BOUSSET ANATOMISTE
dans lesquelles il est dit que le cœur ne peut rien sans le cerveau et vice versa et celles-ci : « que les blessures et les autres plaies qui attaquent le cervelet sont plus mortelles parce qu’elles vont directement au principe de la vie (1) », il est manifeste que celui qui a mérité d’être appelé « le connétable gallican » a cru que c’est à une Volonté Divine que les molécules de la première cellule organique furent redevables de leur mouvement vibratoire, que ce mouvement vibratoire, transmis aux molécules de chacune des cellules issues d'elle (2), s’est perpétué ensuite, de génération en génération, au moyen des fonctions sexuelles qui mettent en présence les éléments de l’ovule mâle et ceux de l’ovule femelle et que le maintien de la vie et de la santé ne dépend pas de l’âme (3), mais de la chaleur acquise par le
(1) Bossuet s’est trompé, on le sait, en faisant naître du cervelet les nerfs cardiaques, et les expériences de Flourens sur le nœud vital, dont il sera question sous peu, témoignent que ce n’est pas dans le cervelet mais au-dessous de lui, dans la portion supérieure renllée de la moelle, dans le bulbe trachidien, que siège le principe de la vie. Mais le fait énoncé ici par lui n’en est pas moins vrai : les lésions du cervelet, peut-être en raison du voisinage du bulbe, sont « plus mortelles » que les autres.
(2) C’est la pure doctrine cartésienne. Bien que personne n’ait proclamé plus hautement et plus constamment que l’auteur du Discours de la Méthode, l’existence d’une Intelligence Suprême dans l’univers et celle d’une intelligence finie et distincte du corps dans l’homme, qu’aucune vérité mathématique ne lui ait paru plus évidente, plus solidement stable, plus facile à démontrer, il n’en a pas moins vu« dans le monde physique que de la matière mise en mouvement et dont les mouvements variés à l’infini produisent toutes les combinaisons réalisables ». 11 a dit en propres termes que « Dieu est le premier auteur du mouvement » ; mais l’impulsion une fois donnée il n’a plus fait appel à l’intervention divine : « autrement, a-t-il remarqué, y aurait-il des monstres et tant de déviations dans l’ordre naturel. »
(3) La question si longtemps débattue et reprise récemment encore avec un grand talent d’argumentation pour et contre par Littré, Robin ( Dicl . de Médecine), F. Bouiller (De l’Unité de l’âme pensante et du principe vital, Paris, 1858), Bouchut (La vie et ses attributs , Paris, 1862), le R- P. Ventura, Lordat, Jourdain, A. Lemoine, etc., : l’âme pensante peut-elle être considérée comme le principe de la vie? a été, je le répète sous une autre forme, tranchée également dans le sens de la négative par Descartes.
De ce que le corps est privé de mouvement et de chaleur lorsque
sang dans le cœur et que les vaisseaux transportent partout, de l’état de ces vaisseaux, de celui du cœur,
l’âme l'a abandonné « on s’est imaginé, a-t-il déclaré, que notre chaleur naturelle et tous les mouvements de nos corps dépendent de l’âme, au lieu que l’on devait penser, au contraire, que l’âme ne s’absente, lorsqu’on meurt, qu’à cause que cette chaleur cesse, et que les organes qui servent à mouvoir le corps se corrompent. » Pour lui « Toute la différence qu’il y a entre le corps d’un homme vivant et celui d’un homme mort, est celle qui existe entre une montre lorsqu’elle est montée, et qu’elle a en soi le principe corporel des mouvements pour lesquels elle est instituée, et la même montre, lorsqu’elle est rompue et que le principe de son mouvement cesse d’agir ».
Une erreur de logique et une ignorance de l’anatomie et des lois de la mécanique ont pu seules, selon lui, maintenir autant de temps la doctrine de l’animisme. « Parce que nous avons éprouvé, dès notre enfance, que plusieurs des mouvements du corps obéissaient à la volonté, qui est une des puissances de l’âme, cela nous a disposés à croire que l'àme est le principe de tout : à quoi aussi a beaucoup contribué l’ignorance de l’anatomie et des mécaniques : car en ne considérant rien que l’extérieur du corps humain, nous ne nous sommes point imaginé qu’il y eût en lui assez d’organes ou des ressorts pour se mouvoir de soi-même en tant de diverses façons que nous voyons qu’il se meut; et cette erreur a été confirmée de ce que nous avons jugé que les corps morts avaient les mêmes organes que les vivants, sans qu’il leur manquât rien autre chose que l’âme, et que toutefois il n’y avait en eux aucun mouvement.
« Au lieu que lorsque nous tâchons à connaître plus directement notre nature, nous pouvons voir que notre âme, entant qu’elle est une substance distincte du corps, ne nous est connue que par cela seul qu’elle pense, c’est-à-dire qu’elle entend, qu’elle veut, qu’elle imagine, qu’elle se ressouvient et qu’elle sent, parce que toutes ces fonctions sont des espèces de pensées ; et que, puisque les autres fonctions, que quelques-uns lui attribuent, comme de mouvoir le cœur et les artères, de digérer les viandes dans l’estomac, et semblables qui ne contiennent en elles aucune pensée, ne sont que des mouvements corporels et qu’il est plus ordinaire qu’un corps soit mû par une âme, nous avons moins de raison de les attribuer à elle qu’à lui.
i Nous pouvons voir aussi que lorsque quelques parties de notre corps sont offensées, par exemple quandun nerf est piqué, cela fait qu’elles n’obéissent plus à notre volonté, ainsi qu’elles avaient de coutume et même que souvent elles ont des mouvements de convulsions qui lui sont contrai res : ce qui montre que l’âme ne peut exciter aucun mouvement dans le corps, si ce n’est que tous les organes corporels qui sont requis àce mouvement soient bien disposés : mais que tout au contraire, lorsque le corps a tous ses organes disposés à quelque mouvement, il n’a pas besoin de l’âme pour les produire, et que par conséquent tous les mouvements que nous n’expérimentons point dépendre de notre pensée, no
du cerveau et des nerfs cardiaques, des variations de température et de composition du sang, etc.
S’il s’est mépris sur les causes de la chaleur animale, — les combustions interstitielles, — en l’attribuant, après avoir hésité, il est vrai, à l’incandescence du cœur, il a parfaitement discerné que le sang en est le véhicule. Et la preuve que le sang (1) en est bien le véhicule, c’est que dans les cas de congestion ou d’inflammation d’un organe, la température de cet organe s’élève à mesure que les vaisseaux, distendus par le sang, s’engorgent (2). Le sang charrie de la chaleur, et la distribue dans l’organisme de chaque être vivant, comme un courant de vapeur d’eau dirigé dans des tuyaux, agencés ad lioc, chauffe tout un édifice.
Quant à l’importance qu’a attachée aux esprits et à leur rôle physiologique Bossuet, elle est très compréhensible. Les Anciens ont cru aveuglément, sur la foi de Galien, qu’il existait dans l’organisme humain des corpuscules éthérés impalpables, nais-
doiveat pas être attribués à l’âme, mais à la seule disposition des organes, et que même les mouvements qu’on nomme volontaires procèdent principalement de cette disposition des organes, puisqu’ils ne peuvent être exécutés sans elle, quelque volonté que nous ayons, bien que ce soit l’âme qui les détermine.
