‹ Bossuet anatomiste et physiologisteChapitre 7 sur 18 · III. « Il est divisé en grand et petit, appelé aussi · texte numérisé non relu

III. « Il est divisé en grand et petit, appelé aussi

(0 J’ai dit précédemment que les anciens anatomistes étaient persuadés que les esprits vitaux, engendrés dans le cœur et chargés de la conservation de la chaleur vitale, se transformaient dans le cerveau en esprits animaux nécessaires au mouvement et au sentiment. Ce que je u’ai pas dit, c’est qu’ils n’étaient pas d’accord sur la région du cerveau où s’opérait cette transformation. Pour P. Laurembergius, D. Sennert ( Institut , 1. I. ch. VII), c’était dans les sinus de la faux du cerveau ; pour F. Sylvius (Disputât, 4 Thés. 18) dans les artères situées à la surface du cerveau et du cervelet; pourBauhin, Hoffmann, Æmilius, Parisianus, etc-, dans le tissu du cerveau; pour And. Du LaureDS, Riolan, Regius, L. Mercatus, dans les ventricules du cerveau, du sang artériel le plus chaud qui s’exhale du plexus choroïde ; pour les Arabes, dans le ventricule moyen seulement qu’ils ont appelé, pour cette raison très principal, principalissimuvi ; pour d’autres, enfin, dans

cervelet. Le premier vers la partie antérieure, et l’autre vers la partie postérieure de la tête.

IV. « La communication de ces deux parties du cerveau est visible par leur structure; mais les dernières observations semblent faire voir : que la partie antérieure... est destinée aux opérations des sens... et que les blessures et les autres maux qui attaquent la partie postérieure, sont plus mortels parce qu’ils vont directement au principe de vie.

V. « On regarde la substance du cerveau ou quelques-unes de ses parties principales comme composées de petits filets qui tiennent aux nerfs, quoi qu’ils soient d’une autre nature, à quoi l’anatomie ne répugne pas, au contraire, et l’analogie des autres parties du corps nous porte à le croire, car les chairs et les muscles qui ne paraissent à nos yeux qu’une masse compacte et confuse, dans une dissection délicate paraissent un amas de petites cordes tournées en différents sens.

le plexus choroïde. Quant à Galien, il a enseigné tour à tour, comme And. Du Laurens, Riolan, etc., que la transformation des esprits vitaux en esprits animaux s’opérait dans les ventricules du cerveau et, comme les Arabes, que cette transformation s’opérait uniquement dans le ventricule moyen (Gf. Galien. De usu partium, 1. Vil, Ch. V 1 1 1 ; De locis affeclis, 1. III, ch. VII et De decrelis Hippocralis et Platonis, 1. VII, ch. III.) Rabelais, plus éclectique encore, a placé le lieu de naissance des esprits animaux dans l’hexagone artériel de Willis, les branches artérielles qui le continuent et les ventricules cérébraux.

A la fin du livre I De l’homme, Descartes a déclaré :

oc) Que les esprits animaux se formaient dans la glande pinéale par l’entremise des artérioles de la toile chroïdienne dans laquelle elle est contenue et dont les parois de chacune desquelles étaient percée de trous ou ouvertures étroites que les plus subtiles parties du sang pouvaient seules traverser.

/3) Que les esprits animaux ne différaient des esprits vitaux « qu’en tant qu’ils étaient des particules extrêmement subliles qui en avaient été tirées et séparées » ;

(y) Que de la glande pinéale les esprits animaux passaient dans les ventricules du cerveau où ils s’accumulaient avant de glisser dans les nerfs.

Plus avisé que les Arabes, P. Du Laurens, Riolan, R. Mercatus, Galien, Rabelais, Descartes, etc-, Bossuet a convenu franchement qu’il était encore impossible de dire ù quoi servent les cavités du cerveau.

VI. « Si on n’observe pas cette distinction de petits filets dans le cerveau des animaux morts, il est aisé de concevoir que l’humidité de cette partie (1) et l’extinction de la chaleur naturelle en est la cause.

