‹ Bossuet (volume 2)Chapitre 98 sur 329 · MicHELET, Hist. de France, t. XII, p · texte numérisé non relu

MicHELET, Hist. de France, t. XII, p

4. La Place fut tout au moins, comme dit l'abbé Le Ge.ndre {Hist. de France, t. I, p. 89) «■ huguenot d'inclination. »

5. 11 est un peu question de La Place dans la Science de l'histoire (attribuée à La Moxnoye), 1665, p. 92 ; mais Sorel et Niceron n'en disent rien. Le controversiste Soulier s'en sert dans son Histoire du Calvinisme, mais ni Alézeray, ni Jurieu , ni Basnage ne semblent le connaître. Bayle le cite très rarement. Plus tard seulement. Le Ge.ndre, Hist. de France (1718), t. \, p. 89; Le-nglet du Fhes.noy, Métli. hist.. VII (1772i. p. 301; A.nquetil, Esprit de la Ligue (1767) lui rendent justice. — De Régnier de lu Planche, Ch. Sorel ne fait pas mention. Dupleix et Mézeray ne parlent de lui qu'en passant et ils l'accusent de se discréditer par son fanatisme et sa partialité. (Cf. Le Ge.ndre, Hist. de France, t. I, p. 30; D. Secousse, Mém. de Condé, t. I, p. m.). Bossuet^ s'il a lu ce que les critiques disaient de lui, a pu le considérer comme un de ces libellistes virulents dont les protestants eux-mêmes lui eussent reproché d'avoir employé le l'apport. Mais il est plus probable qu'il l'a ignoré; l'histoire de La Planche était

par un de ces hasards inexplicables qui parfois font tort aux meilleurs livres'. Bossuet les iguorait sans doute.

Pourquoi néglige-t-il La Noue? L'auteur des Commentaù'es s'étend fort sur les premiers troubles civils ; et même, laissant de côté le récit banal des faits connus, il s'attache précisément à dévoiler ce que l'auteur des Variations veut pénétrer aussi : les causes, le caractère, les conséquences des événements de ce temps ^ L'oubli que fait Bossuet de ses mémoires est d'autant plus étrange qu'il semble pourtant bien connaître l'homme, à voir la façon pleine d'estime dont il parle de lui, et dans ï Histoire de France, et dans VHistoire des Variations^.

Pourquoi encore ne cite-t-il jamais Castelnau, qui, chargé de plusieurs négociations sous François II et Charles IX, confident de Catherine de Médicis et des Guises, employé à l'enquête que l'on fît de la conjuration d'Amboise*, témoin de la bataille de Dreux et du siège d'Orléans, a vu, et de tout près, se jouer sous ses yeux la portion d'histoire que Bossuet étudie ? Catholique à la vérité, mais tolérant, que l'esprit de L'Hôpital anime et qui, parfois, parle déjà le langage du sage de Thon. Les protestants, du reste, acceptaient volontiers son témoi-

Irès rare (voy. Dcpleix, Invent. gen. de l'Hist. de France de J. de Serres, 16.30, p. 449; Hist. de France, t. III, p. 579; Bayle, Dict., art. du Tillet, Rem. E).

1. Il se trouve d'ailleurs que les parties les plus intéressantes des ous^ages de La Place et de Régnier de la Planche étant reproduites lexluellement dans l'histoire de La Popelinière (cf., par ex., La Place, édit. Buchon, p. 53 sqq., et La Popeli.mère, t. I, f. 192) et dans VHistoire ecclésiastique dite de Bèze (voir l'édition Baum et Cunitz), Bossuet a connu indirectement les faits essentiels racontés par les deux historiens qu'il ignore.

2. Disc, polit, et viilit., éd. de 1637, p. 50; p. 650 : il ne fait que mention de l'affaire de Vassy, « pour ce que le fait a élé décrit par les historiens >• ; p. 658; p. 661 : « En lisant les choses passées, si j'en rencontre une petite ou grande sur laquelle on pourrait dire quelque mot pour la faire mieux goûter et en tirer un peu de fruit, je me délecte de le faire, ce qui pourra par aventure aucunement servir à l'intelligence de l'histoire.» — Cf. p. 663, 665, Q/6'o, p. 835; Hist. des Var., 723, 845, etc.

3. Hist. de France, OEuvres de Bossuet, édit. Pérau et Le Roy, t. Xlf, p. 835; Hist. des Var., 1. X, n» xxxv.

4. Mém., p. 413, dans la collection Michaud et Poujoulat, t. IX.

gnage, et Jurieu, en le citant à plusieurs reprises dans son Histoire du Papisme^ — que Bossuet avait certainement vue, — s'était porté garant de sa véracité.

Enfin pouvait-il avoir quelque motif de ne jamais recourir aux lettres écrites, en présence même des événements qu'il a souci d'éclaircir, par cet observateur sagace, bien instruit et sincère, très favorable du reste à la cause protestante, Hubert Languet^ ?

