‹ Bossuet (volume 2)Chapitre 22 sur 329 · Cf. BossL'ET, Hisl. des Var., XIV, xi;vi, xcix, ci · texte numérisé non relu

Cf. BossL'ET, Hisl. des Var., XIV, xi;vi, xcix, ci

2. C'est-à-dire de ceux qui, comme le dit un anglican de ce temps (le D"" Bury, The naked Gospel, 1689, cité par Tabaraup, lllst. d'\i Proj. de Réunion, p. 362) « doivent être exprimés dans l'Évangile en termes si clairs et si positifs, que les hommes les plus simples puissent les comprendre à la seule lecture. » Cf. Basx.\ge, His(. de l'Église. XXVI, ix, 8; .\Iosheim , Hisf. ecclés., trad. fr., V, p. 275.

3. Cf. sur les conséquences pratiques des décisions du synode de Charenton les réflexions de Bossuet, H. d. V., XIV, xnii et passages cités plus haut; celles du P. d'âvrig.ny, Me'm. chronol., II, p. 13-15, mais surtout Daillé, Apologie pour ceux de la Religion (1633), p. 33, 42 : « Les vérités de la foi ne sont pas toutes d'égale importance. De même en est-il des erreurs... A peine saurait-on croire eomliien il est nécessaire de remarquer cette différence entre les erreurs des hommes sur les matières de religion, pour se garantir de l'importun chagrin de certains esprits mélancoli(|ue3 qui condamnent toutes choses également. » — Cf. Amvract, Traité de la puissance de l'Église, lettre Vil, p. 330 ; « Les principales et l'S plus fondamentales créances du Christianisme nous étant communes à l'Église romaine et à nous, il ne faudrait que voir dans les choses dont nous disputons ce qui s'accorde avec ces principes et ce qui ne s'y accorde

CUAPITRE PREMIER. 29

Mais de tous les événements domestiques de l'histoire des deux religions, celui qui leur avait fait faire, insensi- Llenii'nt, le plus grand pas l'une vers l'autre, c'était Fimportaiice considérable prise dans l'Eglise gallicane par les Janséaistes. Il n'est nul besoin de s'appuyer sur les récits suspects qui font de l'évè^ue d'Ypres et de l'abbé de Saint-Cyran des approbateurs secrets de Calvin \ pour conslater les analogies de leur direction religieuse avec le Protestantisme. Les Réformés français, à qui les fils de Saint-Cyran ne furent pas plus cléments que l'Eg-lise officielle, n'ont guère insisté sur les traits qui leur étaient communs avec eux'; et Port-Royal, jaloux de son orthodoxie, a répudié avec horreur cette assimilation compromettante^; mais il n'en est pas moins vrai (ju'à considérer les choses dans l'impartialité de l'éloignement, la ressemblance éclate indéniable. Il suffit d'avoir lu, concurremment avec des écrits calvinistes, les livres de quelques

pas... Ce qui se trouverait contrevenir aux dix coramandemouts de Dieu, à la prière de N.-S. et ;iu Symbole des Apôtres devrait être tenu sans difijculté pour rejettable. »

1. Voy. Pref. hist. et crit. du t. XII des Œuvres d'AnxAL'i.D, p. xiv. — Cf. dans Saixte-Beuve, Port-Royal, I, 502, 510, 535-D.'i>9, les allégations du P. de Muntézon sur les desseins de Saint-Cyran ; et certaines histoires catholiques, telles que celles d'IlE.NRio.x, continuée par Béhault-Bekcastel, t. VIII, p. 501-

2. Voy. Élie Be.voît, Hist. de l'Èdil de Nantes, III, 99, 449. — Cependant, en 1653, un certain Oltius, zwinglien, prétend {Orat. de causis Janseîiismi) que Corneille Jansen a puisé tout son système, principes, méthode et preuves dans les actes du Synode d^- Dordrechl ; en 1651, Samuel Desmarets traite le même sujet dans la Synopsis verae catliolicaeque doctrinae de rjratia et annexis quaestionUjiis ; en 1G54, dans VApologia novissima pro S. Auguslino, Jansenio et Jansenistis contra Pontifîceni et Jesuitas. Cf. Jlriec, Jugement sur les méthod'-s rigides et relâchées d'expliquer la Providence et la grâce, 1688, p. 55-6(3 ; Esprit d'Arnauld, I, 235 ; II, 3 sqq., 25, 31. — Bas.vage, Hist. de l'Église, t. II, p. 1525. — Leib.niz, lettre au landgrave Ernest, éd. Rommel, II, 195. — Bayle, Dictionn., art. Jansen. — Journal de Saint- Amour , cité par Sai.nte-Beuve, Port-Royal, III, p. 595. Un autre te.xle, recueilli par Sainte-Beuve, d'un Voyage en Suisse, par les sieurs Reboulet et Labhune, 1686, n'a, il est vrai, nulle valeur théologique, mais il nous fait voir que l'opinion de la parenté du Calvinisme et du Jansénisme était fort répandue alors {Port-Royal, II, p. 197. Cf. Il, 96; III, 91-95.)

