Chapitre II
Preuves directes tirées des conversations et des écrits de Bossuct.
Les Mémoires de l'abbé Le Dieu : on y trouve de nombreuses et formelles déclarations île Bossuet conlre le jansénisme. — Le y Sermon pour le jour des Rameaux. Les oraisons funèbres de Cornet, de Bourgoing, de la Princesse Palatine. Déclarations non moins décisives dans le Gallia
orthodoxa, dans lt s Remarques sur Dupin et surtout dans V Avertissement aux Réflexions morales souvent invoqué contre Bossuet.
I. Une source où Ton peut puiser la preuve directe de l'orthodoxie de Bossuet relativement au jansénisme, ce sont les conversations qu'il avait dans l'intimité avec ses amis et ses commensaux.
« Moins recommandable par le mérite ou l'agrément de son style, dit le cardinal de Bausset '), que par sa profonde vénération pour Bossuet et par la fidélité scrupuleuse, souvent minutieuse, de ses récits » l'abbé Le Dieu "), pendant vingt ans secrétaire de Tévèque de
>) Avertissement de i<i première édition.
2) Il arrive parfois que d'une publication faite dans un esprit de parti ressort le contraire de ce que l'auteur ou l'éditeur aurait voulu prouver. Ainsi l'abbé Guettée à l'époque où il rendit aux amis de Bossuet l'immense service de publier les mss. de Le Dieu s'imaginait donner un argument en faveur du jansénisme de Bossuet ou tout au moins de la sympathie du grand évêque pour ses héros favoris. Or nous verrons tout l'effet contraire résulter de la lecture attentive de ces Mémoires.
La même chose se produisit, nous le verrons plus bas, pour l'opuscule du même M. Guettée sur la prétendue Justification de Quesnel par Bossuet. Ce pauvre abbé — mort pope russe, nous Pavons dit — avait oublié, ce que Le Dieu dit cependant en toutes lettres, que ce travail de Bossuet était certainement dirigé contre tous les excès du jansénisme.
Et que dire de M. Le Roy (op. cit. — Cf. surtout p. 63 et seq.) qui, abondant dans le sens de Guettée, voit encore dans la publication de Le Dieu un coup mortel porté aux adversaires du jansénisme 1
Meaux, est ici un témoin de premier ordre auquel nous bornerons pour cela nos citations. L)
Dans ses Mémoires *), l'abbé Le Dieu parle de l'assiduité avec laquelle « Messieurs de Port Royal » s'attachaient aux pas de Bossuet pour le suivre dans toutes les chaires de la capitale où il montait. Mais de songer à l'attirer à eux, « de s'imaginer qu'ils aient eu la pensée de gagner un docteur orthodoxe, élevé .... dans des principes opposés, il n'y a nulle apparence. Aussi avoua-til qu'il n'a seulement jamais été tenté par aucun d'eux, » Et Le Dieu ajoute : « Cet esprit ferme et inébranlable dans l'amour de la vérité, n'a pas eu, en toute sa vie, le moindre doute sur les décisions de l'Eglise dans ces matières du temps. » 3)
Ce n'est certes pas qu'il s'en désintéressât : Le Dieu raconte encore « qu'il en était très instruit. Il avait lu et relu jansénius, il y trouvait les cinq fameuses propositions au sens qu'elles ont été condamnées. » 4)
C'est surtout à l'Assemblée générale du clergé de 1700 que Bossuet tint un ferme langage contre le jansénisme. Nous insisterons plus bas sur ces mémorables circonstances : rappelons seulement ici que c'est lui qui demanda et obtint la « condamnation des erreurs des jansénistes et nommément de leurs auteurs afin que les fidèles ne puissent être séduits par eux », répétant dans
1) Nous aurions pu y ajouter les paroles citées par M. de Bausset dans son Histoire de /Jossuet. Cf. encore Y Ami de la Religion, tome 7, p. 321 et seq., article de M. Picot; DE MaistrE, Eglise gallicane, livre II, en. Il, etc.
