‹ Bossuet et le Protestantisme: étude historiqueChapitre 2 sur 122 · IV PRÉFACE · texte numérisé non relu

IV PRÉFACE

" I) est vrai qu'il a aimé prorondément l'unité, qu'il a

CPU absolument k l'infaillibilité de l'Eglise et à la divinité de sa doctrine, qu'il a consacré toutes les res- ' sources de son génie à défendre la foi qu'elle enseignait, et à ramener les dissidents à cette foi unique; et par ~~ conséquent qu'il a combattu sans relâche le protestantisme, principe de division, mouvement de révolte et de haine, dont les suites allaient naturellement à la dissolution de la société religieuse et à l'éparpillement infini de ces croyances dont l'unité avait fait la grandeur et la puissance du christianisme et du monde nouveau qui avait pris naissance au Golgotha.

Mais comment a-t-il conçu la lutte contre cet esprit d'indépendance et de séparation dont il était alarmé ? Premièrement, ce n'est pas lui qui attaque : il est sur la défensive. Secondement, il ne s'agit pas pour lui de "^ vaincre les protestants, mais de les regagner. Ce ne sont pas des ennemis, ou du moins Bossuet ne veut pas les considérer comme tels : ce sont des frères séparés et ^ il doit être possible de les ramener. Quand, dans une bonne famille, il survient entre des frères des dissentiments et des ruptures, c'est aux plus sages et aux plus affectionnés de prendre les devants et de faire les premiers frais de la réconciliation. Ainsi Bossuet va audevant des protestants : il leur demande les raisons de ^ leur séparation, et leur montre qu'il n'y avait pas sujet de pousser les choses si loin. Il écoute leurs griefs et les discute avec une patience infatigable : ils se sont e^as- S pérés sur des malentendus, qu'il s'applique à dissiper.

PRÉFACB V

Sur presque tous les points où portait la censure des églises réformées contre la Toi de r%lise catholique, il fait voir clairement que la différence de doctrine est beaucoup moins grave que les réformateurs ne le prétendent, et qu'avec des explications sincères et charitables on pourrait s'accorder. 11 pousse si loin le zfele pour atténuer les dissentiments, que des esprits mal intentionnés pourraient prétendre ou qu'il fait trop de sacrifices^ ou qu'il dissimule quelque chose ; et enfin qu'il reconnaît au fond de son cœur la foi luthérienne pour base de la vraie foi, et ne disculpe la foi catholique qu'en la présentant comme conforme dans son essence à ce modèle du vrai christianisme. Ce serait fausser les choses, car en réalité il ne désavoue rien de la croyance catholique ; mais un tel reproche, quoique injuste, ferait bien valoir son esprit de conciliation, et une telle conduite rendrait le retour aisé aux protestants que de vaines dif^cultés arrêteraient au moment où ils sont sur la voie pour revenir au catholicisme.

Par cette méthode, Bossuet a ramené beaucoup de particuliers. Quant aux ministres, il ne pouvait pas s'attendre à les gagner aussi aisément, non pas tant à cause de la supériorité de leurs lumières, que parce que leur profession même leur faisait une sorte de nécessité de se montrer inflexibles. Ils étaiçnt d'ailleurs les agresseurs, et il n'a d'abord pris la plume que parce qu'il était obligé de justifier son Eglise. Mais il leur a disputé le terrain pied îi pied, en prenant pour témoin le peuple des réformés, à qui il adresse toujours ses réponses, les

faisant juges entre leurs pasteurs et lui. Il faudrait bien de l'injustice pour traiter d'esprit de domination et d'intolérance le zèle d'un évéque qui ne fait que justifier la foi de sou Eglise contre une nuée d'assaillants qui ne lui laissent jamais de relâche.

Ainsi, dans toute cette controverse (et il n'y eut jamais entre eux el lui qu'une guerre de plume), c'est Bossuet qui se défend, et ce sont les ministres protestants qui attaquent. A l'égard des peuples, s'il y a eu des persé-

^cutions, elles ne peuvent lui être imputées avec justice : car les calomnies de certains ministres ne peuvent compter comme des arguments sérieux. Pour lui, l'évéque de Meaux invoque le témoignage des proiesianls convertis de son diocèse, qui peuvent dire s'ils ont subi de sa part aucune conlrainle; et il fait cela à la face du monde entier, tant il craint peu d'être démenti.

Ne jugeons donc pas d'après les opinions courantes, dont l'origine n'est pas très pure : voyons les faits et lisons les écrits; et si après cela Bossuet ne parait pas le plus

- patient et le plus charitable des évêques, autant que le plus éloquent des orateurs el le plus vigoureux des coniroversistes, il en faudra chercher le modèle en dehors de l'espèce humaine ; et nous conclurons que la paix ne peut guère résider parmi les hommes, puisque celui qui l'a le plus aimée et le mieux servie, n'a pu la faire prévaloir sur les passions contraires, et qu'il faudrait un nouveau Bossuet pour la faire subsister dans des générations où l'on voit encore des haines sous couleur de religion, sans foi religieuse.

10 octobre 1900.

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