur 329 · Voir la bibliographie plus haut, p. 315 et notes · texte numérisé non relu

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2. Allix, Ancient Churches of Albigenses, p, i.x, x. — Basnage, Hist. de l'Église, t. II, p. 1398 : «... Peut-on croire qu'il soit permis d'outrager ainsi les morts, parce qu'ils ne sont plus, et que Dieu ne punisse pas les médisances et les calomnies qu'on renouvelle contre sa conscience ? »

3. Bas.nage, Hist. de la Relig. des Êgl. Réf., t. I, p. 100-101, 169; Eist. de l'Église, t. H, p. 1386, 1415. (Je cite le plus souvent les deux ouvrages, et quelquefois aussi l'édition de 1725, à cause des changements que Basnage a faits à cette partie de son travail.)

4. Robert Gaguin, Compendium supra Francorurn gesta [composé en 1497], in Phil. Aug., f. 104; Léger, Hist. des Vaudois (1669), t. 1; Mézeray, Hist. de France (1643-1651), régne de Louis le Jeune, t. II, p. 108.

seulement qu'ils se sont trompés'.» Il ne saurait en tout cas former la moindre contestation sur les auteurs suivants : Nicolas Bertrand, historien de Toulouse, Jean du Tillet, Jean de Serres, Nicolas Vignier et «l'illustre M. de Marca »^ : tous « hommes savants et judicieux, zélés pour leur religion, ennemis de la nôtre, qui n'ont aucun penchant pour les Albigeois, et qui, en fidèles historiens, se contentent de rapporter ce qu'ils ont vu dans les anciens mémoires et dans les Chartes du Roi.»

La délicatesse de M. de Meaux réclame-t-elle de plus anciens témoignages? Cependant il passe sous silence l'histoire des Comtes de Toulouse écrite par Bernard Gui, dominicain, inquisiteur, évèque de Lodève^. — Il omet de consulter ce vieil historien de l'Eglise du Mans, récemment publié par le père Mabillon dans ses Analecta, et qui parle du passage et des prédications de l'hérétique Henri, vers 1120, dans le diocèse du Mans*. — Il ne fait pas usage des documents en langue d'oc ou en provençal, tels que le Traité de l'Antéchrist et la ISIohla Leycon, dont il conteste, vainement, la date et l'authenticité ^ — Pourquoi, surtout, ne dit-il pas un mot de Guillaume de Puylaurens, chapelain du comte de Toulouse, lequel

1. Bas.nage, Hist. de la Relig. des Égl. Réf., 1. 1, p. 148 sqq., 153, 198: Hist. de l'Église, p. 1408, 1479, 1422. Cf. Alllx, p. 174 : « L'Évêque, qui a fait une découverte que personne des auteurs anciens ni modernes, protestants ou papistes, n'a été capable de faire, doit la tenir de la révélation de quelque ange, blanc ou noir, je n'en sais lieu, albus an aler, nescio. » Id., ibid., p. 121-127 : « Baronius n'était pas sur ce point aussi clairvoyant que l'évèque de Meaux; mais comme il arrive souvent que celui qui se lient sur les épaules d'un homme grand voit un peu plus loin que lui, etc. » Cf. le même, sur .Mézeray, ibid., p. 127, 180- 490. — Voy. plus haut, p. 244-245 et notes.

2. Bertrand, Opus de Tolosanorum gestis, 1515, f. 29 ; Jean du Tillet, Sommaire de l'Histoire de la Guerre contre les Albigeois (1590); Jea.\ de Serres, Hist. de Fratice (1597), règne de Louis YIII, p. 96; N. Vigmer, Hist. eccle's. (1601), à l'an 1206; P. de Marca, Hist. de Béarn (1640), 1. VIII, c. 14, p. 729-730.

3. Bernard Gui ou de la Goioxie, Comités Tolosani, imprimé dans l'appendice de l'Histoire de Catel (1623). — Basnage, Hist. de la Rel. des Égl. Réf., t. I, p. 153; Hist. de l'Église, t. II, p. 1409.