Pour ces quelques auteurs, il y a évidemment de la part de Bossuet omission involontaire, par ignorance ou

1. T. I, p. 410 sqq., 427, 433 sqq., 516-517. Cf. Le Laboureur, Préf. des Mémoires (1659;; Le Gendre, Hist. de France, t. I, p. 7-3; Bayle, ibid., éd. Beuchot, t. Xlll, 387. Les protestants admrit'aieot au.ssi le témoignage de l'éditeur récent des Mémoires de Casteinau, le Laboureur. V. Jurieu, ibid., p. 517. — Cf., d'ailleurs, sur l'usage que Bossuet fit plus tard de Casteinau, 1. III, ch. m, n» VI.

2. Les Epistolae poUticae et historicae ad Philippiim Sydnaeum, Leyde, 1633, mais surtout les Epistolae ad Camerariiim patrem et Camerarium fiLmm (Groningue, Leipzig et Francfort, 1646 et 1685) dont plusieurs sont écrites à l'époque de la conjuration d'Amboise et de la première guerre civile, pouvaient fournir à Bossuet des renseignements utiles. (Voir, entre autres, les lettres v, ^^, X, etc.) Languet, durar.t cette période, s'occupe activement des affaires politiques et religieuses et du progrès de l'Église nouvelle. Du mois de mai au mois d'août 1560, du mois de juin 1561 au mois de mars 1562, il séjourne en France comme repi'ésentant de l'élpcteur Auguste de Saxe (Cf. Haag, France protestante ; A. Waddington, De Huberti Langueti vita, p. 30-.S8). — L'excuse de Bossuet est que les livres imprimés à l'étranger passaient souvent inaperçus des plus curieux, quand les journaux littéraires ne les avaient pas signalés. Aussi Languet semble-t-il n'avoir pas été très connu au dix-septième siècle; sa vie, par Philibert de là Mare, ne parut qu'en 1700, à Halle (Cf. Vig.veul-MarviLLE. Mélanges, t. II, p. 428). 11 n'est point question de lui dans les historiens ou critiques du dix-septième siècle; au commencement du dix-huitième, Le Ge.ndre ne le fait pas figurer dans son Catalogue assez complet des documents relatifs à l'histoire de France. — Peut-être aussi les exemplaires de Languet étaient-ils rares; c'est là une petite cause dont il faut tenir compte. Bayle, luimême, ne paraît pas l'avoir connu d'original : l'article du Dictionnaire critique sur Languet est fait de seconde main (Cf. sur la rareté des Annales d'Abraham Scultet, les lettres d'Obrecht à Bossuet, du 10 mai et 10 juin 16;>2). — Notons enfin qu'il n'était pas toujours facile en France, même aux personnes le moins suspectes et le mieux en cour, de se procurer les livres étrangers qui pouvaient inquiéter la police. C'est ce que prouve une lettre curieuse où Arxauld (5 juin 1691 à Doflart) se plaint que Bossuet lui-même n'ait pas le privilège de recevoir en franchise les ouvrages étrangers dont il a besoin; cf. dans la correspondance de Nicaise (Bibl. Nat., .V.m.), t. I, p. 74, 126, 133, 137; t. II, p. 72. On remarquera cependant que ces lettres se rapportent toutes à l'époque de la guerre de la Ligue d'Augsbourg, où la surveillance sur les livres importés devint très rigoureuse.

par oubli. Mais ces exemples sont rares ^, et la vérité est que, d'ordinaire, ce qui explique et justifie le petit nombre^ des documents dont Bossuet fait usage, c'est ce double parti-pris, à la fois de préférer à tous les auteurs de seconde main les auteurs originaux eux-mêmes, et d'éviter, même parmi les écrivains originaux, tous ceux qui pouvaient être mésestimés, soit des connaisseurs pour leurs défauts scientifiques, soit des protestants pour leur partialité religieuse.

Cette double règle, Bossuet l'observe-t-il aussi soigneusement dans le choix des documents qu'il adopte?

On peut, tout d'abord, constater sans peine qu'il tient rigoureusement cette première promesse de sa préface : de s'appuyer de préférence sur les actes officiels des Eglises et sur les propres écrits des Réformateurs. Toutes les fois qu'il discute les dogmes des diverses sociétés protestantes, il se sert, d'abord et surtout, des Confessions de foi. Il allègue aussi, à la vérité, les Catéchismes de Luther et de Calvin', Y Apologie de la Confessio7i d'Augsbourg et les Loci communes de Mélanchthon : mais ces ouvrages, consacrés et autorisés par l'assentiment des Eglises, sont, pour ainsi dire, les commentaires officiels des Confessions de foi publiques ; ils font partie intégrante du canon des symboles de la Réforme \

1. Il faut citer encore, parmi ces quelques auteurs injustement oubliés, Fox, dont les Acts and monuments [ibS'^] et VEcclesiae angLicanae martyrologium ne tombaient point sous le coup des critiques de Buroet rappelées plus haut.

2. Sur certaines questions, du reste, — par exemple sur celle des Albigeois et desVaudois, — les informations de Bossuet sont aussi riches que possible; et il paraît bien avoir, comme il le dit lui-même (1. XI, no^ lxiv et xcxi), consulté « tous les auteurs du temps sans en excepter un seul. »

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