VII. « La nature travaille avec tant d’adresse et réduit les corps à des parties si fines et si délicates que l’art ne la peut imiter, ni la vue la plus perçante la suivre dans des divisions si délicates, quelque secours qu’elle cherche dans les verres et les microscopes. Et nous pouvons j uger de la délicatesse des parties de notre cerveau par celle de notre langue. Car la langue des animaux, quelque semblable qu’elle paraisse à la nôtre dans sa masse extérieure, est incapable d’articulation. Et pour faire que la nôtre puisse articuler distinctement tant de sons divers il est aisé de juger de combien de muscles délicats elle a dû être composée. Maintenant il est certain que l’organisationdu cerveau doit être d’autant plus délicate, qu’il y a, sans comparaison, plus d’objets dont il peut recevoir les impressions, qu’il n’y a de sons que la langue puisse articuler. On se trompe quand on assure qu’il n’y a point de différence d’organes entre les hommes et les animaux, car les organes ne consistent pas dans cette masse grossière que nous voyons et que nous touchons. Elle dépend de l’arrangement des parties. »

Deux de ces sept assertions, la seconde et la troisième, pourraient être formulées encore dans les mêmes termes et il n’y a pas tout à reprendre dans les autres, la première et la quatrième exceptées.

(i) Sous le régne du Grand Roi on professait dans les Écoles de médecine que la substance du cerveau qui, à la manière des choses grasses, se fondait plutôt qu’elle ne se répandait ou se dissipait, quoique véritablement elle ne fût pas grasse, était composée « de beaucoup de parties de sel misen fusion et de peu de sulphureuses », et par suite plus humide et moins chaude que celle des autres viscères.

Dans l’édition de 1835 du Dictionnaire français de N. Landais on lit encore au mot humidité : « On dit que le tabac dissipe les humidités du cerveau. »

C’est Aristote qui a écrit, le premier, que c’est l’homme qui a, proportionnellement à sa taille, le plus de cervelle. Il s’est mépris ainsi que l’auguste évêque auquel deux de ses successeurs et leurs ouailles ont dressé récemment dans la cathédrale de Meaux, ce monument, serti de princes et de princesses, ses pénitents, et au sommet duquel il tonne et atteste. Les petits oiseaux chanteurs, la souris, etc., ont proportionnellement à leur taille plus de cervelle que l’homme. G. Cuvier dont j’ai déjà relevé quelques erreurs dans les ouvrages d’anatomie comparée que j’ai publiés jusqu’ici, notamment celle concernant les muscles fessiers, s’est trompé aussi, mais partiellement, en rectifiant de la sorte dans son Règne animal, au chapitre de l’homme, l’affirmation précitée du Stagyrite : « Aucun quadrupède n’approche de l’homme pour la grandeur et les replis des hémisphères du cerveau ; c’est-à-dire de la partie de cet organe qui sert d’instrument principal aux opérations intellectuelles. «Pour les replis, oui; pour la grandeur, non. L’éléphant, la baleine, le dauphin, etc., ont des hémisphères cérébraux plus volumineux que ceux de l’homme. La vérité est, comme l’a démontré mon excellent et savant ami le professeur Manouvrier (1) de l’École d’anthropologie de Paris, que le volume du cerveau s’il dépend de la masse du corps, dépend aussi de l’intelligence et que, dans l’espèce humaine, un intellectuel de petite taille a le cerveau plus développé qu’un idiot de haute stature.

Ce n’est pas dans le cerveau mais au-dessous de lui, dans la partie supérieure renflée de la moelle, la moelle allongée ou bulbe, avec lequel il se continue, et dans la profondeur de la substance grise du plancher du quatrième ventricule que se trouve le centre nerveux (point ou nœud vital) qui préside aux phé-

(1) Manouvrier. Mémoire de la Société d’ Anthropologie de Paris, 1881.

nomènes mécaniques de la respiration (inspiration et expiration) et dont la lésion par une piqûre ou une hémorragie ou la compression par la seconde vertèbre cervicale dans les cas de fracture, de luxation, de tumeur blanche, entraîne, ainsi qu’il appert des expériences de Legallois et de Flourens (1), la cessation subite de la respiration, c’est-à-dire de la vie.

Ceci dit, il ne me reste plus qu’à apprécier la valeur relative des propositions classées sous les numéros V, VI et VII. C’est ce que je vais faire succinctement.