4. Acta Episcoporum Cenomanensium, dans les Vêlera Analecta (1675- 1685), t. III, p. 313 sqq. — Basnaoe, ibidem.

5. Basnage, Hist. de la Religion des Églises Réformées, t. I, p. 151, 157- 158 200, 276-278; Hist. de l'Église, p. Ii22; — Allix, Ancient Churches of Pièdmont, p. 160, 161, 167, 168.

vivait en 124o'I Historien cuneux et sincère, d'une seule phrase « il renverse tout le système de M. de Meaux » sur les croyances des Alijigeois. Basnage voudrait croire que Bossuet « n'a jamais lu cet auteur, car autrement il aurait eu assez de bonne foi pour le citer, ou pour effacer la plus grande partie de l'onzième livre de sou histoire. » Mais plutôt n'a-t-il pas eu peur qu'« en nous l'indiquant par quelque citation, toute sa peine ne fût perdue, et que le vaste recueil qu'il a fait de tant d'auteurs ne devint inutile^? »

D'autant que ces auteurs qu'il préfère sont, presque tous, fort sujets à caution. Eckbert, Erraengaud, Ebrard de Béthune, Alain, saint Bernard, « quantité d'autres», ne sont bons qu'à procurer à l'historien catholique « la gloire d'une vaste lecture. » Partiaux avec naïveté et jusqu'à l'impudence, il font éclater à chaque mot leur violence outrageante; — ignorants et grossiers, ils déshonorent parfois leurs récits par des contes ridicules; — mal informés, ils parlent souvent des Albigeois sur de simples ouï-dire^.

Pierre de Vaucernay est le principal historien sur lequel M. de Meaux s'appuie. Il fut, à la vérité, le témoin oculaire des faits qu'il raconte; mais témoin passionné

1. G. DE PuYLALBEXs, Chronicoti, imprimé également par Catel; puis par du Chesne, Script., t. V. — Bas.nage, Hisf. de la Rel. des Égl. Réf., t. I, p. 150 sqq. ; Hisl. de rÉr/ltse, p. 1409. — Bas.\a(3e signale aussi, parmi les sources omises par Bossuet, des interrogatoires d'hérétiques alljigeois par les triijunaux de l'Inquisition, mss. appartenant à un académicien nîraois protestant, Graverol (Hist. de la Rel. de.'; Éf/l. Réf., I, p. 155 sqq.) qui, en soupçonnant l'intérêt et « de peur qu'on ne les supprimât », avait refusé de les céder à Colbert. Ces mss., signalés à Jurieu par Graverol (voy. Chacffepié, DicL, art. Jcrieu), furent utilisés par le P. Benoît (voy. plus haut, p. 244, n. 3). Allix [Ancient Chiirches of Albiyenses), et Limborch {Histovia inquisitionis, 1692), recoururent également aux actes de l'Inquisition. Et ils n'eurent pas à s'en féliciter. Voy. plus loin, p. 418. — Bossuet se préoccupa lui aussi plus tard de consulter ces documents. Voy. plus loin, ch. iv, n" iv.

2. B.^s.naoe, Hist. de la Rel. des Égl. Réf., t. I, p. 151 sqq.; Hist. de l'Église, p. 1386, 1409.

3. Basxage, Hist. de la Rel des Égl. Réf., t. I, p. 162 sqq.; Hist. de l'Église, t. II, p. 141.3-1416. — Allix, Albigenses (p. 143-159) ne rejette pas le témoignage d'Alain; mais il essaie de le tirer à lui. Les deux adversaires de Bossuet ne s'entendent pas toujours entre eux.

qui accable le comte de Toulouse des plus calomnieuses injures; témoin crédule et superstitieux, qui multiplie les récits de miracles extravagants... Voilà cependant l'homme à qui Bossuet accorde tant de crédit! Basnage a peine à le croire : « Les allégories subtiles, par lesquelles M. de Meaux tâche d'accorder ce moine avec les autres historiens, ont pu plaire à l'auteur des Variations lorsque son imagination était échauffée : elles doivent, à présent, lui faire honte ^

