‹ Bossuet (volume 2)Chapitre 38 sur 329 · Xe Réfl., ibid., t. XIII, p · texte numérisé non relu

Xe Réfl., ibid., t. XIII, p

2. Voir plus haut, p. 33 sqq., 59 sqq., 64 sqq., et les notes.

prit » systématique, ce doute universel qui peut faire un philosophe, mais qui ne fera jamais un chrétien. « Qui doute de TEghsc, doute de l'Evangile ; pour croire à l'un, il faut commencer par croire à Tautre. On ne peut pas croire à l'Eghse et rester protestant; on ne peut pas n'y pas croire, et rester chrétien.» Voilà jusqu'à quel point exirème Bossuet conduit la discussion sur cette matière dans la Conférence avec Claude^.

Le Traité de la commtinion sous les deux espèces n'est qu'une sorte d'appendice à la Perpétuité janséniste.

Préoccupé des derniers traités où Daillé, Blondel et Aubertin s'étaient efforcés de mettre le Catholicisme présent en contradiction avec le Christianisme primitif, Nicole avait entrepris de démontrer, d'une façon générale, que la foi de l'Eglise à la présence de Jésus-Christ dans l'Eucharistie n'avait jamais chang-é. Bossuet reprend et continue cette démonstration touchant un point spécial : le cérémonial dans la célébration du mystère : « Le Catholicisme a-t-il le droit, malgré la lettre du texte évangélique dans l'Institution de la Cène, de ne donner aux fidèles que le pain, qui représente le corps de Jésus-Christ, sans leur donner le vin qui représente son sang? » Dès les premiers jours de la Réforme, les protestants avaient renouvelé contre l'Eglise romaine les objections des Utraquistes du quinzième siècle, et ils continuaient de lui reprocher sa manière d'administrer le sacrement eucharistique, comme un exemple des libertés qu'elle prenait avec l'Évangile dans les choses les plus saintes. Bossuet, dans son traité, entreprend de démontrer historiquement que l'usage d'une ou de deux espèces a toujours été tenu pour « indifférent », depuis les premiers temps du Christianisme. Sur cet article particulier, il se flatte de faire paraître avec évidence l'invariabilité de croyance de l'Église qu'il défend, et cette unité de la foi catholique, persistante travers les siècles,

1. « A la rigueur, les catholiques ne sont obligés à prouver aucun de leurs dogmes, hormis l'autorité de l'Église. » Ch. de Rémusat, Des controverses au sein du Protestantisme, dans le Globe de 1829.

qui eût paru aux protestants eux-mêmes un argument pres»[ue irréfutable, si l'on était parvenu à la leur faire reconnaître sans contestation possible'.

Donc ces trois premiers ouvrages de Bossuet se rattachent chacun à l'une des tendances directrices de la controverse dans la deuxième partie du dix-septième siècle. Quant à VHistoù^e des Variations, c'est de toutes ces tendances à la fois qu'elle s'inspire.

Comment, d'abord, elle vient contribuer à son tour à cette simplification des controverses que l'on se proposait alors, c'est peut-être ce qu'il est le moins aisé d'apercevoir du premier regard. Bossuet avait bien prévu, du reste, que dans un temps où l'on se piquait de réduire au plus petit nombre possible les points de désaccord, on se méprendrait sans doute sur l'esprit de son nouvel ouvrage : « Combien de nos adversaires me diront, » écrivait-il dans sa Préface , qu'en mettant ainsi à nu la faiblesse des Réformateurs et le faible de la Réforme, «je suis sorti de mon caractère et de mes maximes et que j'ai abandonné la modération qu'ils ont eux-mêmes louée ! ^ » C'est en effet ce que Basnage ne manqua pas de lui reprocher^ : « A quoi bon cette recherche maligne des idées de Luther et des autres Réformateurs? Pourquoi cette reprise de la discussion sur des points même où il semblait que maintenant l'on fût à peu près d'accord? L'évêque de Meaux voulait-il donc ressusciter ces anciennes querelles que l'on croyait terminées, et relever entre les deux religions des obstacles qui paraissaient

1. Sur cette question, voy. lettre de Bossuet à Mabillon du 12 août 1685 ; les Acta Erudit. Lipsiensia, 1683, p. 230 sqq., et Floquet, Bossuet précepteur du Dauphin, p. 398-402.

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