CHAPITRE CINQUIÈME
hug-uenots hésitants? Vainquit-elle des répugnances jusqu'alors opiniâtres? — Quelques certificats d'efficacité décernés à Bossuet sur son ouvrage par l'un des missionnaires du midi, le Père La Rue, ne suffis 'nt pas à nous permettre de l'affirmer. Eu tout cas, l'histoire n'a gardé le souvenir d'aucune de ces conversions éclatantes comme VExposition en produisit*.
Ce n'est par conséquent que chez les écrivains ([u'il y a lieu de chercher des traces de l'influence exercép par VHistoire des Variations : enquête doublement malaisée, car s'il est toujours périlleux d'interpréter, non des actes positifs et des faits brutaux, dont le sens est net et tranché, mais des idées et des opinions, choses complexes et équivoques, qui chaugent d'aspect et de nuance selon le biais dont on les prend; — de plus, les témoins à interroger ici sont visiblement intéressés par l'esprit de parti ou l'amour-propre à dénaturer leurs sentiments et à composer leurs aveux. Pour obvier à ce double inconvénient, inévitable, et pour conduire avec le moins d'incertitude possible une recherche forcément tâtonnante, le moyen le plus prudent et le plus précis sera de comparer, — sur quelques-unes des matières les plus remarquables étudiées par Bossuet dans son ouvrage, — le sentiment, avant et après, des écrivains protestants qui l'ont lu et étudié.
Je prendrai pour exemple les questions, — questions de fait et de principe tout ensemble, — touchant lesquelles j'ai déjà eu l'occasion d'exposer longuement soit la thèse de Bossuet, soit celle de ses adversaires : — la question des guerres de religion de France, ou de la légitimité de la résistance opposée, au nom de la foi, à un pouvoir persécuteur; — la question des Albigeois et
1. En 1699, l'anatomiste danois Wi.nslow abjura entre les mains de Bossuet. Il désigne, daus une It-tlie du 3 août 1739 (B.bl. AIaZari.ne, Mss., n» ïiô'i du catalogue Molinier, p. 59j, l'Histoire des Variations pariui les livres (jiiucipaux qui onl aide à sa conversion. De même, Kr. VEHNbi (ir re du minislre Jacob Veruet, de Gentve) daus sa Lettre apuloyétique, Avignon, 1740, p. xv. — Plus tard, (JiBBo.x se convertit, — pour quelque temps, — au catholicisme sous l'ialluence de VExposition et de ['Histoire des Variations {Memoirs of my Life and Writings, Ld. 1814, t. I, p. 62-63).
526 LIVRK TROISIÈME.
de>> Validais, ou de Texistence perpétuelle nu sein de la Chrétienté, de «Réformés avant la Réforme»; — la question de la conduite et du caractère des premiers Réformateurs, ou de l'autorité des personnes dans le Protestantisme; — enfin la qupstion même qui fait la base et le fond de l'œuvre de Bossuet : celle de la légitimité de la Variation en matière religieuse.
Sur la guerre de religion, nous avons montré ■ plus haut quelle était l'orthodoxie dogmatique et historique , que Bossuet trouvait régnante, en 1688, parmi ses adversaires*. Les théologiens de la Réforme, qui blâmaient en général toute espèce d'insurrection contre les rois, représentants sacrés de Dieu sur la terre, s'accordaient alors tout particulièrement à condamner les soulèvements ayant la religion pour prétexte. — « L'Eglise n'attaque que par la parole et ne se défend que par la patience » : — c'est Jurieu qui le déclarait, et les plus libres esprits adhéraient à cet axiùine, dont le maintien leur paraissait indispensable et au bon ordre de toute société et à la dignité de toute Eglise. De là, quand ils étaient mis en demeure, bien contre leur gré, de s'expliquer sur les guerres civiles du seizième et du dix-septième siècle , cet effort subtil et acharné pour démontrer que le Protestantisme n'en était pas le moins du monde responsable. Bayle, réfutant Maimbourg en 1682, soutenait la thèse de Jurie:;, que «dans les discordes intestines de la France, la religion ne s'était trouvée que par accident^ .y>
1. Cf. plus haut, p. 257-261, 265-266, 304, et surtout p. 361-368.
2. JuRiEU, Apologie de la Ré/'ormation, p. I, ch. x et xv; Suite de la Politique du Clergé de France, p. 74 : « Le prince est mailre de l'extérieur de la religion; s'il ue veut pas en permettre d'autre que la sienne, si l'on ne peut obéir, on peut mourir sans se défendre, parce que la véritable religion ne se doit point servir de la voie des armes pour régner et pour s'établir. » 11 reconnaît que cette » maxime » est « pieuse » et qu" « elle porte le caractère de l'ancienne morale chrétienne. » Mêmes idées dans la xviiie Lettre pastorale de la !'• année, p. 435-436. — Cf. le livre célèbre du ministre Élib Merlat, Traité