Hht. des Var., 1. XI, n"^ xxix, xxxvi, lvhi, ux, lx
2. '< Quorum sermo, ut cancer scvpens,infecit plurimos et seduxit, sicque nemine opponente se, in miirum pro Fide ascendentibus ex adverso, etc. >» (jUill. de l'uYLALRE.NS, éd. Calel, p. 49. Ea d'autres termes, le caractère clandestin de la propagation des doctrines cathares explique l'indifférence assez grande et l'inintelligence prolongée de l'Église en face du développement de cette hérésie. — Cf. Schjudt, t. I, p. 55, 99-100; J. Havep, L'Hérésie et le bras séculier, p. 33-36; Ch. Moli.mer, Un traité inédit contre les Cathares, Annales de la Faculté de Bordeaux, 5« année, p. 230 : «... De pareilles spéculations n'étaient pas faites pour être saisies du bas peuple. Il y a plus; si l'on en croit Rainier Sacchoni, les chefs de la secte lui en cachèrent pendant longtemps, de propos délibéré, les points les plus difficiles et les plus extraordinaires. »
Les textes des chroniqueurs et des théologiens, comme ceux d'EcKBERT, de Gltli.au.me de Puylaure.ns (cité par Basnage, Hist. de la Rel. des Êgl. réf., t. I, p. 151-152) et de quelques Conciles, relatifs à la diffusion audacieuse et à la prospérité publique et menaçante de la secte cathare ne sont pas contradictoires avec ces habitudes mystérieuses que Bossuet leur attribue. Ils ne cachaient pas leurs ambitions, leur puissance, leur organisation ecclésiastique; mais ils cachaient leurs dogmes intimes.
Quant aux écrits composés pur les Cathares eux-mêmes et dont Bossuet ne connaissait pas l'existence aujourd'hui certaine, il faut distinguer. 11 y avait d'abord les traités savants, comme ceux de l'évêque Théodoric, de .lean de Lugio, et d'un certain Didier, traités que Rainier et Mouota ont connus, et qui devaient être des expositions cunipl tr-s de la doctrinf^ (voy. Schmh.t, Hist. des Cathares, t. I, p. 199; t. Il, p. i-2; .Mollnieh, art. cité, p. 226-235). Mais on ignore si ces traités étaient nombreux, et il n'est pus prouvé qun la littérature théulogiiiue des Cathares fût très rich-^ et tr''S répandue. Ce qui tendrait à le faire >upposer, c'est l'ignorance d'ecclésiastiques tels que Guillaum.; de i'uylaurens, Bernard Gui, Eymeric, ces deux derniers inquisiteurs. Voir plus loin, p. 404, n. 2. — Il y avait en second lieu, les écrits de propagande populaire, les chansons, les schedulae que les adeptes du Catharisme semaient le long des chemins pour « initier, dans une certaine mesure, y les masses « à l'easeigaeraent
et reprise ensuite par les Catliares, — des «Eliis» et des «Auditeurs». C'est à bon droit qu'il relève et met en lumière, chez les auteurs du Moyen âge, tous les indices propres à faire supposer que cette organisation mystérieuse du Manichéisme primitif avait été reprise par les rénovateurs modernes de la religion dualiste*.
Or ce sont ces observations qui l'engagent dans les singularités d'interprétation dont nous venons de voir Basnage se scandaliser si fort. Voilà pourquoi, — par exemple, — en présence de la Confession de foi, publique et libre, des hérétiques de Gascogne au Concile de Lombez, et du recueil de dépositions de ces mêmes hérétiques devant le même Concile, il se décide à préférer, en dépit des apparences contraires, celles-ci à celle-là. Il croit devoir ajouter foi, plutôt au document où Ton a chance de surprendre, dans la bouche môme des accusés, interrogés avec art^ l'aveu involontaire de leur doctrine cachée,
de la secte » : mais ce n'était assurément pas là que les principes fondamentaux du système étaient exposés (cf. Moli.mer, art. cité, p. 230-231). — Il y avait enfin les livres chrétiens, traduits et peut-être modifiés par les Hérétiques (cf. ScHJiiDT, ouvr. cité, t. II, p. 2, n. 3: .Moli.nier, article cité, p. 229, n. 6; p. 233, n. 6 ; p. 234, n. i), ou en tout cas interprétés oralement par leurs missiounaires dans un sens bien différent du dogme catholique. Et l'existence de ces « corrupta sanctorum opuscida » confirme les vues de Bossuet sur la propagande astucieuse et détournée des Dualistes.
