CHAPITRE IX
avenir illimité ; on ne nous montre pas qu'aucun progrès essentiel se soit déjà réalisé dans le passé, pour nous encourager & l'espérance : on voit seulement des formes qui ont changé : mais en vertu de quelle loi ?
Bossuet pourrait donc dire : De quel homme me parlez-vous î J'ai étudié, après tant d'autres philosophes ou écrivains religieux, l'homme tel qu'il est at^jourd'hui ; et j'ai admiré et glorifié les facultés dont Dieu l'a doté ; mais j'ai vu aussi ses faiblesses irrémédiables, et j'ai reconnu que, sans le secours divin, tout ce qui se trouve de bien en lui est fragile et incertain. Je n'ai pas vu qu'il puisse se passer de Dieu ni prendre sa place.
C'est à cela pourtant, conclurait Bossuet, que vise cette philosophie nouvelle, qu'il m'est impossible de comprendre, et à laquelle je ne sacrifierai pas la part de raison dont Dieu, mon grand Dieu, m'a gratifié sous la condition de la lui soumettre, l'hilosophes fantastiques, poursuivez vos réve^, si hon vous semble : pour moi, je m'attacherai toujours et de plus en plus fermement à ce vaisseau solide, que Dieu nous a donné pour nous porter dans cet océan et dans ce ciel d'incertitude, d'ignorance et de folie, où je vous vois ballottés et perdus. Ce vaisseau, c'est la foi de l'Eglise inspirée de Dieu, que j'ai toujours défendue, où j'ai trouvé la paix au milieu des combats, et l'assurance parmi tant de doutes humains ; en effet le doute, voilà ce qui vient de l'homme.
J'ai souhaité, continuerait Bossuet, d'avoir assez de forces, avec la gr&ce de Dieu, pour ramener le plus grand nombre possible d'hommes, tous les hommes même, à cette foi unique, toujours attaquée, jamais
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vaiDcue,qui faitde la multitude des créatures ud même cœur et une seule &me. J'ai coastamment prêché la paix et l'union, et j'ai toujours vu les hommes s'efforcer de se soustraire à cette unité qui, si elle est une force, est aussi un joug. J'ai consumé ma vie b expliquer le bienrait de l'accord universel dans la foi de l'Eglise. Uais l'esprit de l'homme est tellement jaloux de son indépondaDce, qu'il préfère tous les maux à l'assujettissement, je dis même à l'assujettissement voloataire, à celui qui est recommandé par la raison, accepté par le cœur, récompensé par des joies ineffables. J'ai vu sans cesse renaître les oppositions, les contradictions, les révoltes de l'esprit contre le joug salutaire de l'autorité. D'abord la Réforme de Luther et de Calvin, quoi qu'on ait pu dire pour ta jusii&er, est avant tout et per dessus tout, un mouvement de révolte contre l'Eglise, qui avait rassemblé tant de peuples dans une même foi et dans un même culte. Après le grand schisme du XVI" siècle, tout ce que les pouvoirs religieux et civils ont pu entreprendre pour rétablir l'unité, a été sans cesse combattu par l'esprit de séparation, d'isolement, d'in dépend an ce individuelle. Dans le sein même de la réformation, it est né des partis à l'infîni : manifestement tout tendait b la division sans bornes, à la liberté pour chacun de se faire une foi et un culte qui n'engage&t que lui seul, ou du moins qui ne le liât à personne autre que lui-mâme. J'ai vj, et tout le monde a vu le protestantisme se partnger en tant de sectes, qu'il semblait que bientôt il y aurait autant d'églises que de croyants. Un mal si grand a provoqué de généreux efforts pour reconstituer le corps de l'Eglise par la réunion des protestants aux fidèles du catholicisme. Ces