CHAPITRE VIII
Leiboiz réplique par une ample et savante higtoire du concile, où il nie absolument la réception des décret^ du concile, soutenant que si sa doctrine est reçue daos l'Ëglise, c'est pour cette doctrine prise en eile-méme, etDOQ comme imposée par un concile.
En somme il s'obstine à traiter ce concile comme non avenu ; et cependant il demande comme une condition de la paix â intervenir et à établir par un concile à réunir, que les actes de Trente soient suspendus, et que les anathèmes prononcés par cette assemblée soient déclarés sans effet.
Mais ici Bossuet se redresse et résiste énergiquement au nom de l'Ëglise catholique. Sans tenir compte de cette nullité hypothétique des actes de Trente, il pose en principe que l'Ëglise ne saurait déroger elle-même à l'autorité de ses conciles, dont l'ensemble forme une suite de doctrine qui se développe et se confirme par le temps et par l'appui que les uns prennent dans les autres, et en professant toujours que c'est le Saint- Esprit qui, selon la promesse de Jésus-Christ, parle par la voix de l'Ëglise assemblée. L'autorité du Saint-Esprit ne saurait être discutée ni suspendue ; ou bien l'infaillibilité de l'Ëglise n'existe plus, la tradition n'est qu'un mot, nulle doctrine ne tient plus, et la garantie de ta foi devient illusoire par les changements perpétuels des opinions humaines.
Bossuet se trouvait là sur un terrain oi!i il ne pouvait plus céder, sans abandonner tout dans la cause de l'Ëglise. Leibniz s'obstine cependant à le pousser. Il allègue de prétendus exemples de conciles réformés les uns par les autres, un surtout sur lequel il insiste opiniùtrément. Le concile de Bâie, dit-il, est revenu, en faveur
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des Bohémiens, sur uo décret de celui de Constance, qui avait aboli la communion sous les deux espèces. Bossuet prouve qu» la concession faite à B&le n'est point du tout un démenti au décret de Constance, mais seulement une faveur accordée à une certaine natioo, sous la condition préalable de la reconnaissance de l'autorité du premier de ces deux conciles, qui par conséquent n'est nullement entamée, mais plutât consolidée.
Leibniz ne cède rien, il poursuit son procès contre le concile de Trente, et reproche durement à Bossuet de faire échouer par son inflexibilité les projets de rêunioa si heureusement menés jusque-là. C'est qu'en dépit de son admirable génie, Leibniz ne veut pas comprendre qu'on ne peut pas rétablir l'unité de l'Ëglise en détruisant sa stabilité, et réunir les protestants et les catholiques dans une même foi en faisant de ceux-ci les humbles serviteurs des intérêts et des vai'iations de ceux-là. Car c'était de cela qu'il s'agissait : il fallait que l'Eglise catholique se renl&t eUe-mdme dans le passé et pour toujours ; en un mot qu'elle devint protestante.
En réalité, l'antagonisme était plus insurmontable qu'on ne l'avait cru. L'Ëglise catholique croyait ouvrir des bras maternels à des enfabts qui revenaient à elle ; les protestants prétendaient la forcer à se soumettre à eux. On ne pouvait donc pas s'entendre. La sage Mme de Brinon avait fort courageusement et justement écrit à Leibniz (18 avril 1692) (1) :
<• Je lui dis que revenant ï l'Église dans l'unique mo(if de se
réunir à son cher, et de cesser d'élre schismatique, il fallait imiter l'cnranl prodigue, dire simptement : « .rai péché, et je ne
|1] T. XVIll, |). 13S.