‹ Bossuet et le Protestantisme: étude historiqueChapitre 104 sur 122 · CHAPITRE viir · texte numérisé non relu

CHAPITRE viir

l'Allemagne, le grand Liebniz : une correspondance du plus haut intérêt se soutint entre eux pendant plusieurs années. Un tel commerce ne pouvait demeurer sans fruit. Le vaste génie et l'immense érudition de Leibniz ne lui permettaient pas de s'enfermer dans les vues étroites des protestants fanatiques. 11 était d'ailleurs naturellement enclin aux conciliations légitimes, et pouvait à lui seul tenir lieu de plusieurs théologiens. Le duc et la duchesse de Brunswick étaient eux-mêmes des princes très éclairés. C'est sous leurs auspices que l'évêque de Neustadt, ayant rencontré à Hanovre t'abbé de Lokkum, Molanus, directeur des églises consistoriales, le plus modéré des théologiens luthériens, lia partie avec lui ; et tous deux entreprirent, par la méthode d'exposition sans controverse de Bossuet, UD exposé des points sur lesquels catholiques et protestants pouvaient convenir, moyenaant certains éclaircissements de part et d'autre (I). De là naquit un projet de réunion qui fut rédigé en latin, et dont nous traduisons le titre : Règles pour la réunion de toutes les Eglises chrétiennes, tirées tant de la sainte Écriture que des prescriptions de l'Église universelle et de la Confession d Augsbourg, et rédigées par quelques professeurs dam l'intérêt de la paix, et soumises aux corrections el à ta piété de tous les chrétiens (2).

C'étaient donc des membres et des professeurs de la confession d'Augsbourg, qui prenaient l'initiative des propositions pour une entente générale des deux Églises. Leurs desseins étaient assurément pleins de

(1) ce d commission ae tirai pi ,i) ŒmTti, XVII, I

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droiture et de charité ; mais le fond du cœur des réformés ne pouvait manquer de s'y laisser voir, en dépit de leurs excellentes ioteiitions. Dès que les protestants se sentirent sollicités par les catholiques de rentrer dans l'unité, ils ne purent considérer cette réunion que comme une conquête qu'ils faisaient du catholicisme : iispensèrent qu'il leur appartenait de dicter les conditions de la paix et d'imposer leurs lois aux catholiques comme à des vaincus. C'est comme les Romains faisant . entrer les Albains dans leur cité. Ils veulent, ilestvrai, établir l'égalité entre les partisans des deux croyances ; mais leur langage les trahit ; à chaque ligne od lit qu'à telle condition les catholiques seront lolérés (1) : il semble donc que ce nesl jamais que par gr&ce que ce peuple, qu'on suppose dompté, est soufïert dans la cité religieuse qu'il s'agit de former entre eux et les anciens dissidents, qui se regardent comme la famille légitime. On leur offre bien quelques avantages (assez illusoires d'ailleurs) ; mais on en réclame bien d'autres, et l'on n'oublie pas les temporels (2) : les usurpations des princes sur les domaines ecclésiastiques de

(1) Voir p»r «emiile, t. XVll. t, XI, p. 379-381,438, île.

|!| Riguls, etc., Rifgits traduiua en frintiis <t. XVII, p. 3S7|. Dixième régit ; < 11 eit d'une nécessité absolne de Uiiser t» princes ecclésiastiques et séculiers des deui (iirtis, aux pastenrs de rfigtise. aux nobles, en nn mot aui laïques de quelque état et condition qn'lls soient, les prééminences, droits et rétribnlions dont Ils ont joui par le pissé et don i ils sont eowroen possession, poorrn que ces choses ne soient pas contraires au droit divin, qu'on puisse les leur conserver en conscience, et qu'ils paraissent dans la disposition d'en user licitement... Secondement, la noblesse proteslante sera déclarée habile i posséder beiucoap de prébendes et de principantés ecclésiastiques ; S* les ministres protestants, non seulement conserveront les bënéDi^s dont ils sont pourvus, mais encore la réunion leur ouvrira la porte, etâ leurs enfants, à des bénéSces sans nombre, il des prélatorea dont ils pourront joair sans l'tre oblIgËs de résider sur les lieux, ei même à des évéchés; 4* les catholiques romains perdront une partie de leurs biens temporels, iinisqu'ils seront obligés de partager aiec les protestants les bénéllces et les principautés

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