‹ Bossuet (volume 2)Chapitre 246 sur 329 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Ce n'est pas à dire assurément que nulle part on ne puisse prendre Bossuet en défaut. Il y a, dans Y Histoire des Variations, peu d'endroits attaquables, mais il y en a ; — par exemple, la partie de l'onzième livre où Bossuet expose sa théorie sur les origines de cette hérésie albigeoise dont nous l'avons vu définir si solidement la nature; — ou bien ces chapitres du livre dixième, dans lesquels il essaie de prouver que la guerre de religion fut officiellement autorisée en France, au seizième siècle, par les Eglisesprotestantes. — L'examen des objections qu'on lui a faites, ou qu'on pourrait lui faire, sur ces deux points, nous permettra d'établir exactement quels reproches méritent parfois ses conclusions et même sa méthode, En même temps, le second de ces articles nous donnera l'occasion de constater l'attention qu'il apporta, — une fois V Histoire des Variations parue, — aux critiques de ses censeurs, et le profit qu'il en sut tirer pour confirmer son ouvrage dans des écrits complémentaires.

Tout en déclarant, nous l'avons vu, à maintes reprises, que le Dualisme des Albigeois, et, en général, des Cathares répandus au Moyen Age en plusieurs pays d'Occident, n'est point identique au Manichéisme de Manès et s'en distingue par d'assez nombreuses différences, Bossuet

fait sortir néanmoins ce nouveau Dualisme de Tancien. Et voici comment il en établit la filiation ^

Malgré les persécutions des Empereurs, qui, parfois du reste la favorisaient, Thérésie de Manès avait prospéré en Orient. x\u septième siècle, on la retrouve, sous le nom de Paulicianisme, en Arménie, province voisine de la Perse, son berceau primitif. Là, sous des chefs habiles, soutenus par la protection des Sarrasins, par la faiblesse des Césars de Byzance. et de temps en temps, par leur connivence, les Pauliciens font de rapides progrès. Un prosélytisme insatiable était, — dit Bossuet, — le génie de cette secte. De bonne heure, ils s'attaquèrent à la Thrace; puis aux Bulgares, à peine convertis au Christianisme. Ils les séduisirent, et le Manichéisme paulicien poussa de profondes racines en Bulgarie. C'est de là qu'il passa en Europe. En effet, lorsque, dans l'onzième siècle, on découvrit à Cologne, à Orléans, en Aquitaine, en Italie, des hérétiques évidemment imbus de croyances dualistes, ceux de Cologne se réclamaient de Manès; ceux d'Orléans paraissaient avoir reçu leur doctrine d'Italie, et ceux d'Italie, de même que ceux du Midi de la France, étaient tous ensemble qualifiés ordinairement de « Bulgfires ». Leurs évêques recevaient l'ordination de Bulgarie". Enfin, au treizième siècle encore, d'après Matthieu Paris, Barthélemi, l'anti-pape que les Albigeois hérétiques se donnèrent, résidait sur les confins de la Croatie, de la Dalmatie et de la Bulgarie...

Telle est, selon Bossuet, l'origine reculée de la secte cathare : elle remonte, par celle des Pauliciens, à celle de Manès. Et tel est le trajet que l'hérésie de Manès a suivi pour venir, en se modifiant, s'établir des confins de la Perse dans l'extrême Occident : Arménie, Thrace, Bulgarie, Italie.

1. Hist. des Var., 1. XI, nos xra-xx, xxxix-xliv, lvi-lviu, cxxxii-cxxxix.

2. Ou de la « Drungarie » dont parle l'auteur aocien cilé par Vigmer. Bossuet (1. XI, n» xxv) est tenté, avec raison, d'identifier ce nom avec celui de « Dugranicie » qu'on trouve dans Renier. Cf. Schmidt, Hisf. des Cathares, t. I, p. 15, note 2, et MoLiNiER {At'ch. des Missions. 3'^ sér., t. V, p. 140). Il s'agit de Tragurium, ou Trogir, ou Trau, ville maritime de Dalmatie.

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