3. Jansenils, Augustinus, Part. I, VllI, xxi, cité par Sainte-Beuve, Port-Royal, II, 105. Saint-Cyran, Lettres chrétiemies et spirituelles, ibid., I, 343. — .Même préoccupation chez Arnauld ; ibid., V. p. 319-320 ; Cf. Défense de l'Église roynaine contre les caloninies des protestants, 1689.

théolog-iens ou moralistes de Port-Royal pour se convaincre que, comme on l'a remarqué avec raison \ le Jansénisme offrait, vers 1680, aux «nouveaux catholiques» une sorte de moyen terme, et comme un abri de transition où leurs souvenirs et leurs habitudes calvinistes ne se trouvaient pas trop dépaysés. Sans doute on reconnaît, quand on entre dans les précisions de la théologie, que les croyances dogmatiques différaient sur plusieurs points, et sur des points importants ; mais où Taffinité se montre clairement, c'est dans ce mysticisme épuré, ennemi acharné de la superstition, sobre de pratiques et discret jusqu'à la sécheresse^; c'est dans cette morale puritaine, très éloignée des transactions sociales et des compromis mondains ; c'est dans ce sentiment très haut, très fier, de la liberté et des droits de la conscience individuelle, qui s'allie assez étrangement, chez les Jansénistes comme chez les disciples de Calvin, avec la suppression presque complète en théorie du libre arbitre humain ; c'est enfin dans une certaine façon sévère, — plus aisée à sentir qu'à définir, — d'envisager Dieu, l'homme et la vie religieuse ^

Par l'effet de ces diverses causes, un bon nombre de controverses se trouvait écarté. Non pas, je le répète, que l'entente sur ces points-là fût faite ; non pas même qu'elle y fût facile et prochaine; mais (et c'était là un grand pas de fait) les modérés des deux partis la considéraient comme possible'". C'est le sentiment où nous

1. Sainte-Beuve, Port-Royal, II, 531; Ili, 28, 94, 106, 619; IV, 222, 594, 595 ; VI, 50.

2. Cf. sur rinfluence de la différence de culte, plus grande que celle de la différence de dogmes, une observation de Bayle, Nouv. Lettr. crit. sur l'hist. du Calv., XI, nos ix-xi.

3. CouRNOT, De la Marche des idées, t. I, p. 362, très justement : « Il faut bien reconnaître que la réforme janséniste est une seconde épreuve, une reproduction aiïaiblie du type de la réforme protestante.» — Cf. Sainte-Beuve, Port-Royal, II, 195. — Hanke, Hist. de France, t. IV (tr. fr.), p. 367. — Ducros, Étude sur le Système de Janse'nius, 1856.

4. Voir sur les points que Grolius eût été disposé à concéder à l'Église romaine sa Vie par Burig.vy, II, p. 20i, 209-221. Mais Grotius est trop teinté de « libertinage » pour qu'on puisse le considérer sur la question de pure théo-

voyons être, vers 1670, Paul Ferry, Le Blanc de Beaulieu, du Bourdieu, Pajon, d'Yse*, et, parmi les catholiques, Nicole, Pelisson, Le Fèvre, Bossuet^ Des deux côtés on se plaisait à croire que les adversaires avaient fait quelques concessions. Si les protestants se louaient, avec Paul Ferry, de voir «les catholiques accorder à rÉglise réformée des articles pour lesquels on l'avait persécutée autrefois',» les catholiques se félicitaient, avec Turenne,

logie, comme un interprète sûr des sentiments de ses coreligionnaires. Cf. plus loin ses opinions sur la question de l'autorité de l'Église, qui sont plus instructives.

1. Pour les idées de Ferry, voir son Catéchisme de la Ré formation, sur la prière aux saints, sur les images, sur la prière pour les morts, etc. ; ses lettres à Bossuet, en particulier celle du 15 septembre 1(366, et Bossuet, Réfutation du Catéchisme de Feri-y. On peut légitimement attribuer une sérieuse importance aux idées de ce ministre, car il «exerçait une très grande iufluence » et il << était comme un centre ecclésiastique où tout aboutissait ». Ath. Coquerel fils {Bull, de la Soc. de l'Hist. du Protest, français, t. I, p. 159). — De Le Bl.axc de Be.\ulieu, voir les Thèses Sedanenses, 1675. Le protestant Saurin dit de lui : « En voulant éclaircir les matières, écarter les disputes inutiles et qui ne roulent que sur des mots, et ôter toutes les équivoques, il a extrêmement rétréci les espaces qui nous séparent de l'Éfjlise romaine. 11 a presque réduit à rien des controverses très importantes, et, par cette conduite aussi bien que par la grande douceur et par la forte inclination qu'il a toujours témoignée pour la paix, il a donné lieu à bien des gens de le mettre au rang des Latitudinaires ». Cité par Haag, France protestante. Cf. Bossuet, Hist. des Var., XiV, lxxxix, xc et cxvi,- Tabaraud, Hist. des Projets de Réunion, p. 208. — De du Bourdieu, voir le Projet de Réunioîi envoyé par lui en 1688 au duc de Noailles, pour être communiqué à Bossuet. — Sur Pajo.v, voir la Réunion du Christianisme, de d'Huisseau. — Surd'YsE, voir dans Bayle, Dict., l'analyse des Propositions et Moyens pour parvenir à la Réunion des deux relie/ions en France, 1677.