« Et encore que tous ces mouvements cessent dans le corps lorsqu’il meurt et que l’âme le quitte, on ne doit pas inférer de là que c’est elle qui les produit; mais seulement que c'est une même cause qui fait que le corps n’est plus propre à les produire et qui fait aussi que l’âme s’absente de lui. » Descartes, Œuvres complètes citées t. IV, pp. 4p-4i et préface De la formation du foetus.
(1) Le sang est considéré depuis fort longtemps comme un liquide précieux en raison des actes vitaux où il intervient. On en a fait le siège de l’âme et il était, de par le Lévilique, défendu aux Hébreux de manger de la chair des animaux, parce que « l’âme de toute chair est dans lesaug... le sang est l’âme même ».
(2) Dans le chapitre que je consacre plus loin à l'étude des passions, je montre que la section ou la ligature des nerfs vasomoteurs d’un organe produisant la dilatation des vaisseaux auxquels ces nerfs se distribuent, a pour conséquence également une élévation de température de l’organe.
sant les uns dans le foie, les esprits naturels (1), les autres dans le cœur, les esprits vitaux (2), les troisièmes dans le cerveau, les esprits animaux (3), qui entretenaient la chaleur et la vie, provoquaient la contraction des muscles et présidaient aux actes de l’entendement. Le père de la pensée moderne, qui dans sa Cosmogonie a fait jouer un rôle si important à la matière subtile, s’est rallié avec empressement, on le devine, à cette doctrine qui concordait si bien avec ses vues personnelles; il a même décrit le mode de genèse et les pérégrinations des esprits avec autant de précisions et un aussi grand luxe de détails que s’il en avait été le témoin oculaire. Montaigne (4), Pascal (5), Fénelon (6),
U) Admis avec répugnance par Galien (Cf. Gai. oper. de meth. med., lib. XII), les esprits naturels ont été, au contraire, regardés comme indispensables au bon fonctionnement de l’organisme par Paracelse.
(2) Gai. oper : De sec. Hippoc. et Plat. lib. VII, cap. 3; De meth. med. lib. XII ; De usu pari. lib. VU, cap. 8; De loc. affect, lib- III. cap. 7 ; De virt. corp. disp, et de utilitaterespirationis, lib. XII.
(3) Je cite pour mémoire les esprits séminaux dont il fut seulement question bien plus tard et la réalité constamment mise en question. « Ce que les anatomistes ont appelé esprits séminaux, aura seminalis, a noté Buffon ( Œuvres complètes, 3e édit. Paris, 1842, 1. 1, p. 146. Des animaux), pourrait bien ne pas exister ; et certainement ce ne sont pas ces esprits qui agitent les particules qu’on voit se mouvoir dans les liqueurs séminales. »
(4) « La véhémence et la tristesse ayant accablé ses esprits vitaux le porta roide mort par terre. » Montaigne, Essais.
(5) « Qu’est-ce qu’un homme dans l’infini ? Qui peut le comprendre i Mais pour lui présenter un prodige aussi étonnant, qu’il cherche dans ce qu’il connaît, les choses les plus délicates ; qu'un ciron, par exemple, lui offre, dans la petitesse de son corps, des parties incomparablement plus petites, des jambes avec des jointures, des veines dans ces jambes, des humeurs dans ce sang, des gouttes dans ces humeurs, des vapeurs dans ces gouttes... » Pascal, Pensées.
(6) « Du cerveau qui est la source de tous les nerfs partent les esprits. Ils sont si subtils qu’on ne peut les voir et néanmoins si réels et d’une action si forte, qu’ils font tous les mouvements de la machine et toute sa force. Ces esprits sont en un instant envoyés jusqu’aux extrémités des membres; tantôt ils coulent doucement et avec uniformité; tantôt ils ont, selon les besoins, une impétuosité irrégulière ; et ils varient à l’infini les postures, les gestes et les autres actions du corps....
« Par les artères et les veines coule le sang, liqueur douce et
Voltaire (1), etc., en ont plus ou moins longuement parlé, et Racine fils et un de nos médecins-poètes tourangeaux , René Rretonnayau (2) , l’aïeul de Pierre-Fidèle Bretonneau (3) , les ont célébrés, le premier, dans son Poème sur la religion (4), le second, dans son Esculape français. On n’a commencé à mettre sérieusement en doute leur existence que vers le milieu du xviii' siècle. Et la plupart des arguments qu’on a alors invoqués contre eux se retrouvent dans la thèse inaugurale (Montpellier 1742) du fameux Théophile Bordeu; les voici : « Un homme sanspréjugés et qui se donnerait la peine d’examiner les choses de bien près, ne pourrait-il pas prouver que ces trois sortes d’esprits, qui furent comme le trépied, ou si l’on veut le trium-
onctueuse, et propre par cette onction à retenir les esprits les plus déliés, comme ou conserve dans un corps gommeux les essences les plus subtiles et les plus spiritueuses. Ce sang arrose la chair, comme les fontaines les rivières arrosent la terre. Après s’être filtré dans les chairs, il revient à sa source plus lent et moins plein d’esprits ; mais il se renouvelle et se subtilise encore de nouveau dans cette source pour circuler sans fin. » Fénelon, Traité de l’existence et des attributs de Dieu.
(1) « Je ne connais point de plus puissants remèdes pour les maladies de l’Ame que l’application sérieuse et forte de l’esprit à d’autres objets. Cette application détourne le cours des esprits animaux. » Voltaire, Correspondance.
(2) René Bretonnayau, né à Vernautes (Anjou), s’établit à Loches vers le milieu du xvi* siècle et épousa la fille d’un apothicaire de Tours, Thibaul t Lespleigney, qui a laissé un nom dans l’histoire de la médecine. lia publié, en 1583, à Paris, chez Abel L’Angelier, un poème didactique (in-4° de 192 pages) sur la Génération de l’homme et le temple de l’âme avec des poésies, non sans valeur, extraites d'un autre poème qu’il avait composé, l 'Esculape françois.
ha. Génération de l’homme a été réimprimée récemment dans le Parnasse médical, avec tirage à part, chez Roussel et préface du Dr Maxime.
(3) Cf. Dr Louis Dubreuil-Chambardel. Les Ancêtresde Bretonneau Mémoire de la Société archéologique de Touraine, t. XXXIX. 2" édition, Paris, Maloine, éditeur, 1905.
(4) « .... Ces esprits subtils, toujours prêts à partir,
Attendent le signal qui les doit avertir ;
Mon Ame les envoie, et, ministres dociles,
Je les sens répandus dans mes bras agiles. »
Racine fils, la Religion, ch. 1.
SP.S GONNAISSASCEiS A\ ATOMO -PHYSIOLOGIQUES ;>7
rirai de l’ancienne physiologie, étaient aussi rnal établies l’une que l’autre... Quant à. la façon dont les modernes soutiennent les esprits, il y a d’abord lieu d’ètre frappé du nombre prodigieux de formes qu’ils leur donnent : les uns disent qu’ils sont de l’air , d’autres du feu, de l’eau, de la lymphe ; on les a faits acides, sulfureux, actifs, passifs', ou en a fait de deux ou trois espèces qui roulaient dans les mêmes nerfs ; enfin on leur a donné toutes sortes de configurations, jusqu’à en faire de petits tourbillons, ou de petits ballons à ressort selon l’expression de M. Lieutaud, qui est aussi persuadé de l’existence de ces ballons qu’il est de la structure qu’il suppose du cerveau... ajoutons que ceux qui admettent les esprits sont aussi embarrassés pour expliquer les fonctions des nerfs que ceux qui ne les admettent pas... En est-on plus avancé lorsqu’on a suivi les détails infinis de Boerhaave et de ses commentateurs surcette question ? »
Ce sont les miracles de la science d’hier qui ont présidé à l’inauguration des admirables théories actuelles de la contractilité musculaire et de la calorification animale et mis fin à celle des esprits en démontrant que Y irritabilité, autrement dit la propriété de changer de forme, est inhérente aux muscles eux-rnêmes et sollicitée non seulement par les nerfs moteurs (excitants physiologiques), mais encore par le froid, la lumière les courants électriques, etc. (excitants physiques), la vératrine, l’acide carbonique, le seigle ergoté, etc. (excitants chimiques) et que l’air contient un gaz respirable, l’oxygène, absorbé, à chaque inspiration, par les globules rouges du sang (1;.
