CHAPITRE II
Au reste, comme ces diecours sont adressés aux adeptes des croyances protestantes, ils devaient trouver dans ces esprits des ouvertures qui ne se rencontrent peut-être pas dans d'autres. Et ce qui le donne à penser est le nombre des protestants qui furent assez touchés de ces raisons pour préférer en définitive la foi catholique à la leur. Nous-mêmes nous pourrons sans doute ailleurs signaler des passages où la tliéologie de Bossuet nous paraît plus accessible que celle de ses adversaires, et où,âur les ditTérentes manières d'entendre la présence réelle de Jésus-Christ daDS le sacrement de l'autel, il nous semble que l'acquiescement pur et simple de Bossuet au sens le plus littéral des textes fondamentaux, est moins embarrassant pour la raison que le commentaire plus ingénieux, et en apparence plus philosophique des églises luthériennes oucalvinistes. Comme tout cela, en définitive, est mystère, on peut préférer un mystère donné entièrement pour tel h un mystère mélangé de clartés philosophiques qui n'éclairent pas beaucoup l'esprit.
Quoi qu'il en soit, môme en ce point, Bossuet croit pouvoir tirer de différentes déclarations des plus habiles ministres protestants des témoignagnes involontaires d'une conformité implicite de sentiments, qui pourrait être ménagée de façon à faciliter un rapprochement entre les deux partis, si l'on y apportait des deux côtés une égale bonne volonté. Mais la condescendance est ce qu'on ne lui apportera guère.
Il parait plus fort sur un autre point où cependant les antipathies sont des plus vives. C'est celui de l'aut orité de l'Eglise. Il prouve péremptoirement aux réformés qu'après avoir rejeté toute autorité humaine, ils se sont
VUS eux-mêmes obligés, pour éviter la dissémination extrême des croyances, de constituer une autorité souveraine, pour trancher les difficultés et imposer l'unité de doctrine à toutes leurs églises. Ils ont donc, à leur manière, rétabli pour leur usa^ cette suprématie doctrinale qu'ils avaient en horreur dans la papauté.
En dépit de son profond désir d'arriver à une entente, Bossuet n'avait pas cédé' sur tous les points. Mais il avait fait assez de concessions pour que les plus modérés de ses adversaires entrevissent la possibilité, et même peut-âtre la facilité d'un rapprochement; d'autant plus que les calvinistes français, en ce mSme temps, en ménageaient un avec les luthériens, qui n'était peut-être pas plus aisé, quoiqu'il fût davantage selon leur cœur et leurs intérêts. Mais ils demeuraient défiants : les plus jrréconciables d'entre eux, en reconnaissant que la foi catholique, d'après ['Exposition de l'évêque de Meaux, n'était pas si éloignée delà leur qu'aucun accommodement ne fût possible, insinuaient que Bossuet avait bien pu déguiser les obstacles et accommoder à sa manière les pierres d'achoppemeut ; et que sans doute son exposition ne serait pas approuvée de ses collègues de l'épiscopat et des docteurs de Rome. C'est en quoi ils furent absolument déçus.
i;'auteur de l'Exposition avait bien pris ses précautions. Non seulement, par lui-même, il était plus capable que personne de connaître exactement la doctrine de i'Église catholique. Mais il consulta tout ce qui était digne d'être écouté dans le clergé français et à Rome. Il soumit scrupuleusement son livre à qui pouvait l'éclairer et l'avertir, avant de le publier. Pas un désaveu ne s'éleva nulle part, pas une objection ; mais au contraire