Frizon, Gailia pur)>urata, p
3. Le système d'Arminius se résume (autant qu'uQ exposé sommaire de ces choses délicates et de nuance peut être exact) à ceci : 1» La prédestination n'est
guère de la tradition pratique du Catholicisme orthodoxe, soigneusement maintenue par l'habileté des jésuites. — Plus tard encore, les théories de Cameron, d'Amyraut, de Testard, où les calvinistes rigides signalaient, en les déplorant, des concessions au «Papisme»* ; dans les derniers temps enfin, le système de Pajon-, durent, en continuant la tendance arminienne, raccourcir de plus en plus la distance qui séparait, sur cette question capitale, les protestants des catholiques^.
Les projets conçus, pendant le dix-septième siècle, en vue de la réunion en un seul corps de toutes les Eglises
pas absolue ; 2° Les mérites du Christ s'appliquent universellement à tous les chrétiens ; 3o Le libre arbitre n'a pas entièrement péri ; 4« L'homme doit et peut concourir avec Dieu et résister ou acquiescer à sa grâce ; 5° Il peut la perdre. Cf. Lôbstein, art. Prédestination, dans VEncycl. Lichlenbergev.
i. Camero.\ [Thèses de gratia et libero arljitrio, 1618 ; Defensio sententiee degralia, etc., 1624, etc.) inventeur de l'» universalisme hypothétique» d'après laquelle la volonté générale de Dieu est que tous les hommes soient sauvés. « On ne peut nier, écrit Dumoulin [Lettre au Syn. d''Alençon, 1637, dans Aymon, Synodes, II, p. 617) que le tiers des ouvrages de Cameron ne soit employé à réfuter Calvin, Bèze et le reste de nos docteurs les plus fameux.»
Amyraut [Traité de la prédestination. 1634 ; Disptitatio de libero hoininis arbitrio, 1647, etc.) admet le principe de Cameron, en le corrigeant par des restrictions considérables. En effet, « à cette invitation universelle (de Dieu), la créature ne peut,» selon lui, «obéir, à cause du péché, obstacle invincible à la naissance de la foi.» Oi", «cette foi, condition du salut, est l'œuvre gratuite de Dieu qui la donne à ceux-là seuls qu'en vertu d'un décret spécial il a prédestinés au salut. » LôBSTEix, Encycl. Lichtenberger. — Tesiard, dont les ouvrages datent de 1633 à 1639, partageait ces idées. — Dumoulin (passage cité plus haut) se plaint qu'Amyraul et Testard aient tâché de former une nouvelle religion par un mélange de papisme et de caméronisme. » — Louis Cappel, l'exégète, adoucit un peu lui aussi la rigueur des doctrines de Dordrechi [Syntagma ihesium theologicarum in Academia Salmuriensi dispittatarum, 1665. — Enfin Jurieu lui-même [le Vrai syst. de l'Église, I. II, ch. lu), quoique partisan des anciennes doctrines, admettait que le Pélagianisme n'était pas contraire à la piété, ni une erreur damnable.
2. Pajon (1626-1685) qui, s'inspirant, lui aussi, d'Arraiuius, le corrige, essaie en spécifiant bs moyens d'action de la grâce, de faire une place plus large à la liberté. Y. Fr. Puaux, Encyclopédie Lichtenberger. — Le pajonisme fut condamné en 1686 par V Acte d'uniformité de Rotterdam. — Pajon avait collaboré au célèbre livre de la Réunion du christianisme de d'IIlisseau.
3. Bayle : Dict. crit., art. Pauliciens, rem. F ; Réponse aux questions d'un provincial, part, ii (Œuvres, t. III, p. 748-749) ; Nouv. Lett. crit., III, n» viii. — YiosEs, Apologie pour l'Église romaine, p. .35. — Bossuet, Le/^re à Leibniz du 30 mars 1692. (^Œuv. de Leibniz, éd. Foucher de Careil, I, p. 266-267). — Cf. R. Simon, Critique de du Pin, t. II, p. 354. — Tabaraud, Hist. des Projets de Réunion, p. .346-347.
de la Réforme*, avaient contribué aussi à Félimination graduelle, ou au moins à l'atténuation, de plusieurs des controverses qui divisaient d'abord Rome et Genève.