U) Leglobulede matière dont Descartes iCf. l’introduction de cet ouvrage,) a fait dériver avec raison chacun des tissus organisés possédant la propriété de changer de forme sous l’influence d’unexcitant physiologique, physique et chimique, il est manifeste qu’il doit en être de même des fibres musculaires. Funke, Eckard, Jaccoud, etc., ont soutenu et soutiennent cependant encore que les excitants physiques ou chimiques, n’agissent sur elles que par l’in-
Sans compter l’explication, inacceptable de nos jours, qu’a donnée des causes de l’apoplexie, de la paralysie et des convulsions le plus réputé des orateurs chrétiens, on peut citer, parmi les autres erreurs médico-chirurgicales qu’il a commises, celles dont il est question ci-après :
« La dure-mère, par les artères dont elle est remplie, est en battement continuel, et bat aussi sans cesse le cerveau, dont les parties étant trop pressées, il s’ensuit que le sang et les esprits qui y sont contenus sont aussi fort pressés et fort battus : ce qui est une des causes de l’agitation et aussi du raffinement des esprits.
« C’est ce battement de la dure-mère, qu’on ressent si fort dans les maux de tête, et qui cause des douleurs si violentes. »
La dure-mère n’a pas de battements ; attribuer une céphalalgie quelconque à ses battements, c’est donc commettre une hérésie médicale.
« Le dedans de la poitrine est tendu d’une peau assez délicate qu’on appelle pleure. Elle est fort sensible, et c’est d’elle que nous viennent les douleurs de la pleurésie. »
Cette peau est une grande membrane séreuse qui enveloppe chacun des poumons et facilite son glissement. Elle est appelée maintenant plèvre (en grec
7T Xsvpa.') .
La pleurésie, qui n’est rien autre chose que son inflammation, est d’ordinaire, révélée, à son début,
termédiaire des fines et dernières ramifications des nerfs moteurs qui les enlacent. Pour prouver qu’il n’en est rien, il me suffira de rappeler que chez un animal empoisonné par le curare qui paralyse les nerfs moteurs, les muscles excités directement peuvent passer de la forme de repos à la forme active (Cl. Bernard, Kôlliker, Vulpian). Un nerf moteur, séparé de l’axe cérébro-spinal, perd, après quatre jours, touto excitabilité : le muscle, au contraire, innervé précédemment par ce nerf, demeure directement excitable plus de trois mois après s’il a gardé ses rapports avec les nerfs sensitifs et vaso-moteurs qui président à sa nutrition.
par un frisson et une douleur de côté qu’exaspèrent la pression, la toux et les inspirations. Si quelques médecins font encore dépendre cette douleur de côtéde l’inflammation delà plèvre, la plupart d’entre eux la rapportent à l’inflammation concomitante des nerfs intercostaux (1).
« Ce qui fait durer si longtemps la douleur de la goutte et delà colique, c’est la continuelle régénération de l'humeur mordicante qui la fait naître et qui ne cesse de picoter ou de tirailler les nerfs. »
Ce n’est pas à une humeur, Acre, corrosive, que sont dues les douleurs de la goutte et de la colique. Celle de la goutte résulte de l’accumulation dans le sang d’une grande quantité d’acide urique, libre ou uni à une base comme la chaux ou la soude, qui se dépose autour des jointures et y forme ces espèces de concrétions calculeuses appelées tophus. La contraction douloureuse du gros intestin ou colique est provoquée généralement par une intoxication alimentaire ou autres. Elle est un des premiers symptômes de l’empoisonnement par les sels de plomb, de cuivre, etc.
« Le sang doit avoir une certaine consistance médiocre, et quand il est trop subtil ou trop épais, il en arrive divers maux à tout le corps.
« II bouillonne quelquefois extraordinairement, et souvent il s’épaissit avec excès ; ce qui lui doit arriver par le mélange de quelque liqueur.
« Etilne fautpascroire que cette liqueur, quipeut
(1) Parce que cette douleur, que la pleurésie siège à droite ou ;ï gauche :
1“ Se fait presque toujours sentir dans la région du sein, c’est-àdire loin de l’inflammation et eu raison de la propriété qu’ont les nerfs, quand ils sont enflammés, de faire éprouver leurs principales souffrances, dans leurs extrémités périphériques.
2° Est plus vivedans le sixième ou le septième espace intercostal, immédiatement au-dessus ou au-dessous de la 7e côte et par suite des mouvements plus étendus qu’exécute cette côte.
ou épaissir tout le sang ou le faire bouillonner, soit toujours en grande quantité : l’expérience (1) faisant voir combien peu il faut de levain pour enfler beaucoup de pâte, et que souvent une seule goutte d’une certaine liqueur agite et fait bouillir une quantité beaucoup plus grande d’une autre.
« C’est par là qu’une goutte de venin, entrée dans le sang, en fige toute la masse, et nous cause une mort certaine : et on peut croire, de même, qu’une goutte de liqueur d’une autre nature fera bouillonner tout le sang. Ainsi ce n’est pas toujours la trop grande quantité de sang, mais c’est souvent son bouillonnement qui le fait sortir des veines, et qui cause les saignements de nez, ou les autres accidents semblables, qu’on ne guérit pas toujours aussi en tirant du sang, mais en trouvant ce qui est capable de le rafraîchir et de le calmer. »
Un venin est un liquide secrété par certains animaux en bonne santé et qui, déposé dans un réservoir spécial, leur sert de moyen d’attaque et de défense. Chez les individus qui succombent aux morsures des serpents à sonnettes, si communs au Paraguay, et qui sont de tous les animaux venimeux ceux dont les morsures déterminent les accidents les plus graves, on ne trouve habituellement que de la congestion sanguine dans les principaux viscères. On dit pourtant que lorsque les individus qui ont été mordus par eux ne meurent que huit jours après, on observe des ramollissements partiels dans la moelle et le cerveau de chacun d’eux, mais ce fait n’est pas péremptoirement démontré.
« Il y a une raison particulière de la dissipation du sang, tirée de la nourriture.