-) L'œuvre de Le Dieu se compose d'un volume intitulé Mémoires et de 3 volumes de Journal. (Paris, Didier, 1856 — 57.)
s) Mémoires, p. 75.
4) Mémoires, p. 75. — Je souligne à dessein ces paroles de Bossuet. N'ai-je pas moi-même entendu en Hollande, soutenir encore aujourd'hui que les 5 propositions ne sont point dans YAugustinus et répéter, de bonne foi, la fable de l'exemplaire imprimé tout exprès par les jésuites pour Louis XIV avec les propositions ajoutées. On ne saurait avoir plus de . . . candeur !
son discours « que le sens des cinq propositions coildamnées était bien celui de Jansénius. l)
Plus tard encore lors de l'affaire du fameux Cas de conscience 2), Bossuet relut tout « exprès Y Augustinus d'un bout à l'autre avec une nouvelle attention et toutes ses lumières et il dit : J'y trouve la même chose que j'y trouvai il y a cinquante ans dans le fort de disputes. » 3) Et comme Le Dieu lui rapportait que les docteurs, qui avaient signé le cas, se plaignaient de la fermeté avec laquelle il leur avait parlé : « Il est vrai, répliqua Bossuet, que je leur ai dit qu'ils avaient très mal fait, que leur délibération ne valait rien et qu'elle méritait bien d'être censurée. » *)
Un autre jour (le 15 janvier 1703) il disait à Le Dieu : « Ce sont les jansénistes qui ont accoutumé le monde, et surtout les docteurs, à avoir peu de respect pour les censures de l'Eglise, et non seulement pour celles des évèques mais encore pour celles de Rome même, au moins dans les matières qui les touchent et surtout dans les faits ; car, pour la morale, ils ont fort exalté de tout temps les condamnations des casuistes et des jésuistes. » 5)
Au beau compliment latin que lui adressa le 1" février de cette même année le recteur de Navarre venant lui
1) Journal, 1, p. 96.
'i) On supposait un confesseur de province consultant les docteurs de Sorbonne sur la nature de la soumission qu'on devait avoir pour les constitutions des l'apes contre le jansénisme, et l'avis des docteurs portait qu'à l'égard de la question de Jai/, le silence 1 espectueux suffisait pour rendre à ces décisions toute l'obéissance qui leur était due.
Cette affaire éclata en 1703. Cfr. Picot, VII, Observations finales.
») Mémoires, p. 76 et Journal I, p. 3S3 où Bossuet ajoute * qu'il y a retrouvé les cinq propositions très nettement et leurs principes répandus dans tout le livre. »
*) Journal, 1, 379.
5) Journal, p. 372.
présenter le cierge, Bossuet répond « en recommandant à tout le corps de l'Université . . . de s'opposer avec zèle aux nouveautés. » x)
Que de fois aussi, dans l'intimité de ses conversations avec son secrétaire, Bossuet se plaignait de l'attitude un peu molle de certains prélats vis-à-vis des partisans de l'évêque d'Ypres. « Ils veulent épargner les jansénistes *)! >: s'écriait-il, avec mécontentement, faisant allusion aux atermoiements du cardinal de Noailles, influencé par l'abbé Boileau , et de l'archevêque de Reims aveuglé par sa lutte passionnée contre les jésuites.
Lorsque parut la vie du saint abbé de la Trappe, Armand de Rancé (de Marsollier), Bossuet ayant remarqué qu'on y disait que Pavillon d'Alet axait rétracté la signature du formulaire, il be moqua de cette variation : « M. d'Alet, dit-il, n'a jamais eu une bonne raison à dire au public de son changement; que pour M. l'abbé de la Trappe, il était demeuré ferme dans la première pensée de signer purement et simplement. » 3) Puis il ajouta ces remarquables paroles : « que c'était une moquerie que de lui proposer de lire tous les écrits des jansénistes, qu'il les avait lus et qu'il en savait les principes; que pour entendre à tond la matière, il n'y avait autre chose à lire que jansénius même et saint Augustin; qu'il les avait relus tout nouvellement, qu'il les entendait à merveille l'un et l'autre; qu'il savait combien et en quoi leur doctrine était différente; qu'à cela il avait ajouté la lecture de toutes les hérésies dans les premiers conciles œcuméniques qui y ont rapport . . . etc. Il ajoutait que
') y^ttrnal, p 379.
