XVIII
1) Lettre 107 sur le quiétisrae.
2) Lettre 11 I du 7 avril 1797. — On se rappelle que c le confesseur du Roi s'était aventuré jusqu'à écrire, comme par ordre du roi, pour recommander au cardinal de Janson, chargé des affaires de France à Rome, les Maxiâmes des saints, que la Société semblait prendre sous sa protection. 11 est vrai que le roi, instruit du fait, réprimanda sévèrement son confesseur et le désavoua ». CrotjslÉ, op. cit., II, 149.
s) Cfr. Lettres 9, 99, i°3, ' 24, 1 33, H3, !44, 124.
Avant de répondre à ceux qui suspecteraient l'orthodoxie de Bossuet à cause de ses idées sur les jésuites, faisons remarquer d'abord qu'on ne peut se servir de ces idées contre les jésuites pour faire le procès à l'ordre fondé par saint Ignace. Bossuet n'a jamais blâmé, ni pu blâmer l'institution approuvée par le Saint-Siège et appelée par le concile de Trente pium institutum l).
Bossuet a reconnu les immenses services rendus par la Compagnie de )Ésus : on le voit en lisant sa péroraison du sermon de 1688, pour la Circoncision 2). Il admirait la science et les vertus apostoliques qui ont éclaté dans tant de membres de la Compagnie ; il eut de plus des relations particulières d'amitié avec plusieurs jésuites, avec le P. Cossart et le P. Ferrier 3) ; avec Bourdaloue 4) ; avec le P. Larue 6), le P. Bouhours 6), etc.
Il prenait au besoin leur défense : « L'archevêque de Reims, entr'autres, Letellier, ne cessait d'insulter les jésuites dans toutes les conversations. M. de Meaux, dit Le Dieu dans son Journal, sous la date du Ier juillet 1701, en était indigné, et il nous disait : Il faut laisser parler M. de Reims; mais quand il faudra dresser une censure, je suis bien résolu de n'y laisser glisser aucun mot d'aigreur ni de dureté 7) ».
Il a, sans aucun doute, blâmé plusieurs choses chez
1) Sess. 25.
2) Cfr. Aussi Maximes sur la Comédie, n° 35, et Défense de la tradition, 1. XIII.
3) Lk Dieu, Mémoires, p. 83.
4) Ibid., Journal, I, p. 1 S6 et lettre 4.72 à Mme de Luynes. &) Ibid.. p. 239.
6) Lettres diverses, 2"jy lettre. — Les livres de controverse des RR. PP. Jésuites Iiaures et Dez, sont, remar pie M. RfcBELLlAU (p. 299), l'un dédié à Bossuet, l'autre approuvé par lui.
7) Op. cit , 11, p. 272. Cfr. cependant ce que rapporte M. Crousi.k, optts, cit.. p. 493, note 6,
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les jésuites de son temps. Mais on peut admettre qu'il a pu recevoir des préventions exagérées. Et en supposant que ces préventions fussent fondées et légitimes, l'équité demande qu'on n'attribue pas à tout Tordre, ni à tout le corps, les défauts de plusieurs de ses membres. Les vrais enfants de saint Ignace gémissaient aussi sur ces défauts 1). Voyez ce que dit l'admirable P. Lallemand 2), le
P. Tournemine 3), ce que rapporte l'abbé Georgel 4)
De nos jours, ces défauts, tenant aux relations avec la cour, ont disparu, avec cette grande autorité des confesseurs qui était du reste contraire aux règles de l'Institut 5).
Quoi qu'il en soit, les idées de Bossuet sur les jésuites n'autorisent aucunement à le soupçonner de jansénisme. Car à ce moment si la Compagnie de Jésus apparaissait déjà avec une grande gloire religieuse, un grand renom de science et de sainteté, que Bossuet admirait, elle n'avait pas encore l'auréole de la persécution des jansénistes, des faux philosophes, des cours aveugles du xvme siècle. De plus, la cause de la Compagnie était alors malheureusement compromise aux yeux de bien des hommes du clergé et du monde, et
i) c II était d'autant plus affligeant pour elle (la Compagnie de Jésus) d'avoir à expier les toits de quelques-uns de ses membres, que l'on convient généralement que nul ordre religieux ne se rendit plus recommandable par la régularité des mœurs et par la sévérité de son régime ». Cardinal DE BaUSSET, Histoire de Bossuet, livre VI, § 24.