« Les parties de notre corps doivent bien avoir quelque consistance ; mais si elles n’avaient aussi quelque mollesse, elles ne seraient pas assez ma-
(1) On dit aujourd’hui l’expérimentation.
niables, ni assez pliantes pour faciliter le mouvement. Étant donc, comme elles sont, assez tendres, elles se dissipent et se consument facilement, tant par leur propre chaleur que par la perpétuelle agitation des corps qui les environnent. C’est pour cela qu’un corps mort, par la seule agitation de l’air auquel il est exposé, se corrompt et se pourrit. Car l’air ainsi agité, ébranlant ce corps mort, par le dehors, et s’insinuant dans les pores par sa subtilité, à la fin l’altère et le dissout. Le même (1) arriverait à un corps vivant, s’il n’était réparé par la nourriture. Ce renouvellement des chairs et des autres parties du corps paraît principalement dans la guérison des blessures, qu’on voit se fermer, et en même temps les chairs revenir par une assez prompte régénération. »
La chaleur résultant des oxydations qui s’accomplissent dans les profondeurs de l’organisme, est d’une part nécessaire àl’ entretien et à la conservation de la vie et c’est seulement quand elle devient excessive, comme dans certaines fièvres, la fièvre typhoïde par exemple, qu’elle devient nuisible et qu’on s'efforce de l'abaisser au moyen d’une alimentation et d’une médication appropriées (diète, bains froids, sulfate de quinine, etc.). Ce n’est pas, d’autre part, à l’agitation de l’air qui ébranle le corps, mais à l’action chimique de cet air et à la réaction des éléments anatomiques les uns sur les autres, qu’est attribuée de nos jours la putréfaction.
« Quand notre chair est ou écorchée ou percée par quelque chose d’aigu, une humeur âcre et maligne se jette sur quelque partie nerveuse, la picote, la presse, la déchire. »
La lymphe plastique qui s’épanche dans une plaie loin d’être âcre et maligne, d’en picoter et d’en déchirer les filets nerveux lui fournit, au contraire, les élé-
(1) Pour la même chose.
ments nécessaires à sa réparation (1). Les anciens physiologistes et les anciens pathologistes étaient à tort persuadés que le picottement des humeurs et des sucs fermentifs âcres resserrait les viscères et nuisait à la cicatrisation des plaies.
« D’autres ont été jetés par terre par le vent du boulet. »
C’est un préjugé assez généralement répandu que le vent du boulet est capable non seulement de renverser un soldat mais encore de produire les lésions les plus graves et même la mort. Cette erreur vient de ce que, dans des batailles, on a constaté des cas de mort sans blessure appréciable. Si le vent du boulet pouvait causer des désordres organiques mortels comment se ferait-il que tant de fois des combattants, gradés ou non, ont eu leur plumet, leur chapeau, leurs épaulettes, leurs armes et même leurs cheveux emportés sans qu’ils aient été jetés à terre et sans qu’ils aient pâti ?
Des militaires ont eu le bout du nez enlevé sans que la respiration ait été gênée et le bout de l’oreille sans que l’ouïe ait été altérée le moins du monde. La vérité est que dans ces prétendues contusions déterminées par la pression de l’air, le boulet touche réellement le corps, mais la souplesse de la peau, l’élasticité des tissus, l’obliquité avec laquelle le projectile frappe, toutes ces circonstances font que, malgré la violence du choc, les téguments ne sont pas déchirés ni ecchymosés. Souvent, dans ces cas, les os sont fracturés, les organes parenchymateux réduits en bouillie, etc.
(1) Bossuet a été mieux inspiré lorsqu’il a expliqué de la sorte (De la connaissance de Dieu et de soi-même, ch. II, art. 7) le mode de réparation des fractures osseuses : * Les os sont d’une substance sèche et dure, incapable de se courber, et qui peut être cassée plutôt que fléchie. Mais quand ils sont cassés, ils peuvent être facilement remis, et la nature y jette une glaire, comme une espèce de soudure, qui fait qu’ils se reprennent plus solidement que jamais. »
En résumé, la légende du vent du boulet a vécu comme a vécu aussi celle de l’empoisonnement des plaies par armes à feu, détruite par A. Paré qui n’employa plus pour chasser le venin de ces plaies, les cautérisations au fer rouge ou à l’huile bouillante, moyens thérapeutiques si chers à ses prédécesseurs, les Braunschweig, de Strasbourg, et les Jean de Vigo (1).
Les erreurs anatomiques, physiologistes et médicales dont je viens de faire mention, ainsi que toutes les autres qu’on rencontre dans La connaissance de Dieu et de soi-même , n’en étaient pas, toutefois, à l'époque radieuse du nec piuribus impcir. Parlons net. Bossuet a aimé autant que Descartes et Rabelais, élevé, lui aussi, dans l’ombre, la paix et le silence des cloîtres, la médecine sans laquelle « n’est la vie, vie n’est la vie vivable(2) », et surtout l’anatomie et la physiologie sans lesquelles elle n’est qu’un pur empirisme ou un charlatanisme éhonté, mais les explications, alors fournies, de la calorification animale, des battements du cœur, de la digestion stomacale, de la structure des nerfs, etc., n’ont pas satisfait aussi pleinement l’illustre évêque meldois, intronisé par hasard anatomiste et physiologiste, qu’un de ces vieux médecins du collège de Saint-Luc, qui,
Habit long fait d’un damas à fleurs,
(Hormis son long manteau fait de simple étamine),
Une barbe eu trapèze tombant sur sa poitrine,
Sur sa teste pointue un ample et vieux castor Faisant une gouttière en l’un et l’autre bord, — (3)
(t) Pour ce qui est de la perte pendant un temps plus ou moins long de la parole, de l’ouïe, etc., attribuée aussi jadis au vent du boulet, il faut en chercher l’explication dans les 'phénomènes inhibiteurs de la peur qui plane en souveraine sur les champs de bataille.
(2) Rabelais.
(3) Furetière. Poésies diverses. Le Médecin pédant. Paris, 1655.
UOSSUET ANATOMISTE
s’en allait, entiché de la noblesse et de la dignité (1) de son art et « avec une baguette en main haut élevée » et monté sur « mule pigmée (2), » de malades en malades, ordonner en employant, pour les émerveiller et terroriser, des mots latins techniques et barbares, et en échange de bons petits écus blancs, à l’un, pour combattre sa fièvre, hypericon (3), agaric (4), polygone (5) ; à l’autre, pour ôter de ses reins la trop grande cuisson, de la tisane de scolopendre (6) ; à un troisième, pour soulager ses douleurs, une saignée de la veine médiane, un clystère avec catholicon Ç7) et un purgatif de casse (8) en bolus (9).
Il a reconnu en ces termes que si la médecine n’est qu’un art, elle est le premier des arts, et avant Velpeau et Verneuil(lO), que la chirurgie, sur laquelle elle a le pas, doit être et demeurer médicale
(1) Ils n’étaient pas cent cinquante dans Paris où ils formaient un corps très fermé, très jaloux de ses prérogatives, et faisaient du bruit comme quinze cents avec leurs discussions sur la circulation, la saignée et l’antimoine.
(2) Une mule de petite taille.
(3) Hi/pericum perforatum, L. Millepertuis.
(4) Agaric blanc. Polypore du mélèze ( Pohjporus officinalis). Fr. Thibault Lespleigney, apothicaire à Tours, a chanté l’agaric dans son Promptuaire des médecines simples en rithme joi/euse, publié pour la première fois en 1538 (nouvelle édition par Paul Dorveaux, Paris 1899, p. 7).
(5) Polygonum aviculare L. renouée, traînasse, centinode.
(6) Scolopendre qui est masculin dans Le Médecin pédant est féminin dans le Dictionnaire universel de Furetiére : « C’est, a-t-il écrit, une herbe médicinale que le vulgaire appelle langue de cerf. »
(7) Du grec xa SMxoç, sorte de remède ainsi appelé ou de la multitude des ingrédients qui le composent ou de ce que, suivant les Anciens, il était propre à purger toutes les humeurs.
