‹ BossuetChapitre 27 sur 30 · LES CASUISTES · texte numérisé non relu

LES CASUISTES

Il est vrai que l'une était la rançon de l'autre. Car les temps étaient bien mauvais et les cœurs bien médrocres. En face de ces multiples dangers, l'irintation et l'angoisse de Bossuet ne rencontraient guère d'échos. Comme si, après un siècle de persécutions, les puissances ecclésiastiques et civiles fussent lassées de sévir, elles faisaient la sourde oreille, et Bossuet, requérant leur intervention, se sentait importun. Ceux qu'il accusait trouvaient des sauveurs. On arrachait EUies du Pin de ses mains. On l'engageait lui-même à ménager cette érudition, l'hébraïque surtout, à laquelle on lui insinuait respectueusement qu'il n'entendait rien. La traduction du Nouveau Testament de Richard Simon s'imprimait à l'imprimerie jésuite de Trévoux. Et à l'assemblée de 1700, il avait beau menacer, si l'on épargnait les Casuistes, de « révéler à toute la terre une si honteuse prévarication », et de parler, de « crier », seul, si les autres gardaient le silence : — le roi et les évêques ne consentaient qu'on « fît de la peine » aux Jésuites qu'à la condition d'en faire aux Jansénistes, et qu'on ne « nommerait » personne.

Mais cette humiïiation et cette tristesse de ne plus se voir suivi, ni compris, ni aidé, il allait avoir à l'éprouver, à propos de ses réponses à Richard Simon, d'une façon poignante. Il venait d'écrire de verve, il faisait imprimer en hâte, son instruction pastorale contre cette version suspecte de l'Evangile. Soudain (novembre 1 702) il apprend que le chancelier Pontchartrain en a fait suspendre l'impression comme illégale, sous prétexte que les évêques ont besoin, pour publier quoi que ce soit, du visa de l'autorité

séculière. Donc, par un retour ironique des choses, il voyait un de ses livres traité cooiine il avait fait traiter jadis l'Ancien Testament du même Simon. C était" par cette avanie que le gouvernement de Louis XIV payait le vieux serviteur qui luttait depuis cinquante ans pour la paix et la pureté de l'Eglise gallicane comme pour la solidité du trône! C'était là qu'en venait cette royauté laïque pour l'absolutisme de laquelle il avait jadis si vaillamment combattu, et dont à cette heure, encore, il soutenait la cause dans sa Politiquel « Il ne lui servait donc de rien d'avoir si libéralement abandonné tout le temporel à César ' . » Froissé, indigné, il en appelle à Louis XIV.

Quoi! « chacun fait imprimer ses factums pour les distribuer aux juges, et l'Eglise ne pourra pas faire imprimer ses instructions et ses prières pour les distribuer à ses enfants et à ses ministres ! »

Il n'obtint qu'une demi-satisfaction. Rien d'étonnant que son gallicanisme ait été, comme on l'a soutenu avec apparence 2, un peu ébranlé par cette expérience instructive. D'autant qu'elle venait après beaucoup d'autres. — Ces Protestants, pour l'amour desquels il avait, en grande partie, combattu les usurpations ultramontaines, non seulement il voyait, à n'en pas douter, que leur retour était désespéré, mais encore, dans sa récente dispute avec Leibniz, il avait pu remarquer que l'idée de la suprématie romaine n'était pas ce qui leur déplaisait le plus. — Cette Eglise nationale, où il avait cru que l'autonomie

1. Pierre Leroux, art. BofesUET dans V Encyclopédie nouvelle.

2. k. Griveau, Elude sur la condamnation des Maximes des Saints, t. II.

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