2. C'est le sentiment que marquent tous les ouvrages de Nicole dont le ton est généralement très modéré et la méthode plutôt conciliante. Sainte-Beuve a beaucoup exagéré (Port-Royal , t. V, p. 455-458) ce qu'il appelle ]'« attitude hautaine» de Nicole controversiste. — La conduite privée et administrative de Pellisson est évidemment hors de cause ici. Je ne parle, bien entendu, que des sentiments exprimés par lui soit dans ses livres {Réflexions sur les différends de lareligion), soit dans sa correspondance irénique avec Leibniz (V. Œuvres de Leibniz, édition Foucher de Careil), et de la façon pacifique dont il présente les problèmes discutés (Cf. Marcou. Et. sur la vie et les œuvres de Pellisson, 1859, pp. .357-381, 392, 399 sqq.). Le Fèvre, Motifs invincibles (1682) : «Il y a si longtemps que j'entends dire à des personnes éclairées qu'excepté l'article sur la présence de J.-C. dans l'Eucharistie, il est facile de convaincre MM. de la R. P. W. qu'ils sont d'accord avec nous presque en toutes choses, » etc. — Et plus loin : « .l'ai trouvé premièrement que le temps a\'ait apporté beaucoup de changement dans les disputes de la part de MAI. de la R. P. H. parce qu'ils nous accordent maintenant plusieurs choses qui ont été contestées par leurs premiers maîtres », comme ils nous en contestent << que les chefs n'ont pas osé attaquer ». — Quant à Bossuet, voyez, sur Y Exposition de la doctrine catholique, plus loin n" vi, et le chapitre premier du troisième livre.

3. P. Ferry, cité par Floquet, Études sur Bossuet, II, p. 97.

de voir « beaucoup de gens de la Religion convenir avec eux sur bi( n des matières dont on n'était pas d'accord dans le principe'». Et cotte disposition conciliatrice, cette bonnr volonté pacifique des deux partis se manifestait' par une entente unanime à reléguer au second plan un grand nombre des différends d'autrefois, à faire une sorte de tri des questions négligeables ou du moins susceptibles d'être ajournées. Ce départ une fois établi, il se trouvait que deux questions seulement paraissaient dorénavant urgentes et capitales à éclaircir : celle de l'Eucharistie et celle de l'Eglise.

La croyance à TEucharistie , telle que l'exigeait la doctrine catholique, était, de l'aveu des deux partis, celle qui répugnait le plus à la foi et à la piété protestante'.

1. Avis rie Turenne sur les affaires de la religion (1666) dans les Œuvres de Louis XIV, t. VI, p. 359, cité par Floquet.

2. Avec l'Église anglicane, les points de rapprochement possible étaient très nombreux. Voy. la Bibl. univers, et histor., 1688, p. 486-487 : «L'Église romaine... est venue à bout de pprsuader à quelques personnes mal instruites que l'Église anglicane convient avec elle en beaucoup plus de points que les autres protestants », à savuir « l'invocation des Saints, la Justification, la nécessité du Baptême, la Confirn ation, les Ordres, la Présence réelle, la Tradition, l'autorité de l'Église, celle de;- Pères, la question si l'on peut faire son salut dans l'Église romaine, si elle est idolâtre ». Nous V'^rrons plus loin qu'au moins sur la tradition, I autorité de l'I'glise et les Pères, il y avait en effet une conformité de vues presque complète; t;ue, de même, sur la possibilité du salut, les anglicans n'étaient pas les se:ds à l'accorder aux catholiques; et en admettant que, sur les autres points, il y eût toujours de considérables divergences, l'opinion des '< personnes mal Instruites» n'en est pas moins considérable, elle aussi, plus considérable mène peut-être, en ces sortes de choses, que l'intransigeance obstinée de l'élite des gens « bien instruits ». — Pour les sentiments des protestants allemands veis la même époque, voyez les tomes I et II des Œuvres de Leibniz, p.p. Foucher de Careil (Introduction, sommaire historique des négociations religieuses de 1661 à 1693 et passim.)