(8) La Casse est le fruit du Cassia fistula, grand arbre de la famille des Légumineuses, section des Cassiées, qui croit dans les pays chauds. La pulpe de Casse est très légèrement laxative.
(9) « Bolus, lit-on à la page 10 de la Pharmacopée universelle de Nicolas Lemeuy (Paris, 1697), est un mélange de plusieurs drogues médicinales réduites en consistance d'opiate qu’on divise en morceaux longuets de la grosseur d’une amande, et qu’on fait avaler sans mâcher pour en éviter le goût. »
(10) Velpeau. Th. inaug., Verne uil. De l’influence des traumatismes sur les diathèses.
dans son essence : « La fin fait le mérite et la dignité de toutes les choses humaines. Un art est plus noble qu’un autre, quand la fin est excellente. Par exemple la médecine qui a pour fin de conserver le corps, est plus noble que la peinture ou la sculpture, qui ne fait qu’en représenter l’image.
« C’est de la fin aussi que se tire la subordination de tous les arts. Un art est subordonné à un autre, quand la fin se rapporte à celle d’un autre. Par exemple la chirurgie est subordonnée à la médecine, parce que la guérison d’une plaie, qui est la fin de la chirurgie, se rapporte à la bonne constitution de tout le corps, que la médecine a pour objet. — Ainsi, l’art de la coupe des pierres est subordonné à l’architecture ; — la grammaire, qui apprend à construire les mots, est subordonnée à la rhétorique, qui a pour but de persuader fl). »
Puis, après avoir avancé que « le cœur étant extrêmement chaud le sang s’y échauffe et s’y dilate comme dans un vaisseau déjà échauffé », il s’est empressé de donner à cette phrase la suivante comme correctif :
« Il y a beaucoup de chaleur dans le cœur, mais ceux qui ont ouvert des animaux vivants, assurent qu’ils ne la ressentent moins grande dans les autres parties. »
Il ne s’en est même pas tenu à ce correctif, il s’est demandé s’il ne fallait pas attribuer à une autre cause qu’à la chaleur du cœur, celle du sang. « Si la chaleur du cœur, qu’on ne trouve guère plus grande que celle des autres parties, ne suffit pas pour cela, a-t-il poursuivi (2), on y peut ajouter
(1) Métaphyse ou Traité des Causes. L’authencité de ce traite ne peut pas plus être contestée que celle De la connaissance de Dieu et de soi-même. Quoiqu’il ait été publié pour la première fois vers la fin du XIX8 siècle, on suit ses traces jusque dans le précédent et jusqu’au temps de Bossuet. S’il n'en a pas fait mention dans sa Lettre au pape Innocent XI, il y a renvoyé dans sa Logique.
(â) De la connaissance de Dieu et de soi-même, Ch. II, art- 9-
deux choses : l’une que le sang soit composé, ou en tout ou en partie, d’une matière de la nature de celles qui s’échauffent par le mouvement. Et déjà on le voit fort mêlé de bile, matière si aisée à échauffer ; et peut-être que le sang même, dans sa propre substance, tient de cette qualité : de sorte qu’étant, comme il est continuellement battu, premièrement par le cœur, et ensuite par les artères, il vient à un degré de chaleur considérable.
« L’autre chose qu’on peut dire, est qu’il se fait dans le cœur une fermentation du sang.
« On appelle fermentation, lorsqu’une matière s’enfle par une espèce de bouillonnement, c’est-à-dire par la dilatation de ses parties intérieures. Ce bouillonnement se fait par le mélange d’une autre mat ière qui se répand et s’insinue entre les parties de celle qui est fermentée, et qui, les poussant du dedans au dehors, leur donne une plus grande circonférence. C’est ainsique le levain enfle la pâte.
« On peut donc penser que le cœur mêle dans le sang une matière, quelle qu’elle soit, capable de le fermenter ; ou même, sans chercher plus loin, qu’ après que l’artère a reçu le sang que le cœur y pousse, quelque partie restée dans le cœur, sert de ferment au nouveau sang que la veine y décharge aussitôt après, comme un peu de vieille pâte aigrie fermente et enfle la nouvelle. »
Il a, enfin, d’accord avec Sténon et contrairement a ce qui a été soutenu un certain temps encore après lui dans les Traités d’anatomie classiques, affirmé catégoriquement que le cœur est un muscle (1).
Et on est d’autant plus surpris de ces propositions que le philosophe dont le marbre glorieux se dresse dans le square du Musée de la ville de Tours et sur les œuvres duquel Bossuet s’est si fréquemment penché, a écrit: « que le cœur est aussi ardent qu'un fer embrasé », qu’il a même invoqué cet état incan-
(1) Gf. plus loin, Structure du cœur.
descent naturel et constant de l’organe central de la circulation pour fournir de la cause de sa contraction une explication qui ne concorde pas avec celle de Harvey (1), et que dans Y Anatomie du covps
, (*) Descartes a aussi bien compris, je le redis, la manière dont s effectue le cours du sang dans le cœur que dans les artères et les capillaires. Les deux vœux ci-contre qu’il a émis dans le Discours de la méthode sont très démonstratifs à cet égard : « Je voudrais que ceux qui ne sont point versés en l’anatomie prissent la peine, avant que de lire ceci, de faire couper devant eux le cœur de quelque grand animal qui ait des poumons, car il est en tout assez semblable a celui de l’homme, et qu’ils se lissent montrer les deux chambres ou concavités qui y sont: premièrement celle qui est dans son côté droit, à laquelle répondent deux tuyaux fort larges ; a savoir . la veine cave qui est le principal réceptacle du sang, et comme le tronc de l’arbre dont toutes les autres veines du corps sont les branches; et la veine artérieuse, qui a été ainsi mal nommée pour ce que c’est, en effet, une artère, laquelle prenant son origine du cœur se divise après en être sortie en plusieurs branches qui vont se répandre partout dans les poumons, puis celle qui est dans son coté gauche, à laquelle répondent en même façon deux tuyaux qui sont autant ou plus larges que les précédents ; à savoir : lartere veineuse qui a été aussi mal nommée, à cause qu’elle n est autre chose qu’une veine, laquelle vient des poumons où elle est di visée en plusieurs branches entrelacées avec celles de la veine arterieuse et celle de ce conduit que l’on nomme Je sifflet par où entre la respiration: et la grande artère, qui sortant du cœur envoie ses branches par tout le corps. Je voudrais aussi qu’on leur sol^I)eusem0ot les onze petites peau?; qui, comme autant de petites portes, ouvrent et ferment les quatre ouvertures qui sont en ces deux concavités à savoir : trois à l’entrée de la veine cave ou elles sont tellement disposées qu’elles ne peuvent aucunement empecher que le sang qu’elle contient ne coule dans la cavité droite du coeur et toutefois empêchent exactement qu’il n’en puisse sortir • .rois a l entree de la veine artérielle, qui étant disposées tout au contraire, permettent bien au sang qui est dans cette concavité de passer dans les poumons, mais non pas à celui qui est dans les poumons d y retourner et ainsi deux autres à l’entrée de l’artère veineuse, qui laissent couler le sang des poumons vers la concavité gauche du cœur, mais s’opposent à son retour; et trois à 1 entree de la grande artere qui lui permettront de sortir du cœur mais 1 empechent d y retourner. »
Mais ignorant malheureusement, d’une part, que le cœur arraché de la Poitrine, et par conséquent vide de sang et soustrait à l’intluence cérébro-spinale, continue de battre en vertu de la propriété dite irritabilité, inhérente à ses fibres et découverte seulement au cours du siecle dernier par Haller, et porté par ses goûts, d’autre
part, a recounra !a mécanique pour chercher à déterminer la cause
taHnnhï°.méafS c°smi(ïues> Descartes a expliqué de la sorte ladilatat‘?“ le ret,ra,t alternatif des parois des cavités cardiaques :
Dilate par « la chaleur du feu sans lumière » propre au cœur,
humain , de Diemerbroeck (t. II, p. 53. Lyon MDCCXVII, traduction française de Prost) qui est un ouvrage d’anatomie des plus estimés et bien postérieur à La connaissance de Dieu et de soimême on lit : « Le cœur est le prince de tous les viscères, le soleil du petit Monde, la source de la chaleur et des esprits vitaux... Si on met le doigt dans le cœur d’un animal ouvert vif on ressent une chaleur si considérable qu’on n’en peut trouver une semblable en aucune autre partie. »
D’après le jeu des artères il a soupçonné la présence dans leurs parois des libres élastiques et des fibres musculaires lisses, destinées, les premières à régulariser le cours du sang dans les grosses artères, l’aorte, l’artère pulmonaire, les carotides, etc., où elles sont plus abondantes que dans les petites, et les secondes à en faciliter le cours dans les petites. « Ce qui aide le plus à la circulation du sang, a-t-il observé, c’est que les artères ont un battement continuel, semblable à celui du cœur, et qui le suit : c’est ce qui s’appelle le pouls (1).