Des amis des jésuites, avons-nous vu, s'étaient étonnés de ce que les excès de leurs casuistes n'avaient pas été plus efficacement réprimés. Nous pouvons citer encore une âme sainte toute dévouée aux jésuites, la V. Marie de l'Incarnation, ursuline. lettre 89; Feller, dans ses Voyages, t. I, fait connaître que ces excès avaient encore des défenseurs de son temps, et n'en ontils plus aujourd'hui ?
2) 2e principe, sect. 1, ch. I à 3.
3) Voir ses billets dans le Journal de Dorsanne, t. 2.
4) Mémoires, t. I, 47. ('Surtout contre le P. Le Tellier). s) Crétineau-Jolv lui-même le reconnaît.
par la prévention d'un certain nombre de catholiques '),
et par les rivalités des autres ordres 2).
Fénelon lui-même semble avoir eu d'abord des préventions de ce genre. Le cardinal de Noailles ne craignait pas d'écrire dans une lettre imprimée pendant l'affaire du quiétisme qu'un homme d'esprit avait dit : « Qui aurait cru il y a dix ans que l'abbé Fénelon deviendrait moliniste 3)». Le chancelier d'Aguesseau n'était pas sans préventions, mais il fait connaître et les siennes et celles de Fénelon lui-même, quand il écrit dans son Mémoire sur les affaires de V Eglise de France 4) : « Jusque-là l'archevêque de Cambrai avait paru n'être que médiocrement de leurs amis, non qu'il penchât du côté du jansénisme par rapport au dogme ; mais la morale relâchée des jésuites, et la religion tournée chez eux en politique paraissaient lui faire horreur 6) ». Même à la fin de sa carrière Fénelon a fait connaître les idées répandues dans le monde sur la Compagnie et il écri-
i) Cfr. Les Opuscules du P. Daniel, t. 3, p. 54.
2) Par exemple, chez les Dominicains. Voyez ce que dit l'abbé de Chanterac du bon P. Massouillé ;
Chez les Carmes : On se rappelle les disputes contre les Bollandistes et l'étrange parole du 1'. Latenai {Lettres du Bossuet sur le quiétisme, 501) : c On a enfin découvert la chapelle de S. Ignace. 11 y paraît tant de richesses qu'elles font peur à nos Romains : ils la regardent comme une forteresse d'où la Société menace tout le monde de sa puissance. Pour moi qui fais plus de réflexions morales que politiques, je la considère comme louvrage et la merveille de l'opinion probable ».
Chez les Capucins : Cfr. les Mémoires cPAmauld. (Pétitot, 34, p. 211) sur l'opposition du P. Joseph. On a entendu parler du Mentiris impudentissime du P. Valérien. On s*it les oppositions de Capucins et des Jésuites à Pondichéry. (Racine, 12. p. 247). Cfr. Dans les Œuvres de Latour, t. 6, p. 869 ce que dit le fameux P. Timothée.
Chez les l'rètres des missions étrangères, à propos des rites orientaux.
Chez les Oratoriens : ici, on le devine, je pourrais raconter bien des choses curieuses ; d'histoire ancienne, et hélas, d'histoire moderne.
s) Œuvres de Fénelon, V, 412.
4) Tome 13, p. 178, ou t. 8, 206.
6) Cfr. aussi Phkuim'Eaux, 1, p. III, 241. — Bossuet aussi croyait à ce changement de Fénelon, cfr. lettre 182 sur le quiétisme.
