L. XI, no .\xxi sqq
tères de l'ancien Manichéisme, celui de se dérober, non seulement aux yeux des ignorants, mais aux yeux même des gens éclairés, avec une habileté «inconcevable». Au temps de saint Augustin, les Manichéens que ce docteur combat observaient, conformément aux conséquences du principe dualiste, certaines pratiques — comme le célibat et l'abstinence des viandes — qui se retrouvent, mais inspirées par un tout autre esprit, dans l'Eglise chrétienne. Or, de cette ressemblance purement extérieure ils profitaient « pour s'autoriser de l'exemple » des chrétiens , et ne pas se séparer d'eux ouvertement. « Ils se mêlaient parmi les fidèles; on les voyait clans l'Eglise avec les autres; ils y recevaient la communion, » en se contentant de la prendre sous l'espèce du pain ; enfin, — poursuit Bossuet, — « leur adresse à tromper les yeux, quoique vigilants, des catholiques était si grande, qu'ils furent à peine découverts sous le pontificat de saint Gélase après an long temps de paisible existence, » Tels se renouvelèrent au Moyen âge, selon Bossuet, les procédés des Cathares. Eux aussi, dit-il, ils se cachaient, «non seulement en recevant les sacrements avec nous , mais encore en répondant comme nous lorsqu'on les pressait sur la foi. » Eckbert et Evervin signalent, sans se l'expliquer, cette particularité chez les Cathares répandus autour de Cologne'. Quoi d'étonnant donc si plus d'un chroniqueur ancien se tait sur le fond de l'hérésie albigeoise? Bien que contemporains , ils ont pu ignorer « le fin mot de la secte ».
Ce que vaut cette hypothèse, nous aurons à l'examiner un peu plus loin. Il suffit pour l'instant d'observer que non seulement Bossuet avait une raison excellente pour ne rien prendre dans Bernard Gui ou dans l'historien de l'Eglise du Mans sur la croyance des Albigeois ou d'Henri l'hérétique, — puisqu'il n'y a rien; — mais que, de plus, il avait, pour ne pas même mentionner leur silence, un motif au moins spécieux.