« Et il est aisé d’entendre que les artères doivent s’enfler au battement du cœur, qui jette du sang dedans; mais, outre cela, on a remarqué que, parleur composition, elles ont, comme le cœur, un battement qui leur est propre.
« On peut entendre ce battement, ou en supposant que leurs fibres, une fois enflées par le sang que le
le sang rouge en distend les parois, refoule les valvules artérielles qui s’ouvrent en dehors et s’introduit dans les artères. Après sa sortie le cœur, revenant spontanément sur lui-même, donne accès au sang noir qui repousse les valvules veineuses qui s’ouvrent en dehors.
Cette théorie, très ingénieuse, ne résiste pas à l’observation. Comme l’a parfaitement reconnu Harvey, ce n’est pas pendant la diastole que le sang rouge s’échappe du cœur et ce n’est pas la pression excentrique du sang volatilisé sur les parois du cœur incandescent qui en provoque la distension. Le cœur se contracte et se dilate véritablement. Ce n’est pas un organe passif, mais un organe actif.
(1) Du latin puisas, de pulsare, battre.
cœur y jette, font sur elles-mêmes une espèce de ressort, ou qu'elles sont tournées (1) de sorte qu'elles se remuent comme le cœur même à la manière des muscles.
« Quoi qu’il en soit, l’artère peut être considérée comme un cœur répandu partout, pour battre le sang et le pousser en avant; et comme un ressort ou un muscle monté, pour ainsi parler, sur le mouvement du cœur, et qui doit battre en même cadence. »
D’accord avec Descartes (2) mais encore en désac-
(1) Dans le sens de conformées, façonnées au tour. On dit encore aujourd’hui d’un homme bien fait, qu’il est bien tourné.
(2) Dans les premières pages du De homine où il a traité de la digestion, Descartes a passé sous silence la mastication et l’imbibition des aliments par la salive dont a parlé Bossuet, mais il a écrit: « Les viandes se digèrent dans l’estomac par la force de certaines liqueurs qui, se glissant entre leurs parties, les séparent, les agitent et les échauffent, ainsi que l’eau commune fait celles de la chaux vive, ou l’eau forte celles des métaux... Et sachez que l’agitation que reçoivent les petites parties de ces viandes en s’échauffant, jointe à celle de l’estomac et des boyaux qui les contiennent et à la disposition des petits filets dont ces boyaux sont composés, fait qu’à mesure qu’elles se digèrent elles descendent peu à peu vers le conduit par où les plus grossières d’entre elles doivent sortir. »
Il est bien encore question dans ces lignes d’une coction des aliments dans l’estomac, mais cette coction n’est plus, ainsique dans l’ancienne physiologie, attribuée à la faculté concoctrice de l’estomac, facilitas concoquens, envisagée comme une propriété abstraite, mais à des causes toutes physiques, à la chaleur du sang et à l’élévation de température produite par la fermentation des aliments au contact du suc gastrique. C’est au suc gastrique que Descartes a fait jouer le principal rôle dans la digestion stomacale, et s’il n’a pas dit, comme Van Helmont, que ce suc est acide, il l’a donné a entendre par la comparaison qu’il en a faite avec l’eau forte, et que lui a empruntée probablement Bossuet.
Il n’a pas découvert ni le suc gastrique ni la circulation du sang, mais il a eu, avec l’évêque de Meaux qui l’a pris si souvent pour guide, le mérite de reconnaître et de vulgariser la vérité. De leur temps, on le sait, les recherches de Harvey sur la circulation du sang étaient mal appréciées et celles de Van Helmont, tombées dans le plus complet oubli. 11 n’est même pas démontré qu’ils aient eu, l’un ou l’autre, connaissance de celles de Van Helmont.
Les théories galénistes de la digestion voulaient encore que les aliments, avant d’être transformés en un sang subtil dans le cœur, fussent transformés en chyle dans l’estomac par une première coc-
cord avec ses contemporains, Bossuet a admis que la digestion stomacale n’est pas seulement le résultat de la coction des matières alimentaires dans l’estomac, mais, à la fois, de leur coction dans l’estomac et de leur ramollissement et de leur dissolution par les sucs salivaires et gastriques.
Les lignes ci-contre que je lui emprunte et dont j’ai déjà reproduit quelques-unes ne laissent aussi aucun doute à ce propos :
« Qui voudra dire que les dents ne sont pas placées dans la bouche pour rompre la nourriture et la rendre capable d’entrer, que les eaux qui coulent dessus ne sont pas propres à la ramollir et ne viennent pas pour cela à point nommé que l’es-
tomac et les eaux qu’il jette par ses glandes ne sont pas faits pour préparer par la digestion la formation du sang?...
« L’aliment commence premièrement à s’amollir dans la bouche par le moyen de certaines eaux épreintes (1) des glandes qui y aboutissent (2). Ces eaux détrempent les viandes et font qu’elles peuvent être plus facilement broyées par les mâchoires, ce qui est un commencement de digestion.
« De là elles sont portées par l’œsophage dans l’estomac où coulent dessus d’autres sortes d’eaux épreintes d’autres glandes, qui se voient en nombre infini dans l’estomac même. Par le moyen de ces eaux, et à la faveur de la chaleur du foie, les viandes se cuisent dans l’estomac, à peu près comme elles feraient dans une marmite mise sur le feu ; ce qui se fait d’autant plus facilement que
tion, en sang impur dans le foie par une seconde coction, en sang pur par l’absorption de la bile et de l’atrabile par la vésicule biliaire et la rate.
(t) Du verbe épreindre (en latin exprimere, de la particule extractive esc et dej oremere, presser), faire sortir quelque jus ou quelque suc en pressant.
