CHAPITRE TROESIÈME
mêlent.» Qu'on laisse faire le ciel : «ce n'est pas ici l'affaire des princes. » Telle est, dans les premiers temps de son apostolat', sa pensée maîtresse ; — celle dont s'inspire ce cantique magnanime où soldat mystique, il proclame que la bonté de Dieu est seule « sa forteresse et son armure ; » — celle que Bossuet a du reste bien vue et loyalement mise en lumière : « Luther défendait dans la cause de son Evangile tout autre glaive que celui de la parole,» et «il n'y avait rien de plus inculqué dans ses écrits que cette maxime^. »
Mais cette pieuse assurance ne devait pas durer. On en peut dater de 1522 environ le déclin. Dès 1320^ il semblait que la Providence eût déjà voulu le tenter : des hommes d'action, — sans emploi et sans scrupules, — Ulrich de Hutten, Franz de Sickingen, Sylvestre de Schaumbourg, mettaient leur influence et leur épée à sa disposition, A la diète de Worms, ces chevaliers remuants ne demandaient qu'à le servir, et Luther, sans profiter de leurs offres, ne pouvait s'empêcher déjà de les considérer comme une foi-ce'.
Il n'eut pas besoin deux alors pour échapper à l'Empereur et au Pape, et la pacifique protection de l'Electeur de Saxe suffît à sauvegarder sa personne : mais bientôt ce fut son œuvre même qui périclita gravement. Son ami Garlostadt, s'émancipant de sa tutelle, osait, en son absence et sans son ordre, hâter à AN ittenberg la destruction de l'ancien culte, et précipitait bruyamment la Réforme dans les voies orageuses dune révolution radicale. Puis cette révolution, imprudemment provoquée, éclate;
1. Voir pour ces années (1518-1522) les textes, qui sont nombreux, dans KuH.N, Vie de Luther. 1. 1, p. 414, 463, 493: t. II, p. 66, 100, 139, 140: clans Hoff, Vie de Luther, p. 122, 130, 230. 231, 237,239,240, 257, 258, et dansScHWALB, Luther et ses opinions religieuses et morales de 1517 à 1523, p. 1.38 sqq. Eu 1524-1525, il attaque eucore Iros violemment les Princes (Hoff, p. 247-248).