Dict. crit., art. Luther, rem. ll
3. Dès la fin du xvi^ siècle, Jea.\ de Spoxde (Annal. Eccl. ad ann. 1534, xiv) et Florimoxd de Rémo.nd {Hist. de l'hérésie, p. 75) ridiculisent ce docteur « ^ros et gras, assis en une cliaire, le capuchon renversé, jouant de la viole et chantait en musique. » Balzac, cité par Salnte-Beuve, (Poit-Roi/al. t. II, p. 65) considère Luther comme le chef d'une « hérésie ciiarneile et débauchée, » non pas d'une (( hérésie spirituelle et sévère comme celles d'Origène et de Montan. » Et Voltaire « rira de pitié » ea face de ces bassesses « aujourd'hui si dégoù. tantes. » Essai sur les mœurs. Œuvres., éd. Moland, t. XIII, p. 287.
4. Les mystiques, contemporains de Luther, lui faisaient déjà un crime de ces complaisances pour la nature. Voy. Klhx, t. II, p. 246.
Cet aspect de la personne de Luther est assez original et extraordinaire pour qu'on soit mal venu de reprocher à un évèque catholique de ne l'avoir entrevu qu'avec effroi et noté qu'avec sévérité'.
En somme, dans cette étude sur Luther, les critiques de Bossuet ne réussissent à découvrir, — ni quant à l'exposé des faits, ni quant à leur appréciation, — une seule erreur grave.
Si Bossuet relève dans la conduite de Luther certains actes désavantageux pour sa renommée, — comme son rôle dans l'affaire du Landgrave, — c'est qu'il juge avec raison que de telles imprudences éclairent d'un jour instructif le côté temporel de la Réformation allemande.
S'il met en lumière, avec soin, les traits choquants ou odieux du caractère de Luther, c'est qu'il considère justement que ces travers ou ces passions ont eu, sur sa conduite générale et même sur sa direction religieuse, une influence sensible, en même temps qu'ils ont contribué à«son succès.
S'il dit de Luther, et rigoureusement, tout le mal, il voit et il montre tout le bien, non pas assurément sans réticence intime, — ce qui ne nous regarde pas, — du moins sans atténuation coupable, et c'est tout ce que nous pouvons lui demander.
Si enfin il ne peut parvenir à comprendre et à approuver quelques particularités tout à fait allemandes, ou parfois même tout à fait personnelles, de la nature intellec-
1. Du mariage de Luther, Bossuet ne parle qu'en termes fort modérés (l. II, nos xni et xiv). Il se borne à rappeler, ce qui est vrai, que Luther lui-même en fut embarrassé, que ses amis s'en scandalisèrent, et que les homraps de goût, comme Érasme, s'en égayèrent. Les critiques de Bossuet n'ont pu le chicaner (cf. HisT. DES OuvR. DES Savaxts, aoùt 1688, p. 461; Bayle, Dict., art. Bore, rem. K) que sur un point : pour avoir dit que Calheriae de Bore était « d'une beauté rare.» .Mayer, de Calharina Littheri conjuçje, Hambourg, 1698, démontra «par une taille-douce faite sur trois portraits comparés ensemble» que c'était une calomnie. Chardon de la Rochette, cité par Ukert, Luthers Leàen und Werke, t. Il, p. 384, prétend au contraire avoir retrouvé un portrait qui justifie pleinement l'assertion de Bossuet. — Sur le mariaue de Luther, cf. Bayle, Œuvres, éd. de 1727, t. II, p. 300.
tuelle, morale et physique de Luther, l'aveu qu'il fait de ces inintelligences, — assurément inévitables vu le temps et le caractère de Bossuet, — n'ôte rien à la valeur de sa recherche. Et tout au contraire, — puisque le rôle de l'historien doit être d'observer en toute candeur et de faire ressortir en toute sincérité l'effet que produisent sur lui les hommes du passé dans la différence qu'il sent entre eux et lui; puisque la recherche du vrai n'a de prix, en fin de compte, que par cette comparaison instructive entre ce qui est et ce qui fut, — cette perception nette et pénétrante des singularités historiques, cette naïveté empressée à confesser et à peindre ses surprises confèrent à l'œuvre de Bossuet un intérêt de plus et un mérite précieux.
Sans doute, son portrait de Luther n'atteint pas à la ressemblance absolue — qu'un jour peut-être, quand toutes les circonstances de la Réforme seront élucidées, quand nulle scorie de passion religieuse ne viendra obstruer la vision de l'historien, un Michelet mieux informé pourra réaliser. — Mais telle qu'elle est, l'esquisse de Bossuet est assez précise, assez équitable, assez vivante pour qu'on puisse la déclarer vraie. Si elle ne suffit pas à faire connaître à fond Luther, elle en donne une juste idée d'ensemble. Le modèle n'y est pas tout entier, mais il V est.