‹ Bossuet (volume 2)Chapitre 199 sur 329 · Voy. ci- dessus, p · texte numérisé non relu

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guedoc et en Gascogne : — la question est si, oui ou non, le groupe d'hérétiques que l'on désigne d'ordinaire sous le nom d'Albigeois était formé par des Dualistes. — Cela, nous aurons à l'examiner de nouveau tout à l'heure; notons pour le moment que ce texte de Guillaume de Puylaurens, sans ébranler la thèse de Bossuet sur les Albigeois, confirme son opinion sur les Yaudois, puisqu'il les désigne expressément comme des adversaires déclarés du « nouveau Manichéisme ». Si donc nous avions, h propos de ce passage, un reproche à faire à Bossuet, ce serait plutôt d'avoir dédaigné mal à propos un texte qui venait à l'appui de sa théorie.

Ce qui explique cette omission, c'est qu'à part ces quelques lignes de la préface de Paylaurens, sur lesquelles Basnage se plait à faire un si grand fonds, il n'y a rien absolument, dans tout le reste de sa Chronique, qui puisse instruire l'historien des croyances des persécutés de Gascogne. Le chapelain de Raymond VII ressemble à un grand nombre d'anciens chroniqueurs ; il s'attache à la partie voyante et bruyante de l'histoire. Racontant la Conférence de Montréal en 1206, — où les hérétiques disputèrent solennellement contre le clergé orthodoxe, — il en décrit avec luxe les détails extérieurs, et il oublie de nous renseigner sur la matière des discussions. Il se sert parfois de noms ou surnoms qu'il entendait autour de lui donner aux Albigeois, sans avoir l'air de soupçonner que ces mots, clairs pour lui, auraient besoin d'un commentaire ^ Déjà éloigné, du reste, du commencement de la Croisade, vivant à une époque où les motifs religieux s'étaient sans doute effacés de plus en plus derrière les ambitions politiques et les rivalités locales, il n'explique nullement les griefs de l'Eglise contre les hérétiques sur qui, en 1208, elle déchaîna les hommes du ?sord^

1. C'est ainsi qu'il parle (ch. xlvi) d'hérétiques vêtus, Haeretici vestiti, sans expliquer qu'il s'agit là, probablement, des Parfaits. Voir Schmidt, t. II, p. 9i; ou TiLLEMONT, Histoire de saint Louis, édit. de Gaulle, t. Il, p. 18-19.

2. En comparnnt la liste des auteurs de Bossuet (voir celte liste plus haut, p. 214, n. 6) avec le tableau des sources principales donné par Schmidt, Précis

Touchant la valeur des auteurs dont Bossuet se sert, on voit aisément l'inanité des plaintes de Basnage. Il faut en prendre son parti : les Albigeois, comme la plupart des hérétiques qui, s'étant élevés contre TÉghsc, finirent par succomber, ne seront jamais connus à l'histoire que par le témoignage de leurs persécuteurs. Il serait donc puéril de récuser Alain, Eckbert, Ermengaud, Ebrard de Béthune, saint Bernard, Pierre de Yaucernay, sous prétexte qu'ils sont crédules, superstitieux, emportés. Faute de mieux, leurs ouvrages s'imposent\ Il s'agit seulement de faire dans leurs affirmations le départ nécessaire ; — par exemple, de mépriser le plus souvent les accusations qu'ils dirigent contre la moralité des hérétiques, accusations qu'on voit se renouveler dans le passé toutes les fois qu'une orthodoxie régnante a voulu flétrir un novateur dangereux ou une secte rivale. — Mais au sujet des croyances qu'ils exposent en les combattant, il est impossible d'admettre qu'ils aient inventé, par pure malveillance, d'imaginaires erreurs. A quoi bon? — Est-il même probable que d'ordinaire ils aient exagéré les écarts de doctrine dont ils eurent connaissance? Leur ardeur à défendre l'ÉgUse menacée, leur haine contre des concurrents redoutés, la vivacité de leur foi facile à s'indigner et scandalisée à peu de frais : autant de motifs qui

de l'histoire de l'Église d'Occident (1885), note 113, p. 219, on voit que les seuls auteurs, alors publiés, dont Bossuet ne paraisse pas s'être servi sont : lo Luc, évêque de Tuy, de altéra vita fideique controversiis adversus Albigenses; 2° Bonacursus, Manifestatio haeresis Catharorum. Boxacursus rapporte d'une façon très succincte et incomplète les articles des hérétiques (Schmidt, Hist. des Cathares, t. II, p. 226); et l'ouvrage de Luc de Tuy, acharné persécuteur des hérétiques d'Espagne, n'est, de l'aveu de Mariana, son éditeur, qu'une masse informe, sans ordre et sans suite, rédigée d'uue façon passionnée et violente (Schmidt, ibid., p. 244.) Et puis qu'auraient dit les adversaires de Bossuet, s'il avait cru pouvoir citer un auteur qui conseillait sans hésitation l'extermination des enfants des hérétiques « quia^ ut credo, si viverent forent paterni sceleris imitatores » .' — Du reste, il est possible que Bossuet eût pris connaissance de ces auteurs, bien qu'il ne s'y réfère pas, car il parle de « beaucoup d'autres auteurs qu'il pourrait citer.» (Cf. plus haut, p. 214, fin de la note 6.) Notons enfin que les critiques de Bossuet ne lui reprochent pas l'omission de ces deux auteurs.

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