vait au duc de Chevreuse le 3 décembre 171 1 : «Je serais fâché que les jésuites fussent la cause de la mauvaise situation de M. le cardinal de Noailles auprès du roi l). On ne les a déjà que trop rendus odieux, comme des gens qui accablent tout ce qui leur résiste. Ceci les rendrait odieux ». Et le 2 janvier 1712 : « Il ne s'agit pas des défauts des jésuites, il s'agit de la foi. Les jésuites ont sans doute leurs défauts comme tous les corps très nombreux répandus en tant d'emplois extérieurs et avec tant d'autorité ». Auparavant, dans sa terrible lettre à Louis XIV il disait : « Pour votre confesseur (le P. de La Chaize), il n'est pas vicieux, mais il craint la solide vertu et il n'aime que les gens profanes et relâchés. Il est jaloux de son autorité que vous avez poussée au delà de toutes bornes. Jamais confesseur des rois n'avait fait seul les évêques et décidé de toutes les affaires de conscience. Vous êtes seul en France, Sire, à ignorer qu'il ne sait rien, que son esprit est court et grossier et qu'il ne laisse pas d'avoir son artifice avec cette grossièreté d'esprit 2). Les jésuites même le méprisent et sont indignés de le voir si facile à l'ambition ridicule de sa famille. Vous avez fait d'un religieux un ministre d'Etat... il est la dupe de tous ceux qui le flattent et lui font de petits présents. Un autre très droit et très éclairé n'oserait décider seul.
1) On sait comment se défendit Noailles auprès de Louis XIV : < Je sais que la religion oblige de pardonner les plus grandes injures; ainsi quoiqu'il n'y en ait point au-dessus de celle que les Jésuites m'ont faite, m'ayant accusé et dénoncé au public, même à toute l'Eglise, comme un fauteur d'hérésie, je leur pardonne du meilleur cœur du monde et attends avec patience le jugement que rendra sur cet article, entre eux et moi, le juge souverain des vivants et des morts, au tribunal de qui je ne les crois pas si puissants qu'à ceux de ce monde». Lettre du 9 novembre 1 7 1 2. Bibl. nat. Ms. 23.484.
2) On trouvera cette lettre de Fénelon bien dure. Son authenticité n'a pas été, que je sache, contestée.
Pour lui, il ne craint que d'avoir à délibérer avec des gens qui sachent les règles. Il va toujours hardiment sans crainte de vous égarer; il penchera toujours au relâchement et à vous entretenir dans l'ignorance. Du moins il ne penchera aux partis conformes aux règles que quand il craindra de vous scandaliser.... Votre archevêque et votre confesseur vous ont jeté dans les difficultés de l'affaire de la régale, dans les mauvaises affaires de Rome ; ils vous ont laissé engager par M. de Louvois dans celle de St-Lazare '), et vous auraient laissé mourir dans cette injustice si M. de Louvois eut vécu plus que vous ».
Saint François de Sales estimait les jésuites pour leurs services, leurs vertus. Cependant même à une époque où ils étaient moins puissants que sous Louis XIV, ne les avait-il pas en vue quand il disait à la Mère Angélique ces paroles que je ne puis regarder comme inventées par elle ni par son neveu qui les rapporte : « Il ne me cachait rien de ses plus secrètes pensées... sur la conduite de quelques ordres religieux... dont il n'approuvait pas l'esprit général, le trouvant trop fin, trop courtisan, trop politique » ?
L'abbé Georgel, ex-jésuite, si zélé pour la Compagnie, n'a pas craint d'écrire dans ses Mémoires 2) : « Le F. Letellier abusa de la vieillesse et de la religion de Louis XIV pour élever la gloire de son ordre sur les débris d'une secte qu'il ne fallait que mépriser pour la voir s'éteindre. Son zèle fasciné par cette ambition déplorable voyait le j ansénisme oie il n était pas. s.. Je sais de
i) Lettres diverses, n" 24.
î) Tome I, pa^e 47.
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source que la conduite du P. Letellier a été universellement improuvée par la majeure partie de ses confrères ». Je crois outrés les premières paroles de Georgel, je sais aussi que Letellier ne devint confesseur du roi que 5 ans après la mort de Bossuet ; mais le trop grand pouvoir des confesseurs avait commencé avant lui ').