(2) Les glandes qui secrétent la salive, les glandes parotides, sous-maxillaires et sublingales, au nombre de six dont trois siègent à droite de la bouche et trois à gauche.
ces eaux de l’estomac sont de la nature des eaux fortes (l);car elles ont la vertu d’inciser les viandes, et les coupent si menues qu’il n’y a plus rien de l’ancienne forme.
« C’est ce qui s’appelle la digestion, qui n’est autre chose que l’altération que souffre l’aliment dans l’estomac, pour être disposé à s’incorporer à l’animal.
« Cette matière digérée blanchit et devient comme liquide : c’est ce qui s’appelle le cliyle (2).
« Il est porté de l’estomac au boyau qui est audessous, et où se commence la séparation du pur et de l’impur, laquelle se continue tout le long des intestins...
« La douleur de la faim et de la soif vient de ce que le gosier desséché se resserre et tire les nerfs ou de ce que les eaux fortes que l’estomac envoie
(1) A la fin du xvie siècle et dans le xvne, Paracelse et Van Helmont mentionnèrent le rôle que jouent dans la plupart des fonctions organiques et les maladies, les fermentations et les réactions chimiques. Vau Helmont constata non seulement, ainsi que je l’ai noté il y a un instant, l’existence du suc gastrique, mais encore son acidité, son action dissolvante sur les aliments et sa neutralisation par la bile. Selon lui il y a six temps dans la digestion ou plutôt six espèces de digestion : une première digestion opérée par l’Arcliée dans l’estomac à l’aide du suc gastrique ; une seconde dans le duodénum où la bile convertit en sels alcalins les acides venus de l’estomac; une troisième, commençant dans les vaisseaux du mésentère et se terminant dans le foie par le mélange du chyle avec le sang veineux ; une quatrième qui a lieu dans le cœur où le sang veineux, de noir qu'il était, passe au rouge et devient plus volatil ; une cinquième, consistant dans la transformation du sang artériel en esprit vital, transmutation qui s’opère principalement au cerveau; enfin, une sixième digestion qui s’opère dans chaque membre pour sa nutrition. ( Orlus medicinæ. sextupl. digesl.)
Le suc gastrique contient des acides puissants, libres ou combinés à des bases, et sans lesquels la digestion stomacale ne peut s’accomplir ou ne s’accomplit qu’imparfaitement, savoir l’acide lactique, l’acide chlorydrique, etc. La secrétion en trop petite quantité ou en quantité exagérée, de l’acide chlorhydrique par la muqueuse de l’estomac, engendre les deux maladies qualifiées hypochlorhydrie et hyperchlorhydrie.
(2) Pour distinguer la digestion stomacale de la digestion intestinale on appelle aujourd’hui la première, chymification (du grec, yyyos, bouillie homogène et grisâtre) et la seconde, chylification du grec xùloi, humeur épaisse, suc laiteux semblable à de la (crème)
dans son fond pour y faire la digestion des viandes se tournent contre lui (1) et piquent les nerfs jusqu’à ce qu’on leur ait donné, en mangeant, une matière plus propre à les exercer....
« Les viandes frappent l’œil et l’odorat et le
plaisir de manger remplit l’imagination l’eau
vient à la bouche, et on sait que cette eau est propre à ramollir les viandes, à en exprimer le suc, à nous les faire avaler ; d’autres eaux s’apprêtent dans l’estomac, et déjà elles le picotent; tout se prépare à la digestion
« C’est ce qui fait dire ordinairement que l’appétit facilite la digestion : non qu’un désir puisse de soimême inciser les viandes, les cuire et les digérer ; mais c’est que ce désir vient dans le temps que tout est prêt dans le corps à la digestion.
« Et qui verrait un homme affamé en présence de la nourriture offerte après un long temps, verrait ce que peut l’objet présent, et comme tout le corps se tourne à le saisir et à l’engloutir. »
(i) Les Anciens ayant remarqué que les acides, le vinaigre entre autres, excitaient l’appétit, ont cru que celui-ci était, ainsi que la soif, provoqué (Je copie Diemerbroeck, loc. cit. supra, t. I, p. 55) «par des sucs acides portés de la rateau ventricule parle vaisseau veineux court. Mais cette opinion a été entièrement détruite parles recherches des anatomistes de ce temps, qui font voir dans les animaux vivants, que véritablement il descend bien du sang par ce vaisseau court, du ventricule vers la rate, et qu’il est bien versé dans le rameau splèmique, mais qu’il n’en remonte point de la rate au ventricule. » Ce vaisseau veineux court est une des racines de la veine splénique qui se jette dans la veine porte.
La faim et lasoif ont été attribuées tour à tour au resserrement du gosier desséché, à l’irritation de la muqueuse stomacale par le suc gastrique, au frottement douloureux et à la contraction fatigante des parois de l’estomac, aux tiraillements que le foie et la rate qui ne peuvent plus s’appuyer sur l’estomac, exercent sur le diaphragme, etc.
Xenomanes, affamé, demande à Pantagruel (1. IV, ch. L XIII) : « manière d’équilibrer et balancer la cornemuse de l’estomach, de mode qu’elle ne penche poinct plus d’un costé que de l’autre? »
On dit encore avoir des tiraillements d’estomac, pour avoir faim et avoir le gosier sec pour avoir soif. Il est plus que probable que la faim et la soif, qui sont des sentiments instinctifs de conservation, ont, comme le besoin de respirer, leur siège dans le système nerveux central.
SES CONNAISSANCES ANATOMO-PIIYSIOI.OGIQUES 73
Et sans vouloir faire de Bossuet un précurseur de la physiologie moderne il est permis cependant de remarquer avec quel empressement et quelle assurance il a pris parti pour les Circulciteurs contre les Anticirculaieurs (1) et avec quelle insistance il s’est étonné du grand nombre de choses auxquelles sert la respiration : « à rafraîchir le cœur et le sang, à entraîner avec elle, et pousser dehors les fumées qu’excite la chaleur du cœur, à fournir l’air dont se forme la voix et la parole, à aider par l’air qu’elle attire, à la génération des esprits, à pousser le chyle des entrailles dans les veines lactées, de là dans la glande du mésentère, ensuite dans le réservoir et le canal de Pecquet, et enfin dans la sous-clavière ; et
(1) Avant, par conséquent, que Molière eût livré aux rires du parterre dans le Malade imaginaire (1673) Thomas Diafoirus, en lui faisant faire, en ces termes, l’éloge de son fils, « auteur d’une belle thèse à images contre les Girculateurs :
« Sur toute chose ce qui me plaît en lui et en quoi il suit mon exemple, c’est qu’il s’attache aveuglément aux opinions de nos Anciens et que jamais il n’a voulu comprendre ni écouter les raisons et les expériences des prétendues découvertes de notre siècle touchant la circulation du sang et autres opinions de la même farine. »
Avant, par conséquent aussi que Boileau eût rédigé, en collaboration avec le spirituel médecin Bernier, l’arrêt burlesque (1675) dont je transcris les principaux passages:
« Attendu :
« Qu’une inconnue nommée la Raison, par une procédure nulle de toute nullité aurait attribué audit cœur la charge de recevoir le chyle appartenant ci-devant au foie ; comme aussi de faire voiturer le sang par tout le corps, avec plein pouvoir audit sang d’y vaguer, errer et circuler impunément par les veines et les artères ; n’ayant aucun droit ni titre pour faire lesdites vexations que la seule expérience dont le témoignage n’a jamais été reçu dans lesdites Ecoles.
