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Chapitre III

Bossuet et les Jésuites

î. Les doctrines de quelques Jésuites en matière dogmatique déplaisent à Bossuet, plus encore en morale. — II. Si Bossuet a blâmé la conduite et les intrigues de plusieurs Jésuites, il est loin de faire le procès à tout l'ordre et de méconnaître les services qu'il a rendus à l'Eglise. — 111. Les faits qui ont pu donner à Bossuet des préventions contre les Jésuites. Leur esprit de corps parfois exagéré.

I. Le refus que nous venons de faire d'admettre que la Compagnie de ]ésus ait regardé Bossuet comme janséniste, ') nous amène à examiner un dernier point d'où quelques adversaires du grand évêque tirent précisément une accusation contre lui : c'est son éloignement pour les Jésuites, ces adversaires si énergiques du jansénisme. Bossuet cependant était leur élève. D'où peut venir cet éloignement, qui ne parait pas contestable 2), de ses anciens maîtres ? C'est ce qu'il nous reste à examiner.

>) Nous parlons en général. A côté du P. de Buck écrivant ceci : » 11 n'y a aucun homme que j'admire plus après Bossuet que Maldonat > (Notice' sur le P. J'rat, p. 30), il faut se souvenir des articles du P. Ga/eau et de celui, tout récent, du P. delà Broise, qui se déclare cependant un ami de Bossuet.1

«) Et il a été remarqué. Cfr. PHELIPPEAUX, t. I, p. 241 ; les Lettres citées dans l'édition du P. de Bérulle. (Migne, 1341); RACINE, t. 12. pages 626, 635 ; t. L3> 79°; D- Deforis, éd. de B. ; Bausset, Hist. de Bossuet, 1. 2, n° 18 ; 1. 1 1, n« 78, etc. etc.

Ce que Bossuet ne goûtait point, chez les jésuites de son temps, c'était d'abord la doctrine d'un grand nombre, en matière dogmatique, par exemple sur la grâce et les sentiments de saint Augustin. Dans la lettre 164e sur le quiétisme, il dit de l'ordonnance de l'archevêque de Reims contre les thèses des jésuites : « Elle est... fort... nécessaire après la thèse des- jésuites ». Et la lettre 182 : «J'ai un grand plaisir de voir triompher la véritable doctrine de saint Augustin. Les jésuites me font plus de caresses que jamais, quoique je défende M. de Reims ». Et lettre 70, sur le quiétisme, en parlant de l'ordonnance de Noailles contre le livre de Barcos : « ]e ne puis vous dire la consolation que je ressens de voir la vérité affranchie et l'autorité de saint Augustin, autrefois tant vilipendée par certaines gens, si hautement rétablie » x). Spécialement sur le jacienii quod in se est ex viribus naturce et sur le pacte de Molina ,■ 3) sur la certitude du Christianisme ; 3) sur les cérémonies chinoises, il avait parlé avec force, en réfutant Basnage, comme le remarque M. de Bausset 4), mais il s'exprimait plus vivement encore dans l'intimité 5) ; de même sur le fait, Bossuet n'admettait pas l'infaillibilité de l'Eglise, soutenue par Fénelon et les jésuites 6). Enfin il pouvait se plaindre que certains Jésuites n'observassent plus la règle établie par le célèbre Aquaviva 7>.

1) Cfr. encore Journal de Le Dieu, t. 2, p. 50, et seq. à propos du P. Daniel.

2) Voir les 5 et 6 propositions condamnées par l'assemblée de 1 700, et Journal de Le Dieu, t. 1, p. loi, 152, 186.

3) Voir la censure de 1700, prop. II.

4) Vie, 1. 12, n° 21.

5) Le Dieu, Journal, I, pages 28, 67, 203, 209, 243, 260, 280, 185. <s) Le Dieu, I, p. 13S; t. II, 89; et Mémoires, p. 7S.

7j Cfr. Plus haut, p.

En résumé on peut dire que Bossuet voyait des jésuites qui ne connaissaient pas les limites de l'enseignement de l'Eglise, qui regardaient comme appartenant à cet enseignement ce qui n'en faisait pas partie, par exemple, qui regardaient la question de fait comme de foi, qui condamnaient ce que l'Eglise n'a point condamné; qui voulaient imposer leurs opinions, les représentaient comme les seules vraiment orthodoxes, et parlaient des autres comme de doctrines suspectes l).

De même pour la morale *). Dès. 1682, Bossuet voulut faire condamner des propositions de quelques-uns de leurs casuistes. 11 y parvint en 1 700, seulement Louis XIV y mit pour condition qu'on ne nommerait pas les auteurs 3). Mais Bossuet fut satisfait de voir l'abbé Le Dieu, préparer un livre où les auteurs des propositions censurées seraient nommés. Il disait : « Il faut une fois démasquer ces auteurs et qu'ils soient bien connus sans qu'on puisse y être trompé davantage » 4).

Bossuet s'exprime d'une manière bien vive sur la morale des jésuites, en plusieurs endroits de ses écrits. Dans la lettre sur le quictismc, il dit que le général des jésuites a demandé une liste des propositions relâchées dont on accusait la Compagnie, puis il ajoute : «Je crois qu'à la fin, de bon ou de mauvais jeu, ils deviendront orthodoxes ».

Le Journal de Le Dieu constate ces idées de Bos-

') Exagérations dans lesquelles nous avons vu tomber encore de nos jours les PP. Gazeau et de la Broise.

») Remarquons que tout en faisant la guerre à quelques moralistes jésuites, Bossuet a reconnu l'orthodoxie de l'opinion de Molina, sans cependant y consentir.

s) Le Dieu, Journal, I, pages 41), 4-?-

*) Journal de Le Dieu, I, 421, 424, 447.

suet x). Le 28 novembre 1703, Bossuet aurait dit : « Ils ont beau faire, ils ne me feront pas approuver leurs relâchements, et je ne cesserai de combattre leur morale corrompue ». Il avait spécialement cette impression sur la doctrine des Jésuites touchant l' amour de Dieu. Dans une conversation 2) à laquelle Bossuet et Fleury prenaient part, on vint à dire : «C'est ainsi que les jésuites les conduisent (les rois et princes), en leur laissant ignorer les premiers éléments de la religion et les laissant dans une routine de petites dévotions. J'en ai, ajouta M. de Meaux, une belle preuve : je donnais autrefois au roi une instruction par écrit, où le précepte de l'amour de Dieu était expliqué comme étant le fondement de la vie chrétienne. Le roi l'ayant lu, dit : ]e n'ai jamais ouï parler de cela, on ne m'en a rien dit » 3).

L'abbé Racine 4) a cru que Bossuet avait en vue les jésuites dans ce qu'il dit dans ses Elévations b) et ses Méditations 6).

II. Bossuet, dira-t-on encore, blâme la conduite des jésuites et les accuse de finesse, d'intrigues. Il écrit : l) « Le P. de Lachaise est jésuite autant que les autres ». et 2) « Leur crédit n'est pas si grand que leurs intrigues » 3).

') Cfr. 25 janvier, 27 février, 4 mars 1700.

2) Rapportée par Le Dieu, 22 août 1701.

3) Cfr. L'édition de Versailles, Lettres diverses, 34, note. •>) Tome 12. p. 626; t. 13, p. 751.

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