CHAPITRE II
sur quoi vous avez Tonde vos injures déclamatoires et vos accusations emphatiques. Votre dessein n'est que de vous relever aux dépens de vos frères, comme étant d'une essence bien supérieure à eux. Nous ne sommes pas dupes de cet orgueil, ni émus de ces mépris ; nous Jes laissons à ceux qui se sont érigés en correcteurs de toute l'Ëglise et en dominateurs des âmes, comme s'ils étaient les seuls vrais organes de la religion de Jésus- Christ. »
Cependant Bossuet, toujours inspiré par la charité, se donne la peine d'exposer doucement des réponses tirées de saint Augustin ou du catéchisme du concile de Trente, pour prouver que les catholiques ne sont pas des idolâtres. Ses réponses sont péremptoires, mais n'étaient-elles pas on peu superflues ? Et pouvait-il espérer qu'il désarmerait la haine, !a prévention et la bonne opinion de soi, où se cc'mplaisaient ses adversaires ?
L'un des points les plus importants de la controverse était la doctrine de la justification. Là, i! fullait entrer dans les dernières finesses de la théologie, pour prouver que la croyance des catholiques n'altérait pas la foi en Jésus'Christ. Car c'était la grande forteresse des luthériens et de leurs confrères. Selon eux l'Église catholique ne connaissait pas les mérites du Sauveur et les bienfaits de la Rédemption : accusation aussi frivole que passionnée, mais à laquelle le génie subtil des théologiens pouvait bien, au moyen de certains tours, communiquer quelque apparence de fondement. Bossuet, par une exposition non moins déliée que leurs objections, leur montra clairement que l'enseignement de l'Église
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catholique sur ce point ne diffiirait du leur en rien d'essentiel, ou plutôt qu'il était ppéoiséioent conforme à ce
qu'ils réclamaient comme étant ia véritable interprétation du sens et des conséquences du sacrifice du Fils de Dieu sur la croix, et par conséquent qu'il ne leur restait rien à désirer dans la foi catholique. On nous pardonnera de ne pas nous engager dans des questions si délicates, d'autant plus que cette partie de son ouvrage est très courte et très facile à Iire{chap. VI-VIII).
Il y a encore moins de difficultés sur les Sacrements (ch. 1X1 .
Nous n'osons pas en dire autant des articles qui concernent la matière de l'Eucharistie et de la présence réelle (chap. X et XVIIJ. Là, nous avouons qu'une grande attention n'est pas toujours suffisante pour s'assurer qu'on entend à fond des raisonnements qui supposent une foi déjà formée chez le lecteur, et une habitude de méditer sur les plus étonnants mystères, et sur les interprétations où les fondateurs des églises protestantes ont épuisé toutes les ressources de leur esprit et de leur imagination. Bossuet lui-même est revenu tant de fois sur ces sujets et les a tant approfondis, qu'il peut s'être fait quelque illusion sur la lumière qu'i! y avait apportée. Il est vrai que sa doctrine n'étant autre que celle que professent les simples fidèles, peut se résumer en peu de mots qui, récités avec une parfaite conviction, paraissent très simples à tous les croyants ; mais quand il s'agit de le»expliquer en opposition avec les opinions de Luther et de Calvin, de saisir l'accord et les différences des doctrines, on craint de se tromper plus en se flattant trop de comprendre qu'en reconnaissant qu'on ne comprend qu'imparfaitement.