3. ViG.NEs, Apol. pour l'Égl. rom., p. 54: Claude, Préf. di^ la Rép. au livre de M. Arnauld ; Lettres de Pellisson à Leibniz, 23 octobre 1691 (éd. Foucher de Careil, I, p. 189-190). Cf. une analyse très pénétrante de Bayle [Nouv. Lettres crit. sur l'hist. du calvinisme. XI, ix-xi). — Même sur ce point cependant, il y eut des tenlatives de rapprochement sous le couvert et par le moyen des doctrines cartésiennes sur l'étendue. Voy. B.wle, Recueil de quelques pièces curieuses concernant la philosophie de M. Descartes, 1684: Journal de Ham/jourrj. 17 sept. 1694, article sur le livre de Pellisson: Bouillier, Hist. de la philosophie cartésienne, t. I, chap. x et xxiv, pp. 207, 520, 526. — Cf. lettre de Théod. Maimbourg à Bossuet, 23 oct. 1666 : Le point du sacrifice (dans l'Eucbaristie) « est le plus difficile à ajuster ». << Je suis persuadé néanmoins qu'il n'est pas impossible de s'approcher et de s'entendre là-dessus non plus que sur nos autres controverses. » — Lettre de Leibniz au Landgrave, 20;.30 janv. 1692, édit. Rommel, II, p. 387 : « La question du sacrifice de la messe me paraît être plutôt nominale que réelle, etc. ».

Dans le dogme de la Transsubstantiation, le Protestantisme a toujours trouvé un excès d'abnégation de l'intelligence et de confiance aux merveilles de l'amour divin, qu'il se refuse invinciblement à consentir; en même temps qu'un élément matériel y répugne à l'idéalisme ombrageux de la dévotion calviniste. Quant à la matière de l'Eglise', et aux diverses questions qu'elle comprend, si les catholiques y attiraient le débat, c'est qu'ils pensaient y avoir la partie belle^.

Il était impossible, en effet, de méconnaître que, sur ce sujet, les sentiments des Calvinistes en étaient venus à incliner parfois singulièrement vers la théorie catholique. Dès les commencements de la Réforme en Allemagne, deux tendances, on le sait, s'étaient clairement manifestées. Les uns, tout entiers à l'enthousiasme de l'émancipation nouvelle, acceptaient avec une sorte de bravoure téméraire une rupture éclatante, radicale, avec cette Eglise corrompue où tant d'abus les scandalisaient. Les autres, — Mélanchthon était de ceux-là et Luther luimême par instants , — prenaient moins aisément leur parti de se séparer de cette Eglise dont ils avaient appris à vénérer l'unité compacte et l'antique succession. Aussi, tandis que les premiers, jaloux de leur liberté reconquise et peu soucieux de reconstituer l'Eglise restaurée sur le modèle de celle qu'ils venaient de rejeter, réclamaient pour

1. Il va sans dire que cette question avait été déjà traitée, et même assez souvent, avant 1660. Uyatoujours des esprits pénétrants en avance sur leur temps et qui devinent les préoccupations du lendemain. C'est ainsi que, dès 1578, duPlessis- MoR.NAY composa en Angleterre son Traité de L'Église parcequ'il voyait « que ceux qui se débauchaient de la vérité ou qui croupissaient dans le mensonge s'aheurtaient principalement sur ce point-là». (A/é/n. de M. de Mornay , éd. de Witt, p. 119). Marxix de Sainte-Aldego.nde s'appesantit longuement, lui aussi, sur cette question. J'entends donc dire seulement qu'à partir de 1650 ou 1660 environ , l'attention des deux partis se dirigea de préférence sur cette controverse, et en chercher les raisons.

2. Dumoulin, Nouveauté du Papisme, 1627, p. 2: « En vain commence-t-on les controverses de la religion par l'Église , etc. » — Mestrezat publia en 1649 un traité considérable sur l'Église. — Cf. Nicole, Perpétuité' de la foi, 1. I, ch. I, t. T, p. 30 : « Il y a de l'imprudence à se résoudre sur aucun (point) en

particulier avant que d'avoir examiné à fond le point de l'Église»; Maim-

BOURO, Traité de la vraie Église, 1671, ch. i.

la conscience individuelle le droit de se guider librement, avec Taide de la Grâce, dans la foi, — les autres, au contraire, effrayés des divergences qui se produisaient déjà dans la Réforme et des excès de quelques fanatiques , cherchaient à assurer à leurs établissements religieux la même cohésion, la même stabilité qu'ils admiraient dans l'Eglise catholique , revendiquant , pour leur société nouvelle, le prestige d'antiquité, la domination sur les âmes qui faisait, à leurs yeux, la force et la dignité de Rome.