Dès 1636, le Synode national des Réformés de France, faisant aux luthériens des avances très prématurées, avait déclaré que les Églises de la Confession d'Augsbourg convenaient avec les Eglises réformées sur les « points fondamentaux» du Christianisme, et qu'il n'y avait «ni superstition, ni idolâtrie dans leur culte ^ » En donnant cet exemple de larg"e tolérance et de fraternité, les calvinistes oubliaient sans doute que, sur plusieurs points importants, les Eglises de la Confession d'Augsbourg se rapprochaient assez notablement de l'Eglise catholique. De l'aveu de leurs propres docteurs, la plupart des Allemands semblaient moins éloignés de la foi romaine qu'ils ne l'étaient du Calvinisme ^ Plusieurs croyances leur étaient com-
1. Les documents principaux sur ce sujet sont, outre les déclarations officielles des synodes nationaux de Tonneins, 161 i, de Vitré, 1G17, de Charenton, 1636, les livres d'AnvRAUT (De secessione ah Ecclesia romana deque ratione pacis inler evangelicos in religionis negotio conslituenda disputatio, 1617 ; Elpr,vtxôv, 1662), et celui de d'Ucisseau (1670), cité plus haut. — Du côté des luthériens : G. Calixïe, Desiderium et stud'mm concordiae ecclesiasticae, 1651 ; De tolerantia Reformatorum, 1658. Cf. en Angleterre, les ouvrages iréniques de DuRY (1634-1654); en Suisse, VIrenieum Irenicorum (1658-1661). — Voyez les Histoires des Projets de Réunion, de Rabaut et du P. Tabaraud.
2. Syn. nat. de Charenton, 1636, ch. xxii, art. I, dans Ay.mo.\, 11, 500-501.
3. Le luthérien G. Calixte(qui cependant était très opposé à certaines doctrines ou pratiques catholiques ; v. le De religiosa adoratione, 1623 ; le De conjugio clericorum, 1631) faisait d'iraporlantes concessions au catholicisme sur la nécessité des œuvres, le sacrifice de la messe, les prières pour les morts et l'invocation des saints : voy. la Disput. de auctoritate antiquitatis ecclesiasticae, 1639 ; le Desiderium et studium concordiae ecclesiasticae, 1639, et le livre de Statius Blchrr contre Calixte : Cnjptopapismus, 16i0; cf. Vignes, Apol. pour l'Église Romaine, p. 46; Fechtios, De origine et supersfitione Missarum, p. 200-201, App., p. 11 ; He.nke, Calixtus und seine Zeit , 1853-1856; Haag, Hist. des Dogmes chrétiens.
Sur les points concédés par Molanos, surintendant des Églises luthériennes de Hanovre, voyez ses négociations avec Bossuet, dans les Œuvres de Bossuet ; les Réflexions de celui-ci sur l'écrit de Molanus ; sa lettre à Leibniz du 27 déc. 16y2 et du 12 août 1701 (Foucher de Careil, Œuvres de Leibniz, I, 3i9-.350 et II, 391); la lettre de M^» de Brinon à Bossuet du 18 juillet 1694 [ibid.. Il, 73, etc.) — Bien que les sentiments de Leibniz lui soient trop particuliers pour nous être un sûr garant de l'opinion des luthériens de son temps, on peut voir néanmoins, à titre de renseignement supplémentaire, le catalogue dressé par lui des controverses qu'il considère comme terminées ; il y en a trois décades (Foucher
mimes, telles que la croyance à la présence réelle ; plusieurs pratiques, telles que la confession. Mais alors convenait-il encore aux calvinistes de déclarer pernicieuses et damnables dans le « Papisme » les erreurs qu'ils jugeaient insignifiantes et « sans venin » chez leurs frères d'Augsbourg^ ?
La théorie des «points fondamentaux'», base ordinaire de tous les projets formés pour remédier aux dissensions intestines de la Réforme, pouvait évidemment s'appliquer indirectement à la situation respective de la Réforme et du Catholicisme^.
de Careil, I, p. 11, Relat. pour la Cour impériale; II, p. lxvii, note; p. 80-81, 180 sqq.).
Sur l'antipathie des luthériens, surtout de Calov et de son école, contre les Réformés, voy. Walch, Religions-Streitigkei ten der lulheranischen Kivchen ; Tholick, Inncre geschickte der proteslantisciten Klrchen ; et Cola.ni, Revue de Théologie, t. VI, p. 358 sqq. Le théologien Leyser compose un ouvrage intitulé : « Comme quoi les papistes sont plutôt en communion avec nous qu'avec les Réformés et méritent davantage notre confiance. » Une décision de l'Académie de Witteraberg et d'une autre faculté interdit officiellement à un « chrétien » (luthérien) d'accepter à dîner chez un calviniste, etc.
Les querelles soulevées en Allem;rgne par le S;/ncrétifime de G. Cali.xte nous montrent d'une façon assez curieuse cette indulgence nouvelle pour le catholicisme commune à deux fractions de la postérité de Luther, ennemies l'une de l'autre. Tandis que G. Cali.xte admet dans une large mesure certaines doctrines romaines et déteste vivement la prédestinatioTi des Réformés, l'un de ses adversaires, le fougueux Hoë de Hoënegg, déclare que le joug de l'antichrist calviniste est plus insupportable que celui de l'antechrist papal.