Cr. plus Haut. p. ii8-i53 et les uules
Mais ses contradicteurs, — qui lui font la leçon làdessus', qui feignent de trouver étrange qu'on reproche à Luther, au lieu de l'en féliciter, l'aveu sincère de ses erreurs passées et de ses débuts tâtonnants, — au fond ne s'étonnaient pas moins que Bossuet de cet état d'esprit du Réformateur. Nous avons eu l'occasion de constater que la manière dont on entendait, au dix-septième siècle, la manifestation et l'acceptation de la vérité religieuse était bien différente de celle dont Luther semble assez souvent avoir compris l'une et l'autre, sinon pour tout le monde, au moins pour lui-même. Aux yeux des gens du dix-septième siècle, du moment que la vérité avait été révélée, tout entière et sous une forme définitive, à l'humanité ; du moment que cette vérité résidait, intégralement et parfaitement, soit — pour les catholiques — dans l'Eglise, soit — pour les protestants — dans la Bible ; — la loi, elle aussi, devait être, dans l'âme élue, du premier jour au dernier, fixe et immuable comme son divin objet. Pour Claude comme pour Bossuet, la foi est une vision aussi complète, une certitude aussi absolue que la nature humaine le peut permettre; c'est, — comme dit Bossuet" d'après saint Paul, — «une substance»; ce n'est pas un effort de science, susceptible, dans le même homme, d'avancement et de changement'. On peut donc croire que les apologistes de Luîher, et parmi eux, les Luthériens surtout, — dont les églises au dix-septième siècle se montrent si jalouses de l'immutabilité du dogme*,
1. Basnage. Hist. de l'Éfflise, l. II. p. 1534; Acta erudit. Lips., 1689, p. 69; Pfaff, Animadversiones, p. 4 : « Quis enim vitio verteret viro e spissis tenehris sensim sei\simque egi'edienti, si diem non statim plénum videat, praeeunte, nli fieri aliter nequeat, diluculo ? »
2. Or. funèbre de Marie-Thérèse : « D'où viennent nos inconstances, si ce n'est de notre foi chancelante?... La foi seule a de quoi fixer l'esprit vacillant; car écoutez les qualités que saint Paul lui donne : Fides sperandarum substantia rerum : « La foi, dit-il, est une substance », un solide fondement, un ferme soutien. » Cf. Hist. des Var., 1. IX, n» xxxix : La foi est à la vérité « une pensée ou une appréhension de notre esprit, » mais << divine et surnaturelle que le Père céleste peut inspirer seul. "