‹ BossuetChapitre 18 sur 30 · LA QUERELLE GALLICANE · texte numérisé non relu

LA QUERELLE GALLICANE

Depuis 1661, les mauvais rapports du roi Ires chrétien avec la cour de Rome étaient allés en s'aigrissant jusqu'à cette affaire de la régale, doublement grave, car il s'y agissait d'abord d'une question d'argent — à qui appartiendrait, au pape ou au roi, la perception des revenus et la nomination aux bénélices dans les évéchés vacants? — puis d'une question de principes : — de qui dépendait en réalité le clergé de France, du roi ou du pape? — En 168 1, à la suite de l'excommunication faite par Innocent XI des vicaires généraux nommés par Louis XIV dans deux diocèses, une assemblée générale « extraordinaire » du clergé de France était convoquée pour statuer sur la querelle. Quoique Bossuet ne fût pas encore préconisé évéque de Meaux, le roi le désigna pour prononcer le sermon d'ouverture de ce qu'on appelait déjà le « concile national n.

La commission, même pour un gallican, était fâcheuse. Gallican, Bossuet l'était sans doute, et par une conséquence forcée de sa doctrine politique, de son idée du Roi, être sacré, lieutenant de Dieu de qui seul il relève et relève immédiatement. Mais il l'était aussi par principe religieux. L'histoire de l'Église lui apprenait que la papauté n'avait pas joué, dans le développement de la religion, un rôle tel qu'il lui permît d'aspirer à une domination sans partage; pour un Grégoire le Grand, combien de papes indignes ou incapables, et qu'eussent fait souvent les pontifes de Rome sans les « Pères » qui, de l'Orient ou de l'Occident, les éclairaient, les dirigeaient ou les semonçaient à propos ! Aussi bien n'élail-ce point au Pape, mais à l'Eglise que les

promesses du Christ avaient été faites, et selon cette institution primitive, les conciles, dans les grandes circonstances, les évêqucs, en temps ordinaire, devaient avoir, selon Bossuct, leur part très effcclive dans le gouvernement de la cité de Dieu.

Enfin, ce qui l'attachait encore au gallicanisme, c'était son désir de ramener les protestants que révoltaient les prétentions ultramontaines. Il fallait leur montrer que la « suprématie » du Pape pouvait être restreinte.

Mais là comme partout, Bossuet avait l'aralKtion de se tenir dans un juste milieu. Il ne voulait pas que l'indépendance du prince à l'égard du pape fît du prince un pape laïque, ni que l'autonomie de l'Eglise gallicane la réduisît au rôle d'un simple corps de l'Etat, ni que l'obéissance du clergé au roi de France dégénérât en une servitude humiliante. Il prétendait être gallican plus « à la manière des évoques « qu' « à la manière des magistrats «.Même sur le point particulier de la régale, il n'allait pas « jusqu'à trouver bon le droit du roi ». Or, de soutenir c( le droit du roi » jusqu'au bout, c'était, visiblement, l'intention des ministres de Louis XIV qui, depuis vingt ans, épiaient l'occasion « d'humilier Rome «; du Parlement qui, depuis trois siècles, n'en manquait aucune d'affirmer que le roi de France était « le chef visible « de l'Eglise de France; c'était enfin le sentiment de la majorité — triée, il est vrai, sur le volet — du « concile national ». « Le pape nous a poussés, il s'en repentira », disait le président désigné, Harlay de Champvallon, archevêque de Paris, futur patriarche des Gaules. L'ambassa-

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