‹ Bossuet et le Protestantisme: étude historiqueChapitre 100 sur 122 · CHAPITRE Vin · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vin

NÉr.OCIATIONS POUR LA RÉUNION DES ÉGLISES CATHOLIQUE ET PROTESTANTE.

Article l. — Premières tentatives.

La plus p-rande oeuvre religieusequeBossuet ait conçue et eatrepris d'accomplir, est celle de ta réunion de^ deux Ëglises cathoiique et protestante, A toutes les époques de sa vie, il a travaillé àregagnerdes particuliers à la foi qu'il professait: c'eût été un bien autre ouvrage d'unir ensemble les deux peuples et d'effacer la différence des communions. Il en a toujours eu l'idée, et un moment il put entrevoir l'espérance de la réaliser.

Dans le temps où il était grand doyen du chapitre de Metz, en 16G6, àl'&gede trente-neuf ans, nous levoyons en relations affectueuses avec le miaistre Paul Ferry, dont on a déjà lu l'éloge, et dont il a réfuté le Catéchisme général de la Rêformation, où Bossuet trouva déjà quelques-unes des théories qu'il a combattues plus tard chez d'autres ministres protestants. Les deux voisins, comme nous l'avons dit plus haut, n'en vécurent pas moins en bonne Intelligence. Bossuet, & l'époque cidessus mentionnée, avait accès à la Cour, oii il avait prêché, et où il jouissait d'une grande foveur, surtout

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près de la reine-mère Anne d'Autriche, dont il a prononcé l'oraison funèbre. Il eut l'occasion de rendre des services personnels au ministre Ferry, et le fit avec empressement et succès. Le ministre aussi était estimé en cour ; on y fondait sur lui des espérances pour le rapprochement des protestants, gr&ce à son esprit conciliant et à sa prohité . Une correspondance suivie et des entretiens importants se lièrent entre !e grand doyen et le ministre, avec le concours du père de Bossuet, qui était depuis longtemps l'ami de Ferry (l|. Il y est question d'une grande affaire dont on parle mystérieusement, mais dont il n'est pas difficile d'entrevoir la portée. Bossuet écrit à son père (14 septembre 1666) :

a II est vrai que plusieurs théologiens d'importance confèrent ici des moyens de terminer les controverses avec messieurs do la religion prétendue réformée, et de nous réunir tous ensemble. Il y a quelques ministres convertis, fort capables, qui donnent des ouvertures qui sont bien écoutées : ils procèdent sans passion et avec beaucoup de chsrité pour le parti qu'ils ont quitté; c'est ce que vous pouvez dire à M, Ferry, et que très assurément on veut procéder chrétiennement et de bonne foi Ci) ».

Il exprimait ici les sentiments de la cour. Il avait parlé uu roi (3), à M. Le Tellier; il trouvait les meilleures dispositions chez les PP. Jésuites, et nommément chez le P.Annat: l'affaire lui semblait! prendre un bon train ». Quelle affaire? Il était bien question d'une faveur à faire au ministre Ferry, mais c'était apparemment en cousidération des services qu'il pouvait rendre dans le rapprochement projeté. • 11 a bien pris mes pensées.

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écrit Bossuet, et plût à Dieu que tous eussent ses lumières et sa droiture! •

Des coaféreuces particulières eurent lieu eotre Ferry et l'abbë Bossuet. Celui-ci eu rend compte dans la lettre suivante (24 août 1666) (1) :

Il Nous sommes demeurés d'accord que uoub étions obligés de part et d'autre de travailler de tout uûtre pouv<)îr à remédier au scblsme qui nous sépare, et fermer une si grande plaie.

Je lui al dit que, de notre part, la disposition étoit plus grande que jamais pour s'y appliquer et en chercher 1rs moyeuB.

B Que le plus nécessaire de tous étoit de nous expliquer amiablement, et que le temps el l'expérience ayant montri; qu'il y avoit beaucoup de malentendu el de disputes de mots dans nos conU'overses, on a sujet d'espérer que par ces éclaircissements elles seront ou terminées toul à Tait, ou diminuées considérablement .

• Que pour celte raison, un grand nombre de nos théologiens étoient résolus de rechercher les occasions de conférer de ces matiëree avec les ministres que l'on croirolt les plus doctes, les plue raisonnables et les plus enclins à la paix, et que l'ayaoi toujours cru tel, j'aurois grande joie que nous puissions nous ouvrir à fond, comme aussi lui de son côté en a témoigné beau-

• Il nous a semblé à tous deux qu'un siècle el demi de disputes devOLt avoir éclairci beaucoup de choses, qu'on devoit être revenu des exlrémiiés, et qu'il éloit temps plus que jamais do voir de quoi nous pouvions convenir ».

C'est apparemment par ua effet de ce dessein que Bossuet écrivit à Ferry un mémoire qui forme la lettre II de cette correspondance (2), Explication de différents points de controverse; où il semble préliideràcequi sera plus tard l'Exposition de la doctrine de FÉglisc.

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