C’est Descartes qui a été amené par le raisonnement à induire (2) que le cerveau était composé d’une infinité de filaments. Ces filaments, Willis les a appelés ultérieurement petits tuyaux ou canelures. Après Willis, Malpighi, un des fondateurs de l’histologie, a mandé dans une lettre à Fracassatus que la portion blanche du cerveau est divisée en très petites fibrilles rondes, légèrement aplaties; qu’il a observé très souvent, au moyen du microscope, ces fibrilles chez les bœufs; que chez les poissons elles sont assez séparées les unes des autres « pour qu’en les opposant au jour on constate qu’elles ressemblent à un peigne ou à des orgues d’église » et que chacune d’elles s’enfonce, en dehors, dans l’écorce cendrée du cerveau où elle s’unit à une très petite glande ovalaire, accotant des vaisseaux détachés de la pie-mère, et de laquelle elle semble tirer

(1) Ces expériences de Legallois et de Flourens ont permis de préciser mieux que ne l’avait fait Galien la situation de ce point ou nœud vital. Il est placé près des noyaux des nerfs, moteurs de la langue (grand hypoglosse, facial inférieur) et des fibres cardiaques du spinal et du pneumogastrique. (Flourens, Recherches expérimentales, sur le système nerveux. Paris, 1842, p. 196). Ce point et les noyaux des nerfs moteurs sont frappés successivement dans la paralysie labio-glosso-laryngée si bien étudiée par Duchenne, de Boulogne: généralement la langue est la première affectée; quelques mois plus tard les muscles du palais sont atteints, puis l’orbiculaire des lèvres; surviennent ensuite des accès de suffocation et des syncopes (Duchenne, de Boulogne. De l’électricité localisée.3' édit. Paris, 1872, p. 564).

(2) Gf. son traité De l’homme.

les matières nécessaires à sa nutrition (1). Dans sa réponse à Malpighi,Fracassatus l’a informé qu’il avait vu la même chose sur des chiens. De sorte que sous le règne du grand Roi on professait dans les Ecoles de médecine que tout le cerveau, à l’exception de sa couche corticale si mince, était formé par des filets entrelacés et liés les uns aux autres en tous sens. Bossuet a cru à la texture fibrillaire du cerveau, des muscles, des parois des vaisseaux, et en outre, ainsi que l’indique également ce passage De la connaissance de Dieu et de soi-même , à celle de la peau et des autres membranes : « La peau et les autres membranes sont aussi un composé de filets très fins dont le tissu est fait de la manière qu’il faut pour donner tout ensemble à ces parties la souplesse et la consistance que demandent les besoins du corps (2) »; mais sa science n’a pas cependant dépassé,

(1) Ce ne sont pas des glandes mais des cellules nerveuses formant plusieurs couches superposées, qui composent presqu’en totalité la substance grise des circonvolutions cérébrales et qui ont été étudiées d’une manière approfondie par un médecin tourangeau illustre, A. Baillarger, né le 25 mars 1809, à Montbazon (Indre-et- Loire) et décédé le 31 décembre 1890 à Paris, après avoir présidé l’Académie de médecine, dirigé à la Salpêtrière un service important et fait, pendant vingt ans, des cours cliniques sur les maladies mentales, suivis assidûment par des savants et des philosophes tels que Béclard, Vulpian, Gratiolet, Broca, Charcot, Potain, Peisse, A. Maury, l’abbè Duquesnel devenu évêque, H. Taine, etc. (Cf-BAiLLARGEU, Structure de la couche corticale du cerveau, Mém. de l’Acad. de médec. de Paris, 1840 ; l’étendue de la surface du cerveau ; le mode de formation du cerveau, etc.)

(2) La même idée se retrouve, avec les développements qu’elle comporte, dans La formation du fœtus ( Œuvres complètes de Descartes, cit. t. IV, p. 261) : « Les parties solides du corps sont composées de petits filets diversement entrelacés » qui, « moins étroitement joints les uns aux autres et plus flexibles dans la première période de la vie, permettent aux particules de matière qui se dégagent du sang de s’interposer entre eux ». Par suite de leur flexibilité même, l’absorption l’emporte sur l’élimination : les particules de matière qui s’appliquent à l’extrémité de ces petits filets font que le corps « croît » et « s’allonge » celles qui trouvent placées dans leurs interstices, que le corps « grossit» et se « fortifie.