Cette double tendance se décelait dans la théologie parfois contradictoire des premiers réformateurs, selon que le reproche de schisme les inquiétait et les blessait, ou bien qu'il les laissait indiff'érents. Tantôt ils soutenaient qu'il pouvait y avoir interruption, « défectibilité », dans l'Eglise, si bien que la société papiste, aljaudonnée par eux, n'était point l'Eglise de Dieu, mais une ombre, un corps vide d'où l'esprit s'était retiré dès longtemps;

— tantôt on niait au contraire que la vérité pût s'éclipser ainsi, qu'il y eût interrègne de la Divinité sur la terre, et l'on rattachait alors les partisans du nouvel Evangile à une «Eglise invisible», famille immatérielle et mystérieuse d'élus, connus de Dieu seul, et se perpétuant sous ses yeux, en dehors de l'Eglise extérieure et souvent en opposition avec elleV — Même diversité sur l'article delà «vocation des pasteurs. » D'une part, on soutenait que les initiateurs de la Réforme avaient été «suscités de Dieu», par «une procédure extraordinaire», pour réédifier son Eglise abattue; et d'autres fois, qu'étant, pour la plupart, prêtres ou moines, ils avaient pris et comme pieusement dérobé aux indignes successeurs des Apôtres,

— dépositaires malgré tout de la puissance et des promesses de Jésus-Christ, — la mission légitime qui leur conférait le droit de renverser l'erreur et de restaurer la vé-

1. Ce n'est qu'à partir de 1603 (synode de Gap) que la théorie de l'Église invisible commence à prévaloir en France. — Cf. Bossuet, X" Réflexion sur u7i écrit de Claude, Œuvr.,éil. Lâchât, XIII, p. 602.

rité^ Ici, on s'attachait au grand principe posé par Luther, que tout fidèle est prêtre , car l'Evangile , étant clair par lui-mèine, n'a aucun besoin, «ntre lui et l'àme chrétienne, d'intermédiaires humains; là, au contraire, le Protestantisme admettait, avec Mélanchthon et Calvin, que la vraie Eglise, visible et reconnaissable dans sa parole et dans ses actes, a le droit de juger toutes les doctrines, d'interpréter l'Ecriture, de fixer et d'imposer la foi^.

Les divisions qui se multiplièrent, au dix-septième siècle, dans le Luthéranisme et dans le Calvinisme, eurent pour efifet naturel de fortifier, dans l'un et dans l'autre, ce que l'on peut nommer la tendance autoritaire. On sait quels étranges exemples d'intolérance donna en Allemagne l'irritable orthodoxie luthérienne. En France, — où l'esprit national, dans sa prédilection pour l'ordre et l'uniformité, était encore plus éloigné sans doute que l'esprit allemand de comprendre la variété dans le sentiment religieux, et d'admettre la légitimité égale des manifestations les plus opposées de la vie spirituelle, — le même retour vers la conception catholique de l'Eglise se produisit de bonne heure en présence du danger. Dès les dix pre-

1. Il y a, eatre autres, deux textes fort curieux sur cette incertitude. En 1603, le synode national de Gap dit, dans l'article vu de l'Examen de la confession de foi : « Sur l'article xxxi (de la Confession de foi), — ayant agité une question pour savoir s'il est expédient, lorsqu'on vient à traiter de la vocation de nos premiers pasteurs, qu'on fonde l'autorité qu'ils ont eue de réformer l'Église sur la vocation qu'ils avaient tirée de l'Église romaine? — la compagnie a jugé qu'il la faut simplement vapporler, selon l'article i, à la vocation extraordinaire par laquelle Dieu les a poussés intérieurement à ce ministère, et nom PAS à ce qui leur restait de la vocation ordinaire et corrompue du papisme. » En 1607, le synode national de la Rochelle dit dans l'article m des Observations sur le synode de Gap : «... Cette dernière clause : et no.\ à ce peu de vocation ordinaire et corrompue qui leur restait » sera ainsi lue « plutôt qu'à ce peu de vocation ordinaire qui leur restait. »

2. Sur la nécessité et l'autorité, d'après Calvin, de l'Église visible « hors le giron » de laquelle « on ne peut espérer rémission des péchés ne salut aucun », voy. VInstit. chr., éd. de 1859, t. Il, p. 302, Sayous, Les Êcriv. franc, de la Ré formation, t. I, p. 87 sqq. (lettres de Capiton à Calvin), et Màilhet, La notion de l'Église d'après Calvin, 1881, p. 8. Pour Mélanchthon, voir Loci, éd. de 1543, p. 339 : « Quoliescunque de Ècclesia cogitamus, intueamur coetum vocatorunx qui est ècclesia visibilis, etc.. neccdiam fingamus ecclesiam invisibilem et mutam liominum in hac vita tamen viventiurn. » — Cf. Bossuet, Rëfl. sur l'écrit de Molanus, part. I, ch. iv ; Eschenauek, De l'Église visible et invisible au sens protestant, Strasbourg, 1851 ; Encycl. Lichtenbrrger , art. Église.

mières années du dix-septième siècle, on peut constater que l'attention des calvinistes se porte, avec une sorte de préférence inquiète, sur cette question du «juge des controverses* » et de l'autorité en matière de religion. La forte organisation de la Communion romaine, son passé lointain, son unité maintenue avec succès, malgré toutes les disputes, par la politique circonspecte d'un monarque sûr de se voir toujours, à la longue, obéi : tous ces caractères de TEglise papale, comparée à l'Eglise évangélique, causaient, on s'en aperçoit, aux Français calvinistes, une espèce de jalousie quand ils la regardaient, et je dirais de honte quand ils se regardaient eux-mêmes ^

On se prenait à regretter cette discipline de l'Eglise catholique; on déplorait, sinon publiquement, du moins dans le secret, l'anarchie du Protestantisme, et cet ennui avoué ^ amenait même quelques esprits à des regrets

1. uAusim affinnare in hoc potissimum cardine versari, omnium quaestionum, qiiae nobis in rébus fidei inlercedunt cum Ecclesia romana, facile principem.» Desmarets. De Judice conlroversiarum , thés. II».

