Socrate chrétien , dise. X
3. Conformité de la créance de l'Eglise et de saint Augustin sur le sacre~ ment de l'Eucharistie (1626j. — 2» édit., en 1633, sous ce titre : L'Eucharistie de l'ancieniœ Eglise, ou traité auquel il est montré quelle a été duraiit les six premiers siècles depuis l'institution de l'Eucharistie la créance de l'Eglise touchant ce sacrement ; le tout déduit par l'examen des plus célèbres auteurs qui ont fleuri pendant ce temps, etc. Traduit en latin par Blondel, en 1655. — Sur le succès de cet ouvrage, v. Bayle, Dict., art. Aubertin. — La première partie seule est consacrée à l'examen de la matière par l'Écriture et par le raisonnement. Dans la seconde, l'auteur recherche la croyance de l'Église durant les six premiers siècles, par une discussion exacte des textes. Dans la troisième, il fait l'histoire de l'introduction des doctrines de la Transsubstantia-
dans la controverse protestante la méthode historique, par son ouvrage sur VEiicharistie de F ancienne Église, dont les catholiques furent longtemps à relever le savant défi. Et déjà, le courant qui portait les esprits vers cette façon de discuter était si fort que les partisans mêmes de l'ancienne apologétique s'y laissaient parfois entraîner. Ce n'est pas sans mauvaise humeur que Dumoulin, — le rigide calviniste dont le mépris pour les Pères indignait Casaubon', — se résigne à composer son traité de la Nouveauté du Papisme^. Il déclare, bien haut, ne vouloir « en rien déroger à la perfection de l'Ecriture, qui, seule, peut et doit décider des doutes de la foi 3; » mais il ne laisse pas, tout en protestant contre cette mode nouvelle, de se mettre lui aussi en frais d'érudition* pour arracher à ses adversaires «le masque d'antiquité » dont ils se parent. Daillé, un peu plus tard , donne à son tour l'exemple d'une même conversion. Il commence par démontrer, dans deux traités retentissants % que la «foi ne saurait
tion et de la Présence réelle. — Blondel se propose aussi, dans son Éclaircissement sur l'Eucharistie (1641), de montrer que la doctrine catholique de l'Eucharistie était d'origine moderne. Cf. plus haut, p. 14.
1. Epist. ad Heinsimn, No7i. octob. 1611 (Praest. ac Erudit. Virorum Epist., pp. 330, 345, 445). — Cf. les ouvrages déjà cités de Dumoulin : le Juge des controverses, 1615 ; Des traditions et de la perfection et suffisance de l'Écriture sainte, 1621.
2. Nouveauté du papisme opposée à l'antiquité du vrai christianisme, contre le livre de M. le cardinal du Perron, i7ititulé : Réplique à la réponse du roi Jacques I", 1627.
3. /6((/., préface; cf. 1. I, ch. xii : «La recherche des histoires ne décide aucune controverse;» ch. xlv : «Tout ce qui est institué depuis Jésus-Christ et les Apôtres est nouveau, et la multitude des années ne peut autoriser une fausse doctrine... Nous ne jugeons point de la vraie Église par années, mais par règle... Jésus-Christ n'est point la coutume, mais la vérité... En toutes controverses de la foi tâchons à ramener les esprits à la première institution. »
4. Nouveauté du papisme, 1. I, ch. xuvin, xlix, l, sqq. ; I. V, ch. xix. A la fin de sa vie, Dumoulin compose dans le même esprit l'ouvrage intitulé : La Vie et la religion de deux bons papes, Léon h^ et Grégoire 1»'^, oii est montré que la doctrine et la religion de ces pontifes tant célèbres est contraire à religion romaine de ce temps, 1651.