Reprenons une à une ces diverses critiques. La première n'a pas besoin de se discuter sérieusement. Il ne faut pas justifier Bossuet d'être allé droit aux sources. Quelles sûretés peuvent offrir, sur un point quelconque de l'histoire du Moyen Age, un compilateur comme Robert Gaguin, un rhéteur tel que Mézeray? Ce n'est pas de Jean de Serres ou de ses continuateurs, ni de Léger, qu'il faut attendre des recherches plus méthodiques et plus approfondies. Leur seule originalité, c'est que déjà se trahit chez eux le zèle intéressé des Réformés de France pour ces hérétiques mal connus, où ils auraient voulu trouver d'honorables devanciers. Quant à du Tillet, de Marca, Bertrand, Yignier, les uns ont vu, parait-il, — et même « feuilleté », — les autres ont connu des gens qui avaient vu « de fort anciens manuscrits » et « des Chartes^. » Le malheur est qu'ils ne citent rien. Il faudrait admettre

1, Basnage, Hist. de la Rel. des Égl. Réf., t. I, p. 154, 166 sqq., 169, 172; Hist. de l'Église, p. 1410, 1414, 1415.

2. De Marca avait '< feuilleté les mss. et les Bibliothèques du Languedoc.» Bas.nage, Hist. de l'Église, t. Il, p. 1408. Malheureusement Baluze qui a revu et corrigé plusieurs ouvrages de ce prélat, n'a pu rendre le même service à l'Histoire de Béam qui est de 1640 (Baluze était né en 1630).

Bertrand « est fabuleux, dit la Bibl. histor. de la France, t. IIF, n» 37762, dans ce qu'il dit des comtes qui oui vécu avaut Raymond, comte de Saint- Gilles; pour ce qu'il a dit de ceux qui suivent, il l'a emprunté de Guillaume de Puyiaurens et de Bernard de la Guionie, évêque de Lodève. »

ViGNiER même n'a rien vu; de l'aveu d'AuLix, p. 170-172, il a seulement connu «un Gascon, homme de réputation» qui lui «assura qu'il avait lu une des confessions de loi » des Albigeois, écrite « en vieux langage gascon » et « prêchée devant le chancelier de l'Hospital un peu avant les seconds troubles de France. »

aveuglé ment que, quand ils ont réellement consulté des textes originaux, ils ont bien lu et bien compris. Or Bossuet se refuse à cet acte de foi, même pour Jean du Tillet, « qui fut greffier du Parlement de Paris, » même pour «l'illustre M. de Marca, qui était archevêque.» C'est s'il avait autrement procédé, que Basuage n'eût pas manqué d'attaquer plus vivement encore, — et plus justement aussi, — sa méthode. Pour une fois, par hasard, que Bossuet a invoqué, sur un point de détail, l'opinion de Vigoier, Basnage, — qui tout à l'heure le blâmait d'avoir fait fi de cet historien, — se hâte maintenant de lui reprocher de s'en être serviS

Ce qui serait plus grave, c'est si parmi les documents originaux relatifs à l'hérésie albigeoise, lien était échappé d'importants à l'attention de Bossuet.

En ce qui concerne d'abord la Nobla Leycon et les autres «vieux livres» provençaux alors connus^ c'est sciemment, nous l'avons vu, et de dessein formé que Bossuet les rejette". Basnage apporte-il quelque fait nouveau propre à infirmer les préventions raisonnées de son adversaire? En aucune façon. Il se borne à lui apprendre où l'on peut voir ces documents, à maintenir qu'ils sont albigeois aussi bien que vaudois, antérieurs et non postérieurs à Waldo',

Quant à l'histoire des comtes de Toulouse de Bernard Gui et à la Chronique des Evêques du Mans^ le motif pour lequel Bossuet ne s'en sert pas* est simple; c'est qu'il n'y trouvait rien pour le sujet qu'il étudie. L'historien anonyme des Evêques du Mans se contente, — ainsi que Basnage le remarque lui-même, — de narrer avec une indignation abondante les obscènes débauches que l'on

1. Uisl. des Var., 1. XI, d»» xxiii et xxv; Basxage, Hist. de la Rel. des Éf/l. Réf., t. I, p. 110; Hist. de l'Église, t. II, p. 1408.

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