»j Ibid. p. 92. 134.
M. Arnauld, avec ses grands talents, était inexcusable d'avoir tourné toutes ses études, au tond, pour persuader le monde que la doctrine de Jansénius n'avait pas été condamnée. ') »
Croira-t-on qu'après ces paroles si nettes, si décisives, le naïf (?) éditeur ose ajouter en note « que de ces divers passages du Journal de Le Dieu, il ne résulte rien de bien déterminé sur l'idée qu'avait Bossuet du jansénisme. 2) » Les lecteurs trouveront au contraire, je l'espère, que rien n'est plus déterminé, et qu'il ressort évidemment de ces conversations de Bossuet qu'il trouvait le jansénisme condamnable et le condamnait.
Mais l'examen des écrits du grand orateur accentuera encore cette conclusion.
II. Une seconde source de renseignements positifs, plus importante encore — on pourrait alléguer en effet que les paroles de Bossuet ont pu ne pas être toujours exactement rapportées par Le Dieu, sans vouloir toutefois suspecter la sincérité du secrétaire de Bossuet qui est incontestable 3), — ce sont les écrits du grand évêque.
Examinons d'abord les écrits ou discours que l'on peut appeler populaires. Dans son troisième sermon pour le jour des Rameaux 4), Bossuet s'adressant au Roi lui dit : « Votre Majesté saura bien soutenir de tout son pouvoir ce sacré dépôt de la foi, le plus précieux et le plus grand qu'elle ait reçu des rois ses ancêtres. Elle
i) Journal, p. 388.
2) Sur ces paradoxes de l'abbé Guettée, cfr. Picot, VII, p. 391, 397, 106, etc.. . .
8) Quant aux réserves à faire sur certaines allégations de Le 1 Heu, cfr. Picot, VII, p. 406, note.
4) 2e point, 4e alinéa. Page 267 du t. IV de l'édition Lebarcq.
éteindra dans tous ses états les nouvelles partialités. » Et le mss. porte en marge : « Elle saura bien faire rendre aux oracles du Saint-Esprit une obéissance non feinte », allusion manifeste aux subterfuges jansénistes. ') On sait comment Bossuet s'exprima dans l'oraison funèbre de son maître Nicolas Cornet. « On doit admirer, dit avec raison le cardinal de Bausset '2>, l'art et la mesure avec laquelle, sans qu'il en coûte rien à sa franchise, Bossuet exprime son opinion sur le génie et le caractère des principaux partisans de ces nouvelles doctrines. 11 emprunte les expressions de S. Grégoire de Naziance pour peindre leurs qualités et leurs défauts: » Les troubles ne naissent pas dans l'Eglise par des âmes communes et faibles; ce sont de grands esprits, mais ardents et chauds, qui causent ces mouvements et ces tumultes, esprits extrêmes qui ne se lassent jamais de chercher, ni de discourir, ni de disputer et que S. Grégoire de Naziance appelle excessifs et insatiables. 3)
i) M. Gazier en convient. «Mais, ajoute M. Lebarcq, loc. cit., c'est bien à toit qu'il ajoute que Bossuet est revenu plus tard de ses préventions à leur égard et qu'il a reconnu avec une loyauté parfaite l'orthodoxie d'Arnauld. Le Journal de Le Dieu dit quelque part le contraire. » Nous avons vu et montrerons encore la justesse de cette observation de M. Lebarcq.
2) Histoire de Bossuet, livre II, N° 15.
9) Citons quelques passages en note.
