‹ Bossuet (volume 2)Chapitre 253 sur 329 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

est vrai. Mais il ne s'ensuit pas que la résolution affirmative de l'assemblée sur ce point puisse être présentée comme une dispense, régulièrement donnée aux protestants, de s'en tenir désormais aux conseils évans:éliques d'éternelle patience. C'est la décision purement temporelle d'un conciliabule jjrivé, qui a empiété peut-être sur ses attributions, mais qui n'avait d'un Synode ecclésiastique ni le nom, ni l'autorité*.

L'opposition faite par les soixante ministres de l'armée de Condé à la conclusion de la paix à Orléans n'eng-age pas davantage la cause de la Réforme. — « Il s'agissait » alors « de veiller à ce que la paix fût équitable » et avantageuse, (' et sans trancher la question de la légitimité de la résistance, les pasteurs avaient le droit de demander qu'il fût pourvu », par l'entier rétablissement de l'Edit de Janvier, «à la sûreté de leurs troupeaux.» Leur démarche n'impHquait pas même qu'ils approuvassent formellement la guerre; elle montre seulement qu'ils désapprouvaient la paix aux conditions que l'on faisait à Condé.

Quant aux deux articles du Synode national de 1563 ^ que Bossuet, dans le dixième livre de Y Histoire des Variations, avait pour la première fois publiés, ils étaient plus embarrassants pour Basnage. L'auteur protestant n'en discute qu'un seul, où il s'agissait du cas d'un ministre de Limousin, cas qui fut soumis de la façon suivante au jugement du Synode :

« Par menace des ennemis, [ce ministre] a écrit à la Reine-mère qu'il n'avait jamais consenti au port des armes, — quoiqu'il y eût consenti et contribué; — et il a promis en outre de ne point prêcher jusqu'à ce que le

1. Bossuet dans la Défense fn» xxxu) réplique seulement que « s'il y eut de l'ordre dans cette assemblée... les ministres y devaient tenir le premier rang.»

2. Ce svnode se trouve dans plusieurs recupils mss. : Bibl. Nat., Mss. fr , 10616, f. 39; 10617, f. 47; 13954, 17816, 17S17, 23486, 23187, 25095. - Bibl. DE LA Soc. DU Protestantisme, Mss., n" xxiii, p. 22 (original de la main de Paul Ferry); coll. Coquerel, n° xxxi, p. .36. Le texte de cet article est reproduit dans ces différent-; recueils avec des variantes sans importance; et dans Avmo.n, Les Synodes nationaux des Églises reformées de France, t. I, p. 43.

Roi le lui permit. Depuis, reconnaissant sa faute, il en a fait confession et pénitence publique.» Que doit-on faire de lui?...

« Le Synode consent à le réintégrer dans sa charge à la condition qu'il écrive à la Reine-mère et à celui qui l'avait fait «tomber», pour effacer ainsi, dans la mesure du possible, le scandale qu'il avait donné.»

Bossuet, dans V Histoire des Variations, triomphe sur ce texte. « C'est donc, s'écrie-t-il, un acte si chrétien et si héroïque dans la nouvelle Réforme, de faire la guerre à son souverain pour la religion, qu'on fait un crime à un ministre de s'en être repenti!... Il faut faire réparation devant tout un peuple... des excuses respectueuses qu'on en a faites à la Reine, et il faut pousser l'insolence jusqu'à lui déclarer à elle-même qu'on désavoue ce respect, afin qu'elle sache que, dorénavant, on ne veut garder aucunes mesures ! Encore ne sait-on pas, après cette réparation et ce désaveu, si on a ôté le scandale que cette soumission avait causé parmi le peuple réformé ! ... »

Commentaire inexact, répond Basuage, et indignation inopportune : M. de Meaux aurait pu s'épargner ces frais d'éloquence en lisant plus attentivement le texte qui l'irrite. Si le ministre de Limousin a scandalisé l'Eglise, ce n'est pas parce qu'il a regretté d'avoir porté les armes : c'est parce qu'il a menti en niant qu'il les eût prises, et aussi parce qu'il a déserté son poste de prédicateur de la parole de Dieu. — Voilà, selon Basnage, en quoi cet homme a péché et ce dont l'absout le Synode pourvu qu'il continue à en faire pénitence.

Interprétation plus ingénieuse peut-être que vraie, mais peu importe. Il n'en restait pas moins que le faisceau de preuves laborieusement formé par Bossuet se trouvait presque complètement désagrégé, puisque de tous les textes apportés par lui, il n'en subsistait plus (ju'un seul. — le second article du synode général de Lyon, — et encore verrons-nous tout à l'heure que

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