CHAPITRE II
des louanges éclatantes, et une approbation sans aucune restriction de onze évéques de France, d'un de Germanie, de plusieurs prélats romains; et enfin deux brefs très élogiçuz du pape lui-même. Voilà ce que l'Ëglise romaine répondit à la supposition des ministres, que peut-être les explications de l'évéque de Condom seraient désavouées par les théologiens catholiques, comme des adoucissements destinés à surprendre la bienveillance des protestants. L'auteur de VExposition était donc reconnu, sinon en titre, du moins en fait, comme la voix même de l'Église romaine ; et c'est le titre qu'il continua de mériter durant toute sa vie par son orthodoxie, autant que par son érudition et par son éloquence.
Quelle ressource pouvait rester à ses adversaires î La dernière des dernières, l'accusation de supercherie. Ils feignirent que l'évéque de Condom avait donné deux éditions différentes de son livre ; et voici sur quel fondement. Pour pouvoir plus aisément recevoir les critiques des personnages qu'il consultait, l'auteur, avant de publier son ouvrage, en avait fait tirer un très petit nombre d'exemplaires, qu'il avait distribués à ces personnages choisis. Ces exemplaires, annotés par ceux qui tes avaient rcijus, lui revinrent tous, à l'exception d'un seul, qui, on ne sait comment, circula en Angleterre. C'est en le comparant avec l'édition définitive, que des ministres, qui l'eurent entre les mains, remarquèrent quelques légères différences de texte, parce que Bossoet, jusqu'il la dernière heure, se corrigeait toujours. Voilà ce qu'ils firent passer pour des artifices destinés à tromper les lecteurs au moyen de leçons différentes. Sur le même fond, les malveillants édifièrent quelques anec-
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dotes propres à ébranler la réputation de l'évêque de Condom, qu'ils représentèrent faussement comme ayant subi la censure de la iàorbonne; et Bossuet dut confondre ces malignes inventions (1). Mais rien ne put diminuer l'autorité d'un livre où tout le catholicisme se reconnut, qui fut traduit en italien et en latin sous les yeux les plusvigilants, et imprimé officiellement à Rome, comme un manuel de la foi orthodoxe. Bossuet recevait donc la consécration d'un docteur et d'un chef de l'Eglise; et tout le monde catholique compta que son livre aurait pour effet inévitable de ramener beaucoup de Echismatiques à l'unité que le pape et plusieurs princes aspiraient à rétablir.
Parmi les effets de ce genre les plus immédiats et les plus incontestables, on aperçoit d'abord la coaversion de Turenne et de quelques membres de sa famille, puis celle de l'abbé de Dangeau, et d'autres qui marquent beaucoup moins dans l'histoire générale du siècle. Le livre avait été composé spécialement pour Turenne, et l'on a déjà vu quelles en furent les conséquences par rapport à ce grand homme.
La première édition de ['Exposition fut publiée en 1671 , Le succès éclatant qu'elle obtint, si l'on peut parler ainsi, dans toute la chrétienté, obligea l'auteur à en donner plusieurs autres, qui demeurèrent littéralement conformes à la première. Mais un hvre d'une telle importance devait avoir des conséquences inattendues.
«dilions |)DSl«ilFures b 1689. t. XUI, |>. 30-31.