« La Cour ;
« Ordonne au chyle d’aller droit au foie sans plus passer par le cœur, et au foie de le recevoir;
« Fait défense au sang d’être plus vagabond, errer et circuler dans le corps, sous peine d’être entièrement livré et abandonné à la Faculté de Médecine
« Et a tin qu’à l’avenir il n’y soit contrevenu a banni à perpétuité la Raison des Ecoles de ladite Faculté: lui fait défense d’y entrer, y troubler ni inquiéter Aristote en la possession et jouissance d’icelles, sous peine d’être déclarée janséniste et ami des nouveautés. »
en même temps, à faciliter l’éjection des excréments, toujours en pressant les intestins. »
Mais, après tout, cette insistance n’est-elle pas expliquée quand on sait :
1° Que dans les œuvres de Duverney figure cette phrase : « La principale fonction du poumon est d’imprégner le sang d’air et de le rendre par là plus capable de porter partout l’aliment, la vie et la chaleur » ;
2° Que c’est, par conséquent, le maître d’anatomie et de physiologie du dauphin, fils de Louis XIV, et de son précepteur ecclésiastique, de septembre 1670 à janvier 1680, qui a eu, le premier, la prévision de génie dont Lavoisier a prouvé plus tard l’exactitude : que la respiration n’est qu’une oxydation ;
3° Que Descartes, après avoir parlé de la respiration à peu près dans les mêmes termes que ses contemporains, s’est contredit en écrivant dans son traité De l'homme : « L’air de la respiration se mêlant aussi en quelque façon avec le sang avant qu’il entre dans la concavité gauche du cœur, fait qu’il s’y embrase plus fort et y produit des esprits plus vifs et plus agités. » Le texte du puissant philosophe lahayen (1) n’est certes pas si explicite que celui de Duverney ; il n’en contient pas moins en germe, lui aussi, une indication du mode de production des phénomènes chimiques de la respiration.
Pendant que maints savants niaient encore l’existence d’une substance médullaire dans les nerfs, Bossuet, tout en reconnaissant, que « les nerfs sont creux en dedans, en forme de petits tuyaux, et que c’est par eux que se fait la conduite des esprits
(1) Aujourd’hui ou appelle encore indifféremment les habitants de La Haye, en Touraine, ouest né Descartes, les Lahayens et les Cartésiens. Cartésiens parce qu’on a ajouté depuis déjà un certain temps le nom de Descartes à celui de La Haye.
par tout le corps. » (1) Bossuet, dis-je, a ajouté « que leur cavité est remplie d’une certaine moelle qu’on dit être de même nature que le cerveau, et à travers de laquelle les esprits peuvent aisément continuer leur cours, parce qu’elle est rare et poreuse. »
lia connu et parlé de cette manière des vaisseaux nourriciers des artères et des veines ou vasa vasorum insoupçonnés pour ainsi dire de son temps : « Les artères et les veines sont des vaisseaux qui portent par tout le corps pour en nourrir toutes les parties, cette liqueur qu'on appelle le sang ; de sorte qu’elles-mêmes pour être nourries, sont
(1) Les anciens anatomistes croyaient que les nerfs étaient de petits tubes, pourvus de valvules ou soupapes, dans lesquels circulaient ces corpuscules d’une ténacité et d’une subtilité extrêmes appelés esprits animaux. Ambroise Paré a défini les nerfs : « les voies et instruments ou organes de l’esprit animal et des facultés portées par iceux. » Regius a enseigné ( Philosophie naturelle, ch. 26, 1. IV) que les nerfs étaient munis de valvules dans toute l’étendue de leur trajet et Descartes (De l’homme) seulement dans les points où ils se divisent en plusieurs rameaux pour pénétrer dans les muscles (a). L’opinion que les nerfs étaient creux a même persisté longtemps après la découverte du microscope. Gela tient à ce que les fibres nerveuses examinées, à l’état frais, au microscope, apparaissent comme des cylindres réguliers, clairs et transparents, dans lesquels on distingue une partie centrale qui devient largement obscure quand on éloigne l’objectif, et, de chaque côté, une bordure, qui paraît brillante dans les mêmes conditions. Aujourd’hui encore on appelle communément les nerfs, tubes nerveux, malgré l’erreur que consacre cette dénomination.
Les fibres nerveuses sont, en effet, composées : i° d’un filament central très tenu, chargé de conduire le fluide nerveux (cylindreaxe) ; 2° d’une gaine isolante formée par une matière grasse (myéline ou moelle des nerfs) entourant ce filament ; 3° d’une enveloppe élastique, transparente, périphérique. La partie obscure des fibres nerveuses étudiée au microscope, ainsi qu’il vient 'd’être dit, répond au cylindre-axe, la partie claire à la gaine médullaire.
(a) Et ainsi s’explique la comparaison de maître François ; « les nerfs comme un robinet », à laquelle personne n’avait rien compris avant moi (Cf. mon Kabelais anatomiste et physiologiste, Tours, 1899, p. 288 et suiv.) et vraisemblablement aussi le nom de fontainier de la machine animale donné par Descartes à l’âme qui agit sur la machine animale au moyen des esprits qui s’introduisent dans les nerfs de cette machine, et en font jouer les soupapes.
pleines d’autres petites artères et d’autres petites veines et celles-là d’autres encore jusqu’au terme que Dieu seul peut savoir. »
Nous naissons dans les ténèbres de l’ignorance, et la meilleure instruction ne les dissipe que dans une faible mesure, mais elle nous empêche d’y ajouter beaucoup de faux préjugés en donnant à nos pensées et à nos raisonnements de la justesse et de l’exactitude. Heureux ceux dont les premiers pas sur la route sans terme, pour me servir d’une expression chère au chantre d’Elvire, sont soutenus par des guides sûrs et dévoués. Bossuet a été sous ce rapport servi d’une façon toute spéciale par les circonstances. Il avait déjà trouvé, dans Duverney, un professeur hors de pair, et le medicus celer atque fidelis, réclamé par le poète latin, quand il fut choisi comme directeur de conscience parle maître de celui-ci, par Stenson (1), plus connu sous le nom de Sténon, tourmenté par des doutes qui lui étaient venus au sujet du luthérianisme dans lequel il était né et avait été élevé. Ultérieurement, enfin, il servit de père et de parrain, au petit-fils de Stenson qui fut également un anatomiste célèbre, membre de l’Académie des
(I) Nicolas Stenson qui habita successivement la Hollande, la France et l’Italie, abjura publiquement, en 1672, le lutbérianisme entre les mains de Bossuet, embrassa ensuite l’état ecclésiastique et fut nommé, en 1677, par Innocent XI, évêque in partibus et vicaire apostolique pour les pays du Nord. Il avait commencé par être professeur royal d’anatomie à l’Université de Copenhague. Ce ne fut qu 'après sa conversion au catholicisme et avoir été nommé « presbyter et episcopus in partibus infidelium » qu’il prit le nom de Sténon.
Les deux ouvertures latérales du canal palatin antérieur sont encore dénommés canaux de Stenson, et le conduit excréteur de la glande parotide, Cognai de Sténon.
Stenson fut avecïhevenot un des fondateurs de l’Académie des sciences. Ses œuvres anatomiques les plus connues sont le De musculis et glandulis Lugd. Batav. 1683 et le De narium vasis in Mangeti. Biblioth. anal. t. II, Genève, 1685 (Cf. Le Double. Un Evêque-médecin. Chronique médicale, 1904).