« Que dirai-je de ceux qui détruisent . . . l'esprit de la piété, qui trouvent partout des crimes nouveaux et accablent la faiblesse humaine, en ajoutant au joug que Dieu nous impose? Qui ne voit que cette rigueur enfle la présomption, nourrit le dédain, entretient un chagrin superbe et un esprit de fastueuse singularité, fait paraître la vertu trop pesante, l'Evangile excessif, le christianisme impossible. »
Remarquons encore ce passage sur les cinq propositions:
< C'est de cette expérience, de cette connaissance exquise, et du concert des meilleurs cerveaux de la Sorbonne que nous est né cet extrait de ces cinq propositions qui sont comme les justes limites par lesquelles la vérité est séparée de l'erreur, et qui étant, pour ainsi parler, le caractère propre et singulier des nouvelles opinions ont donné le moyen à tous les autres de courir unanimement contre leurs nouveautés inouïes. » Et encore : « C'est ce consentement qui a préparé les voies à ces grandes décisions de Rome; à quoi notre très sage docteur par la créance qu'avait même le souverain Pontife à sa parfaite intégrité, ayant si utilement travaillé, il en a aussi avancé l'exécution avec une pareille vigueur, sans s'abattre, sans se détourner, sans se ralentir. »
Et qu'on rïe vienne pas objecter que Bossuet, après avoir lu l'édition dé ce discours donné en 1698 par le neveu de Cornet, aurait dit qu'il ne s'y reconnaissait pas. l) Cette parole ne peut regarder que la perfection du style 2) et un examen impartial oblige de dire avec Bausset que le grand orateur se montre dans ce discours « tel qu'il fut toute sa vie, supérieur à tous les partis, opposé à tous les excès, ne connaissant d'amis et d'ennemis que ceux de la vérité et de l'Eglise. » 3) On y reconnaît l'auteur du Mémoire au Roi sur les travaux de l'Assemblée de 1 700, de la proposition faite à cette même assemblée pour la condamnation du jansénisme, l'auteur enfin de la magnifique péroraison du discours sur l'unité de l'Eglise que tout le monde a dans la mémoire. 4)
Dans l'oraison funèbre de la Princesse palatine, Bossuet n'est pas moins explicite : « Sa foi, dit-il, ne fut pas moins simple que vive : dans les fameuses questions qui ont troublé en tant de manières le repos de nos jours, elle déclarait hautement qu'elle n'avait d'autre part à y prendre que celle d'obéir à l'Eglise. » Dans une autre circonstance, également solennelle, l'oraison funèbre du
1) Le Dieu, Mémoires^ p. 91.
2) « Il nous paraît hors de doute t j u'il contient des interpolations de détails fini portent plutôt sur le style que sur la doctrine. » Lebarcq, IV, p. 388. Cfr. toute la note du savant éditeur.
Mais que pensera-t-on du P. Gazeau qui voit dans cette même oraison funèbre une preuve de la complicité de Bossuet avec les ennemis des jésuites et de la vérité !
3) Loc. cit.
4) «A tout homme judicieux qui la lit, ne semble-t-il pas dès l'entrée, dit Sainte-Beuve, entendre l'accent de l'homme, ressaisir son geste et toute l'allure? » Port-Royal, II. p. 150. Mgr. Freppel (op. ci/., p. 256) dit aussi que la preuve d'authenticité donnée par le style et le ton de cette pièce est péremptoirc.
Du reste comme on l'a remarqué (notamment M. Floquet dans ses belles études sur la vie de Bossuet) l'illustre évêque ne désavoua cette œuvre ni en ihijS lorsqu'elle fut imprimée, ai lorsque le Journal des Savons en donna l'analyse.
