LA QUERELLE GALLICANE
deur d'Angleterre s'en allait répétant que sous peu les deux pays seraient de la même religion. « Il y avait, écrit Bossuet, tout à craindre. »
Ce sentiment d'un réel péril le détermina sans doute à accepter une tâche qui d'ailleurs , sans répondre exactement à ses idées personnelles, convenait fort bien, il faut le dire, à cet esprit large, — trop large parfois, trop hospitalier aux synthèses conciliantes et purement verbales. — Vrai « tour de force » (le mot est de Joseph de Maistre), que ce sermon sur l'Unité de V Eglise, par où Bossuet ouvrit l'Assemblée. Ici, la proclamation énergique de ces vieilles « maximes « de l'Eglise gallicane, attachée à ses « libertés » propres, à ses lois spéciales, jalouse de refouler les empiétements du pape de Rome, et lui rappelant par la bouche de saint Bernard, qu'il était « non pas le premier des évêques, mais l'un d'eux ». Là, une glorification magnifique de l'indispensable prééminence de l'église de Rome, « l'église mère, qui tient en main la conduite de toutes les autres » et qui a reçu en sa plénitude l'autorité apostolique. Parfois, vraiment, on aurait presque peur d'être dupe des prestiges d'une rhétorique de diplomate si l'on ne savait avec quelle sincérité courageuse l'intelligence de Bossuet se résignait aux contradictions insurmontables. Du reste, à côté de ces merveilles d'équilibre, il y avait quelque chose de touchant : cet empressement passionné, dédaigneux des redites et parfois même des familiarités, avec lequel Bossuet s'adressait tour à tour aux deux puissances ennemies, les suppliant chacune de relâcher ses prétentions. Le lendemain de ce dis-
cours, Bossuet, soulagé, pouvait écrire qu'il eût « prêché dans Rome ce qu'il avait dit avec aulaiit d'assurance que dans Paris ». Il avait satisfait les sages, au moins, des deux partis.
Toutefois sa satisfaction à lui était bien mêlée. Il avait trop de bon sens pour ne pas s'affliger d'avoir eu à « remuer dans la chaire et devant le peuple » des matières aussi graves. Il souhaitait que, contente de régler des points de détail, cette assemblée à laquelle il venait de signifier son devoir et de signaler les écueils, s'abstînt de traiter dogmatiquement des droits du Saint-Siège. Mais Golbert voulait à tout prix et Le Tellier approuvait qu'une formelle déclaration fût promulguée de la « doctrine de France »; l'archevêque de Paris et le père de La Chaise y poussaient; le roi l'ordonna. En vain Bossuet propose, avant qu'on décidât rien, un « examen préalable de la tradition » sur cette matière : cet essai d'obstruction est repoussé. Tout ce qu'il obtint fut de se substituer à l'évêque de Tournai dans la rédaction de ces « quatre articles » — dont il désapprouvait grandement l'opportunité, sinon la doctrine, — • d'en adoucir autant qu'il pût les termes et d'en écarter celte menace d'un « appel au futur concile y>, qui eût consommé la rupture avec le Saint-Siège.
Mais il n'était pas au bout. Même dans leur forme atténuée, les quatre articles avaient exaspéré la cour de Rome. La lutte continuait entre l'orgueilleux vainqueur de Nimègue, et Innocent XI, « le saint opiniâtre ». Aux écrits que les théologiens ultramontains semaient dans toute l'Europe contre les Quatre articles, le roi voulut que P>ossuet répondît.