III. Ajoutons que le siècle de Louis XIV vit des faits de la part de certains jésuites qui compromettaient l'ordre et purent prévenir Bossuet.
a) Des faits d' "intrigue : on l'a vu dans l'affaire du quiétisme 2) ; dans l'affaire du faux Arnauld 3) ; dans l'affaire du Problème, publié par le P. Souàtre 4) ; dans l'affaire de Buffier à Rouen 5) ; dans celle de leur introduction à Rouen 6). Que pouvait-on penser de la Remontrance des chanoines et curés a" Auxe?-re contre M. de Caylus.... quand on apprenait que c'était l'écrit du seul P. Duchesne (qui était dit fait au nom de chanoines et curés parce qu'on avait uni les revenus de plusieurs prébendes à la mense du collège dont il était recteur) '). Ces choses faisaient une impression fâcheuse et étaient cause que des hommes estimables comme d'Aguesseau, di-
1) Rohibacher si ami des jésuites a cependant écrit (1. 88, § 2, t. 26, p. Ill), après avoir parlé de I'etau, Hardouin, Berruyer : « Tout cela décèle chez les jésuites français un esprit différent de celui de leur saint fondateur ». Ces paroles sont exagérées, mais prouvent qu'un homme opposé au jansénisme et ami de la Compagnie, pouvait cependant prendre de fortes préventions contre elle.
M. Bouix, si attaché aux jésuites et si ennemi de Bossuet, a aussi parlé avec indignation de l'esprit de servilité de plusieurs jésuites du 17e siècle dans l'affaire de la Régale.
2) Cfr. Phelippeaux I, 249 et seq.
3) Cfr. Bernier, p. 40. — Sans admettre tout ce qu'il dit.
4) Cfr. Le Roy, op. cit. — Avec la même réserve.
') Phelippeaux, I, 297, et d'AvRiGNY, 28 mars 1657. 6) Pascal-Faugère, t. 2.
ï) BERTI, t. 9, p. 381.
saient que la religion tournait en intrigue entre les mains des jésuites 1).
b) Des faits qui al lestaient trop de puissance. Bussy écrit à Mmc de Sévigné que' le P. de La Chaize vient de faire donner une abbaye à son fils. Boileau parle dans le même sens a Racine 2). Le P. Rapin 3) parle de son influence pour la nomination de Mme de Rochechouart de Mortemar à l'illustre abbaye de Fontevrault. C'est par l'intervention du P. de la Chaize que le président de Ménard obtint le retour de Duguet *). Madame de Sévigné r0 insinue combien les Grignan, quoique évoques craignaient de perdre les bonnes grâces du confesseur du roi. Les paroles de l'archevêque d'Auch, lors de l'assemblée de 1700 B) : « l'aurais souhaité qu'on eût épargné le second ordre sans les commettre en obligeant de s'expliquer dans cette rencontre délicate... » disent beaucoup. Or il (Hait dévoué aux jésuites 8). La crainte de déplaire aux jésuites dans la condamnation des casuistes faisait dire à des évêques : M. de Reims et \I. de Meaux n'ont rien à craindre des condamnations qu'ils méditent : le premier est au comble de la fortune, et le second est proche de sa fin, et nous, pour leur complaire, il nous faut ruiner notre fortune » 7). Le ministre Pomponne ayant vu dans le camp M. Guelphe,
') Lamennais a dit : « Les jésuites qu'on rencontre partout où il y a une intrigue ». (Affaires de Rome). On sait l'indignation de M. Gerbet en croyant voir de l 'habileté sans franchise dans la conduite d'un ou deux de ces Pères à l'occasion de son Dogme générateur. — Dom Guéranger disait au 1'. Gillet et parlant des jésuites : Nous n'avons jamais été un instrument politique.
2) Lettre 8.
3) Hist. du jansénisme,
4) Un vrai janséniste cependant ! Cfr. Ste-BEUVE, Port-Royal^ VI.
5) Lettres, passim.
6) et s) Journal de Le /heu, I. p. 107. 7j Journal de Le Dieu, p. 60.
Secrétaire d'Arnauld x), que celui-ci lui envoyait pour lui présenter une lettre de recommandation en faveur d'un ami étranger, fut désolé et dit : « Si le confesseur le savait, il vous ferait affront » 2).