« Et pour ce qu'à mesure qu’on vieillit, les petits filets qui composent les parties solides se serrent et s’attachent de plus en plus

ici encore, celle des maîtres-ès-arts de la rue de la Bûcherie puisqu’il a nié la nature nerveuse des filets cérébraux. Au vrai c’était une opinion bien ancrée. Son dernier souffle s’était perdu depuis longtemps dans l’infini mystérieux que les philiâtres de l’Université de Paris et ceux des Universités provinciales françaises s’efforçaient encore, en effet, de retenir ces lignes de Y Anatomie du corps humain de Diemerbroeck (1) : « le cerveau n’a dans sa substance aucun nerf. Car comme il est l’organe général du sentiment, il a fallu nécessairement que celui qui juge de tous les sentimens et de tous les mouvemens animaux, fût lui-même sans sentiment et sans mouvement animal. En effet, s’il en avoit, il lui seroit impossible de bien juger du sentiment, et du mouvement des autres parties, et cela par la raison que chaque sens ne peut être mû que par un seul objet ; comme la vue par l’objet visible, le toucher par l’objet palpable, etc. Si donc le cerveau avoit été doüé de quelque sentiment ou mouvement, l’âme n’aurait pu porter par son moyen un jugement juste d’aucun sentiment ou mouvement ; c’est pourquoi il a été créé sans sentiment et sans mouvement animal, et il n’a aucun nerf en sa substance, quoiqu’elle contienne de très petites fibrilles, à peine visibles, même par l’usage du microscope (on a parlé ci-devant de ces fibrilles) lesquelles sont les origines des nerfs ; que lui-même soit formé de leur assemblage, et que par sa moelle allongée il donne

les uns aux autres, ils parviennent, enfin, à un tel degré de dureté que le corps cesse entièrement de croître, et même aussi qu’il ne peut plus se nourrir ; en sorte qu’il arrive tant de disproportion entre les parties solides et les fluides que la vieillesse seule ôte la vie. »

Il est certain que les parties molles de l’organisme des êtres vivants s’imprégnent à la fin de la vie de sels calcaires et dégraissé, (artério-sclérose, arthrite sèche, etc.) qui entravent les fonctions des organes et suffisent à la longue par causer la mort.

(1) T. II, liv. lit, p. 230. Du ventre supérieur. Les nerfs.

naissance à généralement tous les nerfs du corps (1). C’est aussi pour cela que Galien, au liv. 1 des caus. des sympt. ch. I, dit très à propos que le cerveau a été fait, non pas pour sentir, mais pour donner la force de sentir ; et par la même raison dans le 111 des causes des sympt. il l’a appelé Organe qui n’a point de sentiment. »

Ainsi que l’a écrit le prélat meldois qui fut le suprême représentant et interprète de la France catholique et monarchique d’autrefois et qui ajouta plus que personne à sa vertu et à sa gloire :

«) Il est indispensable de compléter l’examen macroscopique d’un organe par son examen microscopique si on désire avoir des notions plus précises sur sa structure ;

/3) Il est exact que si nous ignorons presque tout de l’arrangement des éléments anatomiques du cerveau, c’est parce qu’ils sont innombrables, d’une finesse extrême, très intriqués et s’altèrent plus vite après la mort que les autres.

Et, cependant, il n’est pas un seul des organes de son corps sur lequel il importerait davantage à l’homme d’être entièrement renseigné. La connaissance des fonctions d’un organe découle, en effet, presque nécessairement de celle de sonmodejde conformation. Pourquoi ignorons-nous tous les usages du thymus, du corps thyroïde, des capsules surrénales, etc. ? Parce que leur structure nous est encore peu connue. Il en est de même du cerveau. Du jour où nous saurons positivement comment il est constitué, la philosophie ne flottera plus entre le spiri-

(d) Etant donné que c’est dam le cerveau que se fabriquaient les esprits animaux qui, par les nerfs, allaient se distribuer, les uns aux organes des sens qui nous mettent en rapport avec le monde extérieur, les autres aux muscles qui nous permettent de nous déplacer, Descartes, Bossuet et Diemerbroeck, étaient nécessairement obligés de faire, comme ils l’ont fait, partir tous les nerfs du cerveau.

tualisme et le matérialisme ou le sensualisme pour me servir d’une expression rajeunie.

