‹ BossuetChapitre 20 sur 30 · LA QUERELLE GALLICANE. IM · texte numérisé non relu

LA QUERELLE GALLICANE. IM

Et l'cvôque de Meaux se résigna de nouveau, par crainte, ici encore, de laisser à des violenfs une besogne singulièrement délicate à remplir en conservant la paix et l'union. Car comment prétendre, sans que cela eût l'air d'une ironie, quod doctrind nosti'd primatus roinnnus nnn obscuraliir sed illustratur et confirmatiir , que c'était pour le plus grand bien de la suprématie du Saint-Siège qu'on s'en ailVancliissait? Les chansonniers du temps, qui s'étaient déjà égayés sur les citations du prophète Balaam que Bossuet avait faites dans le sermon sur Y Unité de V Eglise et sur les subtiles équivoques de sa manœuvre d'équilibre, auraient eu beau jeu contre la Défense de la Déclaration si elle avait été publiée.

A ce labeur ingrat, Bossuet s'évertua dix ans, peinant sur ces textes de droit canonique qui se plient à toutes l(!s arguties de la chicane. Puis quand la besogne lut faite, une dernière surprise l'attendait. Tandis qu'à Meaux il travaillait, avec une résignation consciencieuse, à justifier ce que le roi avait voulu faire contre le Pape, le Pape, par sa résistance invincible, forçait le roi de capituler. Et en 1698 — après avoir été l'orateur officiel d'une assemblée dont il ne partageait pas l'esprit, le rédacteur obligé d'une déclaration dont il blâmait la tendance , l'avocat requis d'une cause qu'il estimait plutôt mauvaise, — Bossuet dut rédiger, sur l'ordre de Louis XIV vaincu, le projet de rétractation que signeraient, pour satisfaire le pape, les ecclésiastiques français auxquels il refusait leurs'bulles.

Sans doute ce dénoûment piteux ne faisait après tout que conlirmer sa répugnance première pour les

mesures extrêmes qu'on avait prises à l'aventure. Ses idées pourtant n'en sortaient pas indemnes. Il avait beau écrire à Mme d'Albert, scandalisée par ce désaveu, que s'il abandonnait les « actes » du clergé de France, il n'en abandonnait pas la doctrine. Il avait beau, dans un remaniement nouveau de la Défense de la Déclaration, s'écrier avec une familiarité irritée : « Abeat ergo declaratio quo Ubuerit! Que les quatre articles s'en aillent où ils voudront! ') — il n'en était pas moins obligé d'affirmer, contre le bon sens, qu'en proclamant, en 1682, les principes « fondamentaux » du gallicanisme, « les évéques n'avaient pas entendu promulguer une décision de foi ». Nul doute que ces déboires n'aient préparé dans une âme loyale comme la sienne l'évolution dont nous trouverons en ses derniers Jours les indices. Pour le moment ce qu'elles lui apprenaient, c'est que le seul moyen de garder nos convictions entières et dans leur exacte justesse, c'est de ne pas descendre dans la réalité. Après avoir connu l'indépendance du penseur qui commande en paix à des idées, il éprouvait la servitude de l'homme d'action, obligé de plier son esprit comme sa volonté aux choses.

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