‹ Bossuet (volume 2)Chapitre 85 sur 329 · CHAPITRE PREMIER. 16o · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. 16o

auprès des lecteurs protestants? Depuis Jean Cochlée ', — qui, après avoir fougueusement combattu Luther vivant, s'était fait l'insulteur acharné de sa mémoire, — jusqu'à Gaspard L'iemberg^, le dernier en date de tous ces biographes, la vie de Luther n'est qu'un pamphlet sans cesse recopié, une légende tissue à l'origine de calomnies de tout genre, qui se transmettent de main en main et dont, au bout d'un siècle, une ou deux à peine, des plus ridicules, étaient tombées en route ^.

Les histoires générales du Luthéranisme écrites par des auteurs catholiques se recommandaient-elles davantage à la confiance de Bossuet? On en avait une en France, — celle de Florimond de Rémond*, — qui jouissait toujours, il est vrai, d'une grande faveur auprès des controversistes de la communion romaine ; l'éloquent^ historien gascon leur servait, nous dit Bayle, de « munitionnaire généraP». Mais jamais non plus les protestants n'avaient cessé de s'inscrire en faux contre cet écrivain passionné, et, en 1688, Florimond de Rémond venait, une fois de plus, d'être flétri, par Basnage de Beauval et Burnet, comme un des plus impudents diffamateurs de la Réforme \

1. Commenlarius de actis et scripiis Lutheri, 1568. — Bossuet le connaît (lettre à Pellisson, du 7 mai 1692, dans les Œuvres de Leibniz, éd. Foucber de Careil, t. I, p. 283).

2. De vita, moribus, rébus gestis ac denique morte praedicantium lutheranorum Martini Luihers, Ph. Melanchthonis , Flaccii lUyrici, etc., 1622, 2 vol.— Cf. Claude, Déf. de la Ré formation, I, p. 263.

3. «Sa mère Marguerite... conçut, selon l'opinion d'aucuns, assez probable, par l'opération du diable. » T.mllepied et Bolsec, La vie de Martin Lut fier extraite des œuvres de M. Symon Fontaine et de Sleidan, 1616, p. 4. Cf. pp. 5, 6, 2.3, 24, etc. — Cf. Secke.\dorf, Cotnmentarins de Lutheranismo ; B.wle, Dict. crit., art. Luther. — Les derniers biographes de Luther consentaient cependant à faire des réserves sur ce point.

4. Histoire de la naissance, progrès et décadence de l'hérésie de ce siècle, 16(», 8 vol. in-4.

5. Pour juger de son talent d'écrire, voy. ouv. cité, p. 32 sqq., 45, 53.

6. Dict., art. Ochi.t, rem. Y. — Cf. Tamizey de Larroque, Essai sur la vie et les ouvrages de Florimond de Rémond.

7. Hist. des onvr. des savants, sept, et nov. 1687; Blr.net, Défense de la crilique de M. Varillas, pp. 25-28. Cf. Bayle, Dict., art. CAL\n.\, rem. AA : art. Rémond; Œuvres (édit. de 1737), t. III, p. 10.33. — Pour la violence fanatique de Rémond, voy. son Histoire, p. 75, 84, 298, 383, et passim alibi.

Les continuateurs de Baronius — Henri de Sponde, Bzovius, Rinaldi, — ne se discréditaient guère moins par leur animosité contre les premiers auteurs de la révolution religieuse du seizième siècle. Quand Rinaldi, parlant de Luther, remonte aux sources, c'est pour accepter, sans contrôle', les assertions de Jérôme Einser, de Jean Eck, de Josse Chlichtove, de Cochlée, de Florimond de Rémond, de Surius, de tous les théologiens allemands ou français du seizième siècle qui avaient mené la controverse contre Luther avec la rage que l'on sait^ Enfin Paliavicin lui-même, l'historien du concile de Trente % — malgré ses velléités de modération et les apparences d'équité que garde son fastueux langage, — encourait néanmoins le même reproche de partialité maladroite. Ce qu'il y a de plus nouveau dans son livre, c'est aux lettres des nonces du pape en Allemagne, au temps de Luther, qu'il l'emprunte*; et Bossuet, qui connaissait et reconnaissait les « excès^», dans leur conduite à l'égard du moine saxon, de ces ambassadeurs du Saint-Siège, devait évidemment se garder d'une histoire princi-

1. Voy., par ex., Annales ecclesiastici, éd. de 1755, t. XII, ad ami. 1521- 1525. — Cf. Seckendorf, Commentarius , etc., ad Indicem primiim Scholia, n° XXVII; Leib.xiz, lettres de 1691 au landgrave Evaest,{Bnefwechsel, éd. Rommel, t. II, pp. 297, 328).

2. Il suffit de citer Rinaldi sur le mariage de Luther : « Catharinam de Bora, oiim ubbatissam, e monasterio ad lupaiiar WUembergense traductam sibi junxit conniibio incesto, adeoque infauslo ut pertiniuerint viri pii ne ex eo Antichrislus nasceretur ; caeterum adeo fecundo ut tertio post mense ex ea proies édita fuerit. » Ad ann. 13^3. Ed. de 1755, t. XII, n" lu. — Cf. Sponde, ad ann. 1346, n° III : u {Luther us)... impurus scurra.»

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