2. Déjà, ea 1611, du Plessis-Mor.nav se plaint [Mystère d'iniquité) qu' « à ceux qui flottent, qui ont même déjà un pied hors de Babylone, de ridolàtrie romaine, on leur jette au devant, comme un fantôme, cette masse de Papauté, ruineuse à la vérité, mais, ne fût-ce que par sa vieillesse, toujours vénérable.» Dès 1618, le théologien Camerox, esprit très hardi, essaie dans son Traité auquel sont examinés les préjugés de L'Église romaine contre la Religion réformée, de prouver, d'une part, qu'«il n'est point généralement vrai que l'union soit toujours une marque de la vraie Église» (chap. xui); d'autre part, «qu'il n'y a point de vraie union en l'Église romaine et qu'en Église réformée il n'y a point de discorde d'importance» (chap. xivj.

3. Grotics, Adnotata ad consul tationem Cassandri (1641), Op. theol., III, p. 617 : « £s^ Ecclesia corpus quoddam et proinde juncturis quibusdam compayinatum, etc.. Unitas Antistitis optimum adversus schismata est remedium, quod et Christus monstravit et coniprobavit experientia. Hanc principatus in Episcopo Romano utilitatem ingénue agnovere Melanc/itkon multis locis, Jacobus rex Britanniae multique in Protestantibus viri eruditi... Hoc si cogitassent Protestantium multi, Ecclesiam haberemus et indivulsam et emendatiorem. » Cf. du même : Animadversiones in animadversiones Riveti, ibid. p. 641 ; Votum pro pace Ecclesiastica, p. 653 et passim ; Rivetiani apologetici discussio, p. 679 sqq. ; de Dogmatis, ritibus et gubernatione Ecclesiae Rivetianae, p. 752 sqq. — Ces ouvrages sont de 1642 et années suivantes. — Cf. dans Colomiès, Theologorum Preshyteranorum icon, 1682 (Œuvres de Colomiès, p. 775 sqq.) les textes tirés de Casaubo.v [Epist. ad Grotiiim, 6 Kal. Febr. 1612, ad Uytenbogardum, 7 Kal. jun. 1610 ; ad Cornelium van der Alyle, ^ Jul. 1612; ad Joann. Drusium, 15 Kal. oct. 1612.) —

plus graves. On allait jusqu'à douter de la bonté, de la nécessité de la Réforme ; jusqu'à en vouloir à ceux qui l'avaient faite de la manière dont ils avaient procédé. Était-il indispensable de tout bouleverser comme eux? N'eût-il pas mieux valu que les promoteurs de la Réforme, au lieu de fonder, à côté de l'Église romaine, une Société rivale , cherchassent avec plus de persévérance à la réformer sans en sortir, empruntant, pour ainsi dire, son autorité pour la renouveler chez elle, malgré elle? Et peu importait, disait-on, qu'ils eussent été persécutés, dans cette tentative de révolution intestine au sein même du Catholicisme : il fallait, selon la doctrine de saint Augustin, tout souffrir sans se séparer plutôt que de briser cette unité précieuse', force du Christianisme et marque de sa légitimité divine, dont la Réforme, en s'en allant, n'avait point emporté le secret avec elle^

Lettre d'Arnold Poelenburg (1659) dans les Praestant. ac Erudit. Virorum Epistolae, p. S28. — D'Huisseau, La Réunion du Christianisme, (1670,) p. 10: «Cette division de la Réforme a produit un nombre incroyable de monstres qui lui ressemblent.» — Larroqce, Considérations sur la nature de l'Église, 167.3, p. 1-2; p. 112 sqq. (aspirations vers l'unité, protestations contre les schismes.) — G. Cali.xte, cité par Bossuet, Traité de la Communion sous les deux Espèces, éd. Lâchât, t.XVL p. .335.— Leibxiz, Lettres. (Voy. la page suivante.)

