‹ Bossuet et le Protestantisme: étude historiqueChapitre 26 sur 122 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

Polémiques avec Jurieu.

Bossuet rencontra un adversaire plus intraitable, sinon plus redoutable, dans la personne de Jurieu, ministre à Sedan, puis en Hollande, le plus agressif, le plus aigre et le plus emporté des ministres protestants

de son siècle. La plupart de ses confrères laissaient les querelles s'assoupir, lorsqu'