‹ Bossuet (volume 2)Chapitre 233 sur 329 · L. I, nos XXIX. XXX, xxxi; I. IV, n« i; I. XIII, n" u · texte numérisé non relu

L. I, nos XXIX. XXX, xxxi; I. IV, n« i; I. XIII, n" u

qui n'est plus pour lui et avec lui devenait, par là même, ridicule. — Orgueil, enfin, dans sa forme la plus basse, cette vaniteuse jactance dont ses amis les plus sensés rougissent, et qu'il prétend vainement excuser par l'exemple des Prophètes et de l'apôtre Paul'.

On voit, par ces citations recueillies à travers toute VHistoire des Variations, qu'il serait malaisé de faire ressortir avec plus de force et d'habileté que ne fait Bossuet les côtés fâcheux du caractère de Luther. Et, ici, sur le fond, ses contradicteurs ne le démentent point ^

1. L. I, n»" xxv-xxxii; 1. II, n"» xvin, xxviii, xxx, xl; 1. IX, n» lxsix. — Le P. ScHOE.N (ouvrage cité plus haut, p. 446, n. 1) va jusqu'à attribuer sans hésitation à Luther, non seulement la « manie de la persécution » {der Verfolgunsirahn\ mais la « manie des grandeurs » {der Grossemrahn).

2. Voy. par exemple, sur les emportements de Luther soit contre Zwingle. Pfaff, Animadversioneu, p. 11; soit contre les princes, Bas.vaoe, Hist. de rÉglise, p. 1481. Seckexdorf ne reprend Bossuet sur aucune des questions relatives au caractère de Luther et à ses procédés habituels, comme ne peut s'empêcher de le remarquer la Bibliothèque universelle et hcstorique, revue protestante (1692, t. XXII, p. 27). — Cf. parmi les historiens modernes de Luther, sur ses violences de langage : les textes et les appréciations de Kuhn. t. I, p. 398, 399, 495; t. III, p. 13, 14, 160, 163; de Hoff, p. 246; — sur son intolérance impérieuse : Kuh\, t. II, p. 41, 42, 321, 329, 332; t. IH, p. 36, 185-189; — sur sa confiance en lui-même : Buchat, Histoire de la Réformation de la Suisse, t. I, p. 271-272; Kuh.v, t. II, p. 63, 67, 142, 148, 165-166; Hoff, p. 209, 220, etc.

Touchant la prétention de Luther aux prophéties et aux miracles, Bas.vage [Hist. de la Rel. des Egl. réf., t. I, p. 440 sqq.) discute l'interprétation donnée par Bossuet aux trois textes qu'il cite Hist. des Var., I. I, n» xxxi. Il est vrai que, dans ces trois passages, Luther ne se donne pas formellement et expressément pour un « prophète >- : mais ce n'est pas non plus ce que soutient Bossuet. Bossuet dit seulement que « lorsque Luther menaçait quelqu'un des jugements de Dieu, il ne voulait pas qu'on crût qu'il le fît comme un homme qui en avait seulement des vues générales. » Et, dans cette limite, le commentaire des textes qu'il allègue est très juste. Il est incontestable que, surtout dans l'un des trois passages discutés par Basnage, Luther parle d'un ton intentionnellement destiné à frapper l'imaginatiou des lecteurs : « Instat enim viors Papatiis abominahilis; urgef eum inehictabile suum fatum, et, ut Daniel ait, ad pnem sui venit, et nemo auxiliabatur ei, etc. » (Contra Henricum regem Angliae, Op. lat., éd. Schmidt, t. VI, p. 387). Il résulte enfin de beaucoup d'autres textes, et en particulier, de la lettre au duc Georges de Saxe, citée par Bossuet dans cet endroit, que Luther a cru fermement à la justesse surnaturelle de ses prévisions et à l'infaillible efficacité de ses menaces. Cette opinion était, d'une part, le corollaire naturel de sa foi en sa mission divine, foi robuste qui le faisait se comparer et s'égaler couramment tantôt aux Prophètes de l'ancienne Loi, tantôt aux Apôtres, à saint Paul, ou à Jésus-Christ même (cf. Schwalb, Luther, ses opinions religieuses et morales, p. 181-185). D'autre part, Luther croyait avec les théologiens orthodoxes que « celui <)ui veut mettre sur le tapis quelque chose de nouveau ou enseigner

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Que Luther ait été d'un caractère violent, despotique et superbe, ils ne l'accordent pas de bon cœur; ils l'accordent cependant, ne fût-ce que par leur silence... Mais tous, calvinistes et luthériens, — Basnage et Seckendorf, Jurieu et Leibniz' — sont unanimes à s'élever contre l'importance que l'écrivain catholique a donnée à la pein-

aulre chose que ce qui esl euseigoé, celui-là doit avoir mission de Dieu et justifier de sa mission par dfs miracles véritables; s'il ne peut le faire, qu'il passe soQ chemin.» Élit. Walch, t. VIII, p. 842. Cf. les autres passages cités par DôLLixGER, La Réforme, t. III, p. 202-205.