1. Grotius, Ep. 607, p. 9.38 (1642) : « Sed an non hoc melius successurum fuerit, si quisque, semet repurgans, pro repurgatione aliorum preces ad Deum tulisset, et Principes et Episcopi, correctionem desiderantes, non rupta compage per concilia universalia in id laborassent ? Digmim est de quo cogitetur. » Ep. 613 (1612) : « S/ ah initio discessum non oportuit, quaerenda quamprimum remédia... Laudandi sunt qui marlyrium pertulcre nec tamen schisma faciebant.n Ep. 677 (1642) « Quod si quis excommunicatus sit injuste, faciat quod Augustinus jubet, nulla converticula colligens, Deo et tempori causant suam committat. » — Cf. Animadversio in animadversionem Riveti (1642), passim, et Blrig.ny, Vie de Grotius, II, p. 193 sqq., 204 sqq. — Et ce n'étaient pas seulement là des << cogitationes privatae, » qui ne nous renseignent que sur l'état d'esprit de Grotius. V. Ep. 488 (1640), p. 894 : « ... In Us respondebam de odio protestantium, me scilicet... odia non morari; quae tamen nec erunt tam multorum, nec tain diuturna quatn nonnidli putant. Reipsa enim experior ex doctissimis Reformatorum, uhi cum eis colloquor, measque super illis rébus sententias explico, meciim eos sentire. » De même, lettre à Duraeus, 21 nov. 1637, dans les Praest. ac Erudit. Virorum Epistolap, p.7i7 : '« Multi eos (Protestantes) deserunt et se coetibus romanensibus addunt, non alia de causa qiiam quod non unum est corpus, sed partes distraclae, grèges segreges, propria cuique sua sacrorum comrniinio... <>

2. En 1614, l'année qui précéda sa mort, Grotius conseillait aux Remontrants d'établir des évêques qui fussent ordonnés par un archevêque catholique. Bossuet, Dissert, sur Grotius, Œuvr., éd. Lâchât, 111, 503-50'i. — Camerox

Où ces regrets, ces remords presque, se manifestaient le plus librement, c'était d'abord, sans doute, chez les hommes lettrés, à qui la délicatesse du goût et les scrupules de la science inspirent d'ordinaire un certain esprit conservateur et une répugnance mal dissimulée pour le désordre des nouveautés inutiles. Tel se montre, par exemple, Casaubon^ dont le culte pour l'antiquité souffrait du mépris qu'affichaient les calvinistes pour les Pères. C'était aussi le cas des politiques, comme Grotius^^ qui, voyant de près, dans la réalité européenne, les piteux

jugeait que la Réforrap avait besoin d'une réforniation nouvelle (Pierre Dumoulin, cité par Bayle, art. Cameron, Rem. H.). — Dreli.ncourt, dans la préface des Nullités prétendues de la Réfonne de l'Église, semble reconnaître que cette objection des catholiques, qu'on avait » arraché le bon grain avec l'ivraie», avait assez de crédit auprès des protestants. — Si pliires fuissent Cassandri et Wicelii, non opus fuisset Luthero aut Calvino. » G. Forbes, anglican, cité par Bayle. — Leibniz, lettres au landjïrave Ernest, 1680, édit. Rommel, t.], 251 : « Les protestants sont obligés de chercher de tout leur pouvoir la réunion avec l'Église catholique, apostolique, romaine. » Cf. lettre à Madame de Brinon, 16 juillet 1691 : «Vous avez raison, Madame, 'de me juger catholique dans le cœur; je le suis même ouvertement... Tous ceux qui entretiennent le schisme par leur faute, en mettant des obstacles à la réconciliation, contrairement à la charité, sont véritablement des schisraatiques, etc. {Œuvres, éd. Foucher de Careil, I, p. 163). — G. Calixte eût accepté de se soumettre au Pape, tout en refusant d'admettre son infaillibilité (cf. Haag, Hist. des Dogm., I, .351 ; £"71-. cycl. Lichtenberger). Les protestants (d'Allemagne), au dire de Leibniz, (ou tout au moins les modérés parmi eux) « consentaient (vers 1675) que la réunion fût moyennée par le pape. » (Foucher de Careil, I, 13.) — Dans le projet de conciliation de MoLA.NL's, la première démarche des Protestants devait être de reconnaître le Pape pour chef spirituel ; en retour de quoi le Pape les eût reconnus pour membres de la véritable Église (cf. ibid., I, 6-11; II, 80-81 sqq.). d.Acla Eruditorum Lipsiensia, 1689, p. 71. — Ce désir de se reprendre à quelque chose d'extérieurement solide et immuable paraît donc avoir été commun, au milieu du xvii^ siècle, à un certain nombre de luthériens et de calvinistes. Cf. Bossuet, Réflexions sur l'écrit de Molanus, 11^ p., ch. v.

1. Casaubo.x, Epist. ad Jacob. I, Exercitationibus in Baronium praefixa, et les Éphémé rides, t. II, p. 816 sqq., 916, el passim.