1. Sur la distinction des Élus et des Croyants, sur les artifices employés par les Cathares pour garder les apparences de l'orthodoxie dans les pays où ils n'avaient pas la majorité, sur leurs réponses équivoques, vovez Schmidt, Hist. des Cathares, t. I, p. 22, 73, 79; t. 11, p. 19, 34-35, 98; 133, note 3 ; 159, 170, et passim. « Ils interprétaient, pour les adapter à leur système, certaines doctrines de l'Église, ou plutôt ils se servaient des expressions et des termes de la théologie chrétienne pour en revêtir des idées tout à fait étrangères au christianisme. Tous leurs efforts avaient pour but de faire passer pour chrétien le système dualiste.» Schmidt, t. II, p. 35. Bossuet ne dit pas autre chose. On faillit une fois canoniser un Cathare italien, mort en 1269 en odeur de sainteté. Il allait l'être, quand on découvrit qu'il n'avait été qu'un hérétique. Schmidt, Précis de Vhist. de l'Égl. d'Occident, p. 223. Cf. Ch. Molixier, Rapport sur une mission en Italie dans les Archives des missions, 3= série, t. XIV, p. 305-.306, sur la mission d'Arnauld Cicre eu Catalogne, vers 1.320. Les agents de l'Inquisition ou les évèques paraissent avoir été obligés souvent de se déguiser et d'avoir recours à la ruse ad explorandum caute et discrète..., cum sint callidi et versuti \haeretici]. << No7i possunt de facili reperiri, lalitantes in abditis et perarnbulantes in tenebris filii tenebrarum, nisi detecti fuerint aut per taies qui vias eorum dévias alias corfuoverint. » Cf. le texte de Guillaume le Bretox sur l'agent Raoul dans J. Havet, opusc. cité, p. 26-27.
qu'à la déclaration libre, officielle et publique, où ils ne pouvaient et ne devaient livrer que leur doctrine exotérique. Ce choix entre les documents peut être contraire aux règles générales de la critique ; mais, dans le cas présent, il s'imposait'.
Ces mêmes considérations sur la « dissimulation manichéenne » lui permettaient aussi de poser, comme un principe assuré , que des auteurs catholiques contemporains des Albigeois, des théologiens même, voire des Inquisiteurs^ et des Conciles, ont très bien pu ne connaître que fort imparfaitement le fond de la secte. — Il est en droit de compter à son profit le témoig-nage des auteurs qui, comme saint Bernard, Evervin ou Pierre le Vénérable, ne disent pourtant pas mot ni des «deux principes» de Manès, ni de la transmigration des âmes, ni de l'adoration du soleil, ni du « baptême de feu ». Car c'étaient là des «mystères,» que les adversaires de la secte cathare pouvaient bien ignorer, puisque les adeptes eux-mêmes étaient loin d'y être initiés tous. — Bossuet se croit autorisé à ne pas tenir compte de ces omissions, pourvu seulement qu'il trouve dans ses auteurs la révélation nette et indubitable de quelques-unes des pratiques qui étaient les conséquences directes et les applications ordinaires
1. On a remarqué avec raison que l'absence totale de documents émanant des Cathares eux-mêmes impose ici à la critique « des conditions extraordinaires et dont heureusement il ne semble pas y avoir d'autre exemple. » Ch. Molinler, art. cité, Annal, de la Fac. des Lettres de Bordeaux, t. V, p. 235.
2. Cf. sur la brièveté étrange d'EYMERic, dans son Directoriuminqinsitor'mm, et de Berxard Gui, dans sa Practica Inquisitionis, Ch. Mommer, ibid., p. 250- 251 : « De l'hérésie cathare, celui-ci [Eyraeric^; en réalité ne sait rien... Tant de brièveté et de négligence peuvent étonner en ce qui concerne Bernard Gui. On connaît le soin habituel et la conscience qui sont les traits distinctifs de ses ouvrages. De plus, il y a un contraste profond entre la sécheresse de ses renseignements sur le Catharismc et l'abondance de ceux qu'il nous présente sur des sectes presque du même âge (les Faux-Apôtres, les Béguins). Il accumule à propos de celles-ci les détails curieux, les indications que lui fournissent ses lectures et son expérience personoelle... Il semble enfin mettre autant de zèle à nous inslruire sur leur compte qu'il a mis de réserve à nous détailler les croyances dualistes.» Cette « réserve » s'explique, suivant Moli.nier, par ce fait que « le Catharisrae n'était » plus à ses yeux « l'hérésie dangereuse... malgré le nombre des prévenus qu'il fournissait encore '>. L'explication de Bossuet mérite aussi^ et peut-être mieux, d'être mise en compte.