CHAPITRE Vlil 24â
u 11 esl temps de penser sérieusement à la paix, et je serais f&cbé que, tes premières ouvertures vous en ayant été Taites, vous n'eussiez pas la gloire tout entière de sa conclusion, pour couronner une aussi belle vie que la vôtre. De tous eûtes on nous quitte, et ministres et gens de condition; car Je dis qu'on noua quitte, quand je sais qu'on est sur le point de nous quitter, et qu'on ne fait autre chose que chercher une belle porte pour sortir et pour se retirer. »
Si Louis XIY avait su, dès ce moment, o^aniser des conférences amiables et discrètes entre des hommes de bonne volonté, de savoir et d'autorité, pour aplanir les difficultés entre les deux communions ; il était possible d'amener les esprits au point où il n'aurait plus fallu qu'une déclaration solennelle pour conclure la paix déjà préparée en secret. Mais le grand roi laissa cette chose à faire à un autre souverain, l'empereur Léopold 1", qui la fit dans l'intérêt prmcipalement de TALlemagne (t).
(l| On lira saiiEdaate avec intérêt ce qne Leibniz écrit inr la pniisince de Louis XIV : Je De désespère pas enlitremenl da eonlincinent des mani de rEurope, quand je considire que Dïen pcul nous le donner en lourpint coDime il Taut pour cela le coeur d'nne aeule personne, qui Esmble avoir le bonheur et le milheor des bommes enlre ses nains. On peut dire qne ce monarque, car il csl aisé de Joger de qui je parle, lait lui senl le destin de son lïicle; et que la félicité pabliqne pourrait natire de quelque! heureui moments, quand il plaira à Dieu de lui donner une rélleiion convenable. Je crois que p«nr iue asseï louché, il n'aurait besoin que de connaître sa puissance; car il ne manquera jamais de vouloir le bien qu'il jugera pouvoir faire: el si celle prudence réservée et scrupuleuse, qu'il fall paraître au milieu des plus grands succès dont un homme est capable. Ini avait permis de croire qu'il dépendait deluL senl de rendre le genre humain heureui, sans que qui que ce soit eut été en état de l'empêdier et do l'interrompre, je liens qu'il n'aurait pis balancé un moment. .. Les éloges gâtent les princes faibles : mils ce grand roi a beaoin de comprendre toute l'étendue des siens pour faire ce qu'il peut faire. .. Quel ptnégrriqne peut-on se figurer plus maBoiflqne etplus glorieui, que celui dont le tuecii serait suivi de la tranquillité de l'Europe, et même de la paix de l'Eglise I (Lettre de Leibniz k Mme de 6rinon,39 sept. 1691) dans les OEiure» de Bonueléi. Viviïs, t. XVlll. p. 137).
Le César germanique trouva le premier instrumeat dont il avait besoin dans un fraociscaio espagaol, Christophe deSpiDOla, qui de sa propre initiative eatrepritde soader, daos les cours d'ÂIleroagne, les cœurs des protestants capables de se rallier à des projets d'accord avec les catholiques. Puis il obtint à Rome l'approbation du pape, précédée de celle d'une commission de cardinaux. L'empereur niors l'appela près de lui, le fit évéque de Neustadt, en Autriche, et lui donna un plein pouvoir < pour travailler à la réunion des protestants a' Allemagne (1) •.
Cette sorte de commission ne portait guère de dispositions ou instructions plus précises que celle-ci : • Nous donnons aussi à tous protestants nos sujets, y compris encore leurs ministres ou prédicateurs, une pleine faculté de venir trouver ledit évêque au lieu où il pourra ôlre, et d'envoyer à lui pobliquemment ou secrètement». Ce n'était qu'une sorte de passeport.
Il n'en fallut pas plus: l'affaire marcha d'elle-même, tant les esprits étaient déjà préparés. La première démarche qui pouvait être décisive, du côté des protestants, vint de la cour de Hanovre. Là régnait une fille du malheureux électeur palatin Frédéric V; sa sœur aînée Louise- Hollandine, ayant embrassé, après diverses aventures, le catholicisme, était devenue en France abbesse de Maubuissoo.
Cette dernière princesse avait déjà mis en rapport deux hommes bien choisis pour s'expliquer sur les questions contentieuses des deux religions ; c'était Pellisson et le génie prodigieux que possédait alors
{h Œuira df Boiiuel, t. XVl),p.S58.