5. Traité du vrai emploi des saints Pères, 1632; la Foi fondée sur les Écritures, 1634. Dans le premier de ces deux ouvrages (ch. n) , Daillé disait que dans les Pères on peut tout trouver, « presque en la même sorte que celui qui, dans le son même des cloches, rencontrait, ce lui semblait, les désirs et les affections de son esprit. »
se fonder que sur les Ecritures, qu'il ne sert de rien de rechercher et d'invoquer les opinions des saints Pères...» Et cependant,, à partir de 1640, il ne cesse presque pas d'étudier, dans une suite d'ouvrages historiques', ces idées et ces coutumes de l'Eglise ancienne, si peu instructives selon lui; il travaille à démontrer que, dans la pratique comme dans le dogme, le Christianisme d'autrefois diffère du Catholicisme d'aujourd'hui ^
A quoi bon tant de curiosité, si la constatation de la foi du passé n'avait aucune valeur au regard de la conscience
1. V. plus haut, p. 14, note 1, l'éniimération rie ces ouvrages. Ceux que Daillé laissa en manuscrit marquent la même préoccupation; par exemple, un Recueil des passages des Pères grecs et latins sur le sujet de l'Eucharistie, avec des inductions tendant à prouver que la foi des premiers docteurs de l'Église était la même que celle des protestants. Cf. Haag.
2. Cf. Daillé, Rép. à Adam et à Colliùy, 2« éd., 1669, p. 5-8, 310 sqq. où il cherche à définir ses idées sur l'autorité des Pères. — La même incertitude me semble se trahir chez Cameron {Opéra theologica, éd. de 1642, p. 254) où, sur la question de savoir si la perpétuité, conspiratio in doclrina cum Ecclesia antiqua, est une marque, nota, de la vraie Êi;lise, son premier mouvement est de l'avouer {Oportet enim Ecclesiam semper in doclrina sui esse similem) pour restreindre ensuite considérablement celte concession générale. Le même Cameron écrit en 1618, Traité des préjugés, p. 80 : « L'antiquité, disent-ils, est vénérable et divine; la nouveauté, au contraire, damnable et diabolique, ce que nous avouons volontiers être véi'itable... S'ils peuvent vérifier qu'ils sont plus anciens que nous, qu'ils aient gain de cause.» — Cf. Aubertin, l'Eucharistie de l'ancienne Église; dans la préface, adressée «à MM. de l'Église romaine, » il proteste contre l'auLorité qu'ils accordent à l'ancienneté des croyances; dans l'épître dédicaloire, adressée aux Réformés, il se fait fort de revendiquer pour la foi protestante cette « recommandation » d'antiquité... « S'il faut,» dit-il, « se donner de garde de prendre une erreur envieillie pour la vérité primitive, toutefois bien est-il certain que la vérité est première que le mensonge, et que ce qui est le plus véritable c'est ce qui est le plus ancien. » — Drelincourt, Du faux visage de l'antiquité, 1653, sect. n : «Qu'il est faux que nous soyons obligés à suivre généralement tout ce qui a été cru et pratiqué durant les six premiers siècles de l'Église; » — sect. v : « Que quand les origines (de certaines pratiques des catholiques) seraient beaucoup plus anciennes, nous ne penserions pas pourtant être obligés à les croire; » — sect. xxii : « Les écrits des anciens Pères sont un chaos difficile à débrouiller.» Voilà l'ancienne thèse. Voici la concession aux tendances nouvelles : sect. m : << Qu'il y a dans la communion romaine quantité de doctrines et de choses importantes au service de Dieu qui n'ont ni été crues, ni pratiquées durant les six premiers siècles de l'ère chrétienne ; » — sect. xiv : « Que l'Église romaine ne croit pas tout ce qui a été cru généralement ou par la plupart des Pères durant les six premiers siècles;» — sect. XV, sq. : «Que l'Église romaine n'observe point quantité de cérémonies qui s'observaient en l'ancienne Eglise. » Cf. les idées de Blondel, plus loin, p. 54, j3. 3. — Cf. encore Jurieu, Lettres pastorales, 2^ année, XXIV, sur les « excellentes règles de Vincent de Lérins » touchant l'antiquité et la continuité de la tradition. Y. plus loin, p. 58.