Combien plus Bossuet pouvait-il avoir ces impressions s'il croyait à ce qu'on rapportait de l'influence des jésuites dans la destruction de la Sainte-Enfance 3), dans l'emprisonnement de l'évêque de Yaison *). Bossuet pouvait aussi être mécontent de voir plusieurs jésuites accuser des personnes et des actes ou des doctrines qui ne le méritaient pas. Ainsi l'accusation de Camus, etc., pour la conjuration de Bourgfontaine ; Pascal accusé d'avoir évoqué le diable ; le reproche de frondeur adressé à Pascal, Arnauld ; les religieuses de Port-Royal accusées de ne pas croire à la présence réelle ; ce que dit d'Avrigny b) sur la Perpétuité 6) ; l'opposition à l'amour initial par ce jésuite de Blois dont parle Dorsanne, etc. 0.
Bossuet pouvait se plaindre d'une tendance remar-
') Pomponne était le neveu d'Arnauld.
î) Lettres d'Arnauld, t. IV.
3) Cfr. d'AvRiGNY, I, 368, 15 janvier 1657.
*) Ibid. I, 368, 19 janvier 1657. Le Dieu, Journal, II, p. 50.
*) Voir l'édition de Migne, t. I.
7) M. Gillet ajoute ici : « Plus récemment combien ont souffert en voyant comment on a traité Bernir r : ce que le P. Lasseur a fait faire contre un M. Arnauld à M. Peltan dont l'écho se trouve dans la vie de la B. M. par le P. Daniel dans le P. Matignon ; les accusations du P. Gloriot contre Bellefontaine ; les choses incroyables du P. Carayon contre le C de Bériulle ; et la campagne contre les Pensées de Pascal ». M. Gillet ajoute encore : « J'ai entendu Mgr. La Carrière dire : Quand ils ne goûtent pas un homme, il est écrasé. Vous l'avez vu pour M. Carrière ».
On connait le mot attribué au P. Neuville à qui l'on demandait si c'était un péché de parler contre les jésuites. Il répondit : « Ce n'est pas un péché contre la foi, je laisse à votre conscience de décider si c'est un péché contre la charité ; mais tous conviendront que jadis c'eut été un grand péché contre l'espérance ».
quée chez un certain nombre de jésuites, à dominer, à s'emparer des places, des consciences, à attirer les richesses. Les ennemis de la Compagnie ont poussé sur ce point L'exagération jusqu'à la calomnie ; mais Bossuet devait voir l'élément de vérité caché sous ces injustes accusations '». Ce que dit Le Dieu dans son Journal'1), n'a-t-il rien de fondé ? Joseph de Maistre ne nie pas ce reproche 3). Bossuet n'a-t-il pas dû aussi se plaindre du ton de quelques |ésuites à l'égard des évêques ? *)
Bossuet se plaignait de voir des jésuites aveuglés par l'esprit de corps. De là une estime outrée de tout ce qui est de la Compagnie. Que ne devait pas penser Bossuet en entendant le P. Daniel préférer l'ouvrage du P. Germon à la Diplomatique de Mabillon B) ! Les opuscules du P. Daniel, à mon humble avis, sont pleins d'excellentes choses : mais n'est-il pas surprenant de le voir parler de ses études dans les théologiens de la Compagnie comme si c'était l'unique source pour lui ? Cela semble rétréci, pas assez dilaté par l'esprit universel.
De là aussi, les jugements de plusieurs d'entre eux sur les autres hommes : montrer peu d'admiration pour les autres, vouloir qu'on adopte leurs idées ; les faire soutenir dans les thèses ; obliger leurs élèves à les défendre ; voir avec suspicion ceux qui ont d'autres vues. Plusieurs ne veulent même pas qu'on s'abstienne : il tant
i) M, Remet lui-même quoiqu'il fut favorable aux Jésuites, disait : Il faut s'en servir parce qu'ils sont utiles ; mais il faut les tenir, parce qu'ils tendent à dominer. (Note du P. Gillet).
s) Dans ses Lettres à son frère.
«) Cfr. d'AvRlGN'V, et dans X Ami de <ia religion, le ton du P. Rozaven.
6) Journal île Le Dieu, t. 2, p. 49. 51.
qu'on soit de leur parti. Or Bossuet a pu leur paraître hostile quand il se bornait à n'être pas de leur parti : le grand évêque, lui, nous le répétons en finissant, ne voulait pas être d'un parti, mais seulement du parti de l'Eglise et de Jésus-Christ.
-A.PRKN DIClilS.