‹ BossuetChapitre 22 sur 30 · LUTTE CONTRE CAFFARO · texte numérisé non relu

LUTTE CONTRE CAFFARO

ses sujets. Sagesse, devoir, . modération : choses fades! « Le licite et le régulier ferait languir. » Qu'on ne vienne pas nous dire que le mariage qui termine la comédie, purifie tout. Ce palliatif arrive trop tard; l'eOét est produit; ce n'est pas le final dénouement légitime que l'on regarde; c'est la passion coupable et exaltée qui le précède et qui s'en passerait au besoin. Soyons sincères. Le théâtre n'est pas honnête et il ne peut l'être, parce que « tout son appareil ne tend qu'à faire des hommes passionnés », et que « tout ce qui remue le sensible attaque secrètement la pudeur ».

Et n'alléguez pas non plus que c'est là une question de personnes, et que la confession ne vous a jamais rien appris de ces funestes effets. Vous ignorez donc

Qu'il y a des choses qui sans avoir des effets marqués mettent dans l'àme de secrètes dispositions très mauvaises? Qui saurait connaître ce que c'est en l'homme qu'un certain fond de joie sensuelle et je ne sais quelle disposition inquiète et vague au plaisir des sens, qui ne tend à rien et qui tend à tout, connaîtrait la source secrète des plus gi-ands péchés.... On est trop mauvais médecin si l'on ne connaît de maux aux hommes que ceux qu'ils sentent et qu'ils avouent.

Donc Bossuet n'admettrait point ce que concédait saint François de Sales à Philothée : que « les comédies, comme les danses, en leur substance, ne sont nullement choses mauvaises ». Mais il s'attaque même à cet autre principe, appuyé pourtant du nom de saint Thomas, que « le divertissement est nécessaire à l'entretien delà vie humaine «.Voilà le dernier argument, la perpétuelle excuse, celle que traduit le langage comiDun dans cet axiome que v. tout le

monde » accepte : « Il faut bien s'amuseï' ». Et pourquoi s'amuser? répond rudement Bossuet. A quoi bon, quand on est chrétien? S'amuser, quand on doit croire et se rappeler sans cesse que ce n'est pas ici le lieu de la joie, que cette vie est une épreuve et un exil? Chercher des sujets de pleurs fictifs quand on en a de trop réels dans la perversité de la nature et dans la menace toujours suspendue de la damnation méritée? Chercher des sujets de rire, quand on est disciple d'un maître, par qui le ni-e fut maudit et de qui jamais les lèvres divines « ne se dilatèrent de ce mouvement indécent » ? Non, si nous étions vraiment chrétiens, nous n'aurions point besoin de nous « divertir ». Que si la nature réclamait un peu de relâche, les drames du Calvaire et de l'histoire de l'Eglise devraient suffire à nous passionner, de même qu'à nous toucher et à nous ravir la vue des conquêtes ineffables de Jésus dans les cœurs, et « les chastes soupirs des âmes qu'il a gagnées et qui courent après ses parfums ».

Et après avoir, dans la fin des Maximes sur la Comédie, opposé ces idées à celles de saint Thomas, « malgré le respect dû à un si grand homme », Bossuet y revenait avec plus de force dans le beau Traite' de la Concupiscence, la plus franche déclaration qui peut-être ait jamais été faite du divorce que la raison mystique exige entre le monde et la religion, entre l'art et la piété, entre la joie de vivre et l'austère sainteté du chrétien. Non, « on ne peut pas aimer Dieu et le monde; on ne peut pas nager comme entre deux, se donnant tantôt à l'un et tantôt à l'autre. Dieu veut tout.... » Pour bien

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