Bas.xage conteste aussi [Hist de la Rel. des Eyl. réf., 1. 1, p. 501 sqq.; Hist. de l'Ëgl., t. II, p. 1496 sqq.) les assertions de Bo.ssuet (1. II, n»* xi, xu, xv; 1. IV, r*" i; 1. VIII, nos i-m, etc.) sur le rùle de Luther dans la guerre des Paysans et dans la guerre de la Ligue de Smalcalde. Il n'y a rien à ajouter sur ce point à la réponse judicieu.^e et précise que Bossuet a faite lui-même à cette critique dans la Défense de l'Histoire des Variations, u<" xli-lui. Il y établit successivement : 1» que Luther, tout en recommandant toujours l'obéissance aux magistrats, excepté cependant le Pape, permet qu'on lui coure sus comme à un <■ loap-garou » (Beerwolff) et qu'on maltraite sans scrupule les magistrats, princes, rois, empereurs, qui soutiennent la domination illégitime de cet « Antéchrist.» Cf. la Dispuiatio de illo Christi diclo : Vade, vende, relinque omniu, avril 15?Î9, dans les Op. latina, éd. H. Schmidt, t. IV, p. 446-4i8); — 2° que le « pptit écrit » de Luther publié en 1531 après les négociations de Smalcalde (il s'agit de la Warnung an meine liebe Deiitschen, et non, comme Basuage semble le croire, du De libertate christiana de 1520) produisit bien un grand effet en .\llemagne, ainsi que l'attestent Sleidan et .Mélanchlhon. (Voir sur cet écrit, Kostlix, t. Il, p. 257-258; cf. Kch.x, sur le ton agressif et révolutionnaire d'autres écrits, t. I, p. 424-425; t. II, p. 69. Peut-être, comme Basnage le prétend d'après Mélanchthon, cet écrit fut-il publié tronqué, mais il n'en est pas moins vrai que l'essentiel, c'est-à-dire le consentement à la résistance, s'y trouvait, et que, tronqué ou non, Luther ne désavoua pas son ouvrage; — 3» que Luther fut consulté sur les « Ligues » des princes protestants, et que, s'il n'en conseilla pas la formation, il ne s'opposa plus alors à leur action politique et militaire; — 4» que le soulèvement des Paysans n'avait sans doute pas été, non plus, autorisé et provoqué par lui, mais que ce soulèvement fut une conséquence indirecte de ses doctrinps, bien ou mal interprétées: que les Paysans se réclamaient de lui; qu'au début il les blâma timidement; que l'opinion publique s'aperçut de cette situation équivoque du Réformateur; et qu'en somme Luther joua, à leur égard, un « étrange » et « bizarre » personnage. Voir pour l'exactitude de ces appréciations, Kuhx, t. II, p. 198-228, et en particulier, p. 217, sur l'écrit « d'une violence inouïe » que Luther dirigea en 1525, wider die môrderischen und riiuberischen Rotten der Bauern; cf. Kôstlin, t. I, p. 746 sqq.

Tous les pas.sages de l'Histoire des Variations relatil's à ce sujet sont singulièrement plus solides et plus modérés que les développements analogues de IS'iooLE, Préjugés Légitimes, p. 73 sqq., dont Claude avait signalé {Déf. de la Réform., part. II, ch.v), l'exagération envenimée. Bossuet, en ces délicates matières où la diffamation historique est si facile, peut vraiment dire qu'il « mesure ses paroles » et qu'il « écrit sous l'œil de Dieu. » [Déf. de l'Hist. des Var., n» liv.)

1. Voir les lettres de Leib.mz à Bossuet et à divers, à propos de l'ouvrage de Seckendorf, citées plus haut, p. 320, n. 6. — Cf. déjà les mêmes idées dans Clalde, Déf. de la Réformation, part. II, ch. m, t. I, p. 310 sqq.; et dans une lettre de Leib.mz, en mars 1684, au Landgrave Ernest (Édit, Rommel, t. II, p.25).

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