R. P. Bourgoing, 3e général de l'Oratoire, Bossuet indique encore clairement ce qu'il pensait du jansénisme. C'est même alors, si l'on en croit les Mémoires de G. Hermant (qui reconnaît que Bossuet ne manqua pas cette occasion de déclamer contre les disciples de S. Augustin) que Bossuet aurait formellement déclaré que « les cinq propositions étaient tout le livre de Jansénius et que tout le livre n'était que ces mêmes propositions. l) » Témoignage que corrobore un autre contemporain qui n'est pas plus suspect, M. de la Broue, évêque de Mirepoix 2), écrivant à Bissy que son prédécesseur Bossuet avait dit en chaire que les cinq propositions étaient tout le livre ') Enfin c'est presqu'identiquement de la même manière que Bossuet s'exprime en parlant des fausses démarches de M. de Troisville 4), comme aussi dans sa célèbre lettre au maréchal de Bellefonds 6), et celle aux religieuses de Port Royal dont il disait lui-même qu'elle était « très importante parce qu'il y répond à ce que M. Arnauld avait écrit de plus fort pour la justification de ces religieuses. 6)
III. Mais venons-en aux écrits théologiques de Bossuet. Dans la dissertation préliminaire de la Defensio déclaration is cleri gallican i de ecclesiastica pôles laie qu'il a intitulée, comme l'on sait Gallia ortkodoxa, Bossuet termine ainsi le chapitre 78e qu'il consacre au jansénisme:
J) Ce passage typique aura été supprimé par les éditeurs jansénistes. Cfr. l'appendice II et l'article de M. Gazier dans la Revue bleue du 12 juin 1865.
M. Lebarcq n'a cité les fragments de cette oraison funèbre conservés par Batterel que d'après une copie de ce dernier et non d'après l'original.
2) Il fut, comme l'on sait, l'un des premiers appelants de la bulle Unigeniius .
*) Gi'.é par Montagne, (Cursus thcol., X, p. 330.)
4) Lettres diverses, lettre 18e.
5) I:«id. lettre 52e.
6) Le Dieu, Journal, I, p. 372.
Quo omni loco, qua in parte orbis magis quam in Gallia, Innocentii X aliaeque constitutiones de Jansenianâ re majori vénération.' susceptae, aut potion' virtute in executionem deductae sunt? Certe [ansenii sectatores seu occulti, seu publici, ne mutire quidem audent ; nec si millies concilia œcumenica appellarent, audirentur usquam ; ipsaque constitutio édita et semel ubique acceptata, irrefragabilis judicii vim obtinet quam Romanus Pontifex auctoritate summa et ipse exequatur et al) oui nibus episcopis exequendam mandet. » L) Qui osera donc dire que Bossuet ne se rangeait pas parmi les adversaires de la secte?
Dans sa Défense de la tradition et des Saints Pères, Bossuet réfutant les témérités de Richard Simon, flagelle en passant des excès de )ansénius » et reproche à l'Oratorien de dire la même chose - que l'évêque d'Yprcs.
Dans son Mémoire de ce qui est à corriger dans /a Nouvelle bibliothèque des auteurs ecclésiastiques de M. Dupin, il y a un chapitre sur saint Augustin qu'il faudrait citer eu entier. *) Mais il serait plus piquant de trouver <\y-> preuves de l'éloignement de Bossuet pour le jansénisme dans Y Avertissement 4> même sur le livre des Réflexions morales que les jansénistes au contraire allèguent pour essayer de l'attirer à eux 5) : qu'on étudie pour cela en particulier les §§ 7 et s de cet opuscule, où cependant on n'est pas sûr de trouver exactement la pensée et les expressions de l'auteur. G) Comme le
») Cfr. encore £. IX.
*) I6 partie, 1. I, ch. 5, alinéas 2 et 3.
:i) Tome IIIe de l'édition Guillaume.
') C'est !i' vrai titre qu'il tant donner à cet opuscule de Hossuet : le mot de justification est de l'abbé Le Dieu d'après M. Cw.
5) Voir plus liant la citation de Bérault-Bercastel.
6) On n'a en effet que l'édition qu'en ont donnée les Jansénistes.