Après avoir lu les pages qui précèdent on doit être aussi convaincu que moi que le Prince de l’Eglise qui, par la mâle beauté et la grâce naturelle de son geste et l’onction de son verbe, plein d’étonnantes audaces, bouleversait son auditoire de seigneurs empanachés et de grandes dames en fontange, toute la Cour et le Roi-Soleil lui-même, a eu des connaissances aussi étendues que précises en anatomie et physiologie. Reste a déterminer s’il les a acquises en fréquentant seulement des professionnels, envoyant des pièces anatomiques préparées par eux, en lisant des traités techniques ou en faisant tout cela et œuvre d’anatomiste. A-t-il disséqué, en un mot? Il n’est permis de l’inférer que de quelques phrases assez vagues dans le genre de celle-ci :

« Tous les intestins ont leur pellicule commune, qu’on appelle le péritoine (1), qui les enveloppe, et qui contient divers vaisseaux, entre autres, les ombilicaux, appelés ainsi parce qu’ils se terminent au nombril (2). Ce sont ceux où le sang et la nourriture sont portés à l’enfant, tant qu’il est dans le ventre delà mère. Ensuite ils n’ont plus d’usage, et aussi se resserrent-ils tellement, qu’à peine les peuton apercevoir dans la dissection. »

Jusqu’à plus ample informé et pour deux raisons j’incline, cependant, fermement à penser que Bossuet n’a pas disséqué. D’abord les « on dit, on prétend, ceux qui ont disséqué assurent, » etc., abondent dans La connaissance de Dieu et de soi-même, ensuite, l’étude publique de la médecine et parti) Péritoine, du grec -ns.pizo-jy.iov, formé dans le même sens de mpi, autour et de zsivu, je tends : c’est une grande séreuse qui enveloppé les viscères de l’abdomen et les vaisseaux ombilicaux, sans les contenir dans sa cavité.

(2) Nombril, en latin ombilicus.

conséquent, la dissection du corps humain qu’elle impose impérieusement, est interdite aux prêtres par le droit canon ( Corpus Juris, reg. 10, me clericï) (1).

(1) De ce que des prêtres et des hauts dignitaires de l’Eglise, Henry Thibaut, chanoine et pénitencier de l’Eglise de Paris, le cardinal Pierre Damiens, etc., voire même des Papes, Jean XXI et Nicolas V, antérieurs au moyen âge ou du moyen-âge, ont été médecins (Cf. la Litanie des Saints Médecins, de Mevsonnier, docteur de Montpellier, édit, de 1646), il ne s’ensuit pas forcément pour cela qu’ils aient disséqué des corps humains. Ils pouvaient être médecins avant d’entrer dans les ordres. D’autre part, jusqu’au moyen âge, et même un certain temps après, les démonstrations d’anatomie des philiâtres se faisaient sur un quadrupède, généralement un porc ou un chien.

C’est Frédéric II, à la cour duquela débuté le grand mouvement scientifique et littéraire auquel on a donné le nom de Renaissance, qui.au xiu” siècle, a permis le premier aux médecins de ses Etats, de disséquer non plus des bêtes, mais des cadavres humains.

En 1376, la Faculté de Montpellier en était encore à se féliciter d’avoir obtenu de Louis d’Anjou un cadavre de criminel par chaque année , pour faire des démonstrations.

A la fin du xiip siècle, l’Ecole de Montpellier était plus riche : elle pouvait disséquer deux cadavres humains par an. Elle n’en disséquait pas une demi-douzaine cent ans plus tard.

Sans doute, et je l'ai péremptoirement démontré, Rabelais disséqua des corps humains, fut un grand anatomiste, l’émule, sinon le précurseur de Vésale, mais une exception n’a jamais fait que confirmer la règle.

Il y a, objectera-t-on encore, beaucoup de prêtres qui, en possession du diplôme de docteur és-sciences naturelles, professent, à l’heure présente, dans les Universités catholiques ? Cela prouve tout simplement que la dissection des animaux n’est pas défendue par l’Eglise, et rien de plus.

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