2. Grotius, Epist., en particulier, n» 1103 (1639), n» 575, n" 622 (1642). — « Tyrannidis, quae intolera?tda fuerat, metu, proccssum (est) ad ipsa tr,; àvapyîa; conftnia." Lettre à De Thou (1615). Cf. lettre à Duraeus, a»» 1471 (1641). — Du reste, c'est pour le peuple seulement que Grotius veut une autorité, les particuliers éclairés conservant le droit de juger d'après leur conscience. (Cf. une curieuse lettre à Jean Uytenbogaert, u" 28 (1614) ; et Bossuet, sur son scepticisme d' «esprit critique, » entêté de ses sentiments particuliers (éd. Lâchât, III, pp. 482, 483, 502, 503, 506, 510). — Grotius fut mêlé, vers 1639-1641, avec La Millelière, aux projets de réunion qui semblent avoir été, sinon mis en avant, du moins encouragés par le cardinal de Richelieu. C'est en vue de ce projet qu'il composa la Via ad pacem et le Votum pro pace, «l'un de ses livres, dit Bossuet {pEuvr., éd. Lâchât, III, p. 484), où il paraît le plus revenu aux sentiments

résultats du morcellement du Protestantisme, tralvaill aient, sans succès, soit à en réunir au moins les fragments épars, soit même à en rattacher quelques-uns au tronc catholique.

Mais c'était aussi chez les théologiens eux-mêmes qu'on sentait une sorte de recul et de résipiscence sur le point de l'Eglise. Ils ont beau réfuter Grotius et combattre, comme de faux frères, ceux qui parlent de réconciliation et qui font des avances au « Papisme » ; il n'en est pas moins vrai qu'eux aussi, ils transigent, et quelques-unes de leurs opinions nouvelles sont significatives à cet égard. On se met à répudier hautement — nous aurons l'occasion de le constater ailleurs de plus près — la théorie de la « défectibilité » de l'Eglise, et, au lieu de supposer encore que l'Eglise visible avait été parfois interrompue et suspendue*, Claude et Jurieu, entre autres, soutenaient qu'il était possible de retrouver dans l'histoire la trace matérielle d'une Eglise pure et incorrompue, se développant parallèlement à l'Eglise romaine , ayant , comme elle , depuis les x\pôtres, sa succession et ses pasteurs, et dont les protestants étaient la descendance directe'. Ils reconnaissaient que la théorie de VEglise invisible n'avait été qu'un stratagème des docteurs réformés pour pallier la

de l'Église. » Voy. Via ad pacem, p. III, 615, 628; Votum pro pace, p. 642: BuRiGiw, Vie de Grotius, II, 2.35 sqq., et les ouvrages écrits contre Grotius par Desmarets, Concordia discors et Antichristi/s reoelutus, 1642, et par Rivet, Rivetiani apologetici pro Schismate, 1645. — Cf. uue lettre de Christ, von Rantzau à Calixte, citée par He.\ke, Calixtus und seine Zeit, B. II, ii Abth., p. 237.

1. Cf. Confession de foi des Érjl. réf., art. XXXI, où il est dit que « l'étal de l'Église a été interrompu et qu'il l'a fallu dresser de nouveau parce qu'elle était eu ruine et désolation. »

2. Voy. sur les théories de Claude et de Mestrezat touchaut le ministère ininterrompu et la perpétuelle visibilité de l'Église, Bosslet, XI' et XIII' Réflexions sur un écrit de M. Claude; Œuvres, éd. Lâchât, XIII, p. 604-608. 625-628. — Leibniz, Lettre à M^e de Brinon, 1691 (Œuvres, éd. Foucher de Careil, 1, p. 127). — Jurieu, Vrai système de L'Église, p. 229, explique que la^ Confession de foi des Réformés n'a jamais voulu dire que l'Église ait cessé d'être, ou d'être visible, « mais seulement que son ministère a été gâté et corrompu.» Il avoue, ibid., p. 214-215, que l'Église doit être visible et qu' « il va même plus avant que M. de Meaux» sur ce point.' P. 219 : «Nous tombons d'accord qu'elle subsiste toujours dans le monde, qu'elle y subsiste même toujours visible, etc.» — Cf. plus loin, 1. III, ch. ii (p. 346-353), à propos des Albigeois et des Vaudois.

nouveauté du Protestantisme*, et ils la rejetaient comme une doctrine dangereuse, dont tous les novateurs pouvaient autoriser leurs hérésies et leurs schismes. Au lieu de proclamer fièrement, comme jadis on l'avait fait parfois, que c'étaient les Réformateurs qui avaient quitté Rome, — dociles à la parole du Prophète ordonnant au peuple de Dieu de « sortir de Babylone », — à présent on se prenait à reprocher à l'Eglise romaine d'avoir illégitimement « m/s dehors )> les Réformateurs^. On admettait que jusqu'à l'année 1343, jusque même au Concile de Trente, le salut dans l'Eglise romaine avait été possible' : sorte d'aveu que tout n'était pas bon dans les prétentions primitives de Luther, de Zwingle et de Calvin. Enfin, même dans l'état présent de l'Eglise catholique, on confessait que « la substance de la religion chrétienne s'y trouvait''. y^ Sans doute on persistait en apparence

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