remarque l'auteur *) des Eclairas semen s sur quelques ouvrages de théologie •■ il est surprenant que les Jansénistes aient osé produire en faveur du P. Quesnel l'écrit de feu Monsieur de Meaux, et qu'ils prétendent par là justifier les Réflexions morales. Cet écrit devrait les couvrir de confusion : car après les preuves incontestables que les jansénistes ne pouvaient ignorer ... et qui mettent hors d'atteinte la mémoire de ce savant évêque et qui nous font connaître le jugement qu'il a porté des Réflexions morales et l'écrit qu'il avait composé luimême pour justifier ce livre, les Jansénistes ne devaient point avoir la hardiesse de se couvrir de l'autorité de cet illustre prélat et donner par là occasion de faire connaître leur mauvaise foi, de se servir contre eux de leurs propres armes, et de manifester à tout le monde un fait si accablant pour eux. ■) » Aussi a-t-on pu dire, en comparant cet écrit avec ceux du parti, que « le plus juste titre qu'on puisse donner à cet avertissement serait celui de Justification de la constitution Unigenitus. ') Aveugles, ajoute le même auteur, ils ne voient pas que plus l'auteur est célèbre, plus l'écrit est recherché.
i) Le docteur Gaillande, sorbonniste, est l'auteur de cet opuscule (publié à Paris en 1712) mais il a été attribué aux jésuites, et sa publication souleva une vraie tempête. Les jansénistes y répondirent par des Observations où ils s'efforcent encore de montrer que Bossuet avait approuvé les Réflexions morales.
'■*) Pages 8 et 9. Cela est évident : quel argument sérieux peut-on tirer du reste d'un opuscule qui reste douteux, alors qu'on a d'autre part des déclarations authentiques nombreuses de Bossuet au sujet de l'hétérodoxie du livre de Quesnel ?
De toutes les discussions soulevées par ce livre, (cfr. encore Y Essai bibliographique ... de l'abbé Guettée, Paris, 1S54) il résulte seulement ceci : que Bossuet crut qu'en modifiant le livre de Quesnel, il pourrait être accepté. Et c'est tout. Mais, comme l'on sait, les jansénistes se refusèrent aux changements indiques.
Le P. de la Broise fait à ce propos quelques bonnes réflexions Mais par contre que de confus. -s et incompétentes déclamations dans M. Le Roy.
3) Lettre à Mgr. l'évêque de Troyes stir les senti mens de M. Bossuet contre le jansénisme (1737, in-4°) p. 7.
et il suffit de le lire pour être convaincu que Quesnel ne nous a donné qu'une funeste poison. ... Si ceux qui ont publié Y Avertissement n'y ont point aperçu cette censure (du jansénisme), il fallait que leurs lumières fussent bien bornées; s'ils l'y ont vue, et que cependant ils aient prétendu nous persuader que cet écrit justifiait leur doctrine, ils ont joint à une insigne mauvaise foi, l'impudence la plus effrontée. » l)
Qu'on lise enfin la lettre écrite à M. de Lescure, évèque de Luçon : « On ne peut dire sans erreur, y marque Bossuet, que les grâces suffisantes ne fout rien, puisqu'elles opèrent toujours des illustrations et des délectations, qui, en rabattant jusqu'à un certain point la concupiscence, pourraient s'étendre plus loin, si nous voulions agir, adhibitis totis virions voluntatis, comme parle souvent S. Augustin.
« C'est une autre erreur de dire que la seule grâce efficace par elle-même peut enfanter les bonnes œuvres; puisque cette proposition comme elle est conçue, ôte aux justes qui tombent le pouvoir absolu qu'ils ont par la grâce, d'accomplir les commandements. . . .
« Dire aussi que le libre arbitre n agit point avec la grâce, et que c est la grâce qui agit dans le libre arbitre, en prenant le dans exclusivement de Y avec, c'est directement combattre S. Paul. ... La condamnation de cette . . . proposition induit celle . . . où il est porté que la coopération de la volonté vient de la seule grâce, puisqu'elle exclut la grâce qui est avec nous et avec laquelle personne n'a jamais nié que le libre arbitre ne coopérât.
Tous ceux qui avancent de telles propositions errent contre la doctrine de la grâce en ce qu'ils ne
') Id. Troisième lettre ... p. lo. Cfr. l'Appendice 1.
veulent pas expliquer que tous les justes qui tombent lui résistent, pèchent contre elle, lui manquent, lui sont infidèles et se perdent par leur faute. ...»')
On ne saurait, en vérité, désirer une déclaration plus formelle contre les erreurs janséniennes.
U Lettres diverses, lettre 249e.