CHAPITRE VIII
suis pas digne d'être appelé votre enfant », ce qui serait propre à exciler notre mère à tuer le veau gras eu leur faveur, c'est-à-dire à leur accorder avec oharilé tout ce qui ne choquerait pas la religion en chose essentielle e.
Bonne Mme de Brinon ! Conseiller aux protestants de faire acte de soumission et de piété filiale envers l'Église catholique 1 Avait-elle si mal compris l'esprit hautain des enfants de Luther et de Calvin T Même ce grand Leibniz, qui affecte tant la modestie et même l'humilité dans certaines de ses lettres, n'a au fond du cœur qu'une modestie feinte, celle des hommes chez qui le manque d'estime à l'égard des autres se déguise en politesse exagérée.
De part et d'autre on sentit qu'on ne pouvait pas aller plus avant : le commerce épistolaire cessa après s'être prolongé jusqu'en 1701, sans résultats pratiques. C'est encore à Mme de Brinon que nous emprunterons les paroles qui conviennent le mieux pour résumer l'action de Bossuet :
« Quand de tout ce que vous avez fait, écrivit-elle à l'ëvâque de Meaux (18 juillet 1694), il n'en résulterait que la convarsioa d'une Ame, Dieu vous en tiendrait aussi bien compte que si vous aviez chaugé toute l'Allemague, puisque vous avez assez travaillé pour que tous les hérétiques se rendent catholiques. Mais Dieu seul qui petit ruiner leur orgueil, qui les empêche de se soumettre à l'Église, à laquelle ils demandent des conditions onéreuses pour s'y rejoindre, peut donner l'accroissement à tout ce que vous avez semé ».
Quant h Lebiniz, il avait laissé échapper des propos aigres contre Bossuet, comme s'il craignait d'être dupe des prestiges de son éloquence, dont on connaît pourtant la mâle simplicité, ou de se trouver compromis
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par des procédés de controverse peu loyaux, dont personne n'a jamais su montrer des exemples en Bossuet. Maia c'était I& les défaites de ses adversaires protestante, quaud ils se sent;ueiit trop pressés par sa logique. Pourtant on regrette de voir, par de telles échappatoires, Leibniz se placer à câté de Jurieu. Il y eut cependant des lettres dignes de ces deux antagonistes, des discussions qu'on a lieu d'admirer, tout en déplorant l'iasuccèsd'une si belle entreprise.
On peut bien conclure enfla que \k où Bossuet et Leibniz n'ont pas pu s'accorder, tout espoir d'entente était irrévocablement perdu. Au lieu d'une heureuse unité, qu'on avait lieu d'espérer, il ne restait à attendre dans l'avenir, comme on l'a vu malheureusement depuis, que l'oppression d'un côté, et de l'autre, des ressentiments invétérés et des désirs inextinguibles de revanche, dont nous subissons encore les conséquences.
Entre les questions soulevées par la critique pénétrante de Leibniz, on peut remarquer que l'authenticité des livres de l'Écriture sainte fut débattue entre ce savant universel et le défenseur zélé de la tradition ; et cela, à propos des décisions du concile de Trente. Leibniz, abusant de sa vaste érudition, accusait cette célèbre assemblée d'avoir introduit des dogmes nouveaux, en se prononçant pour quelques livres considérés, dans des siècles antérieurs, et enfin par les protestants, comme apocryphes ou suspects, tels que la Sagesse, l'Ecclésiastique, les Machabées, etc., dans l'Ancien Testament; et dans le Kouveau, VÈpUre, de saint Jacques et VÈpîlre aux Hébreux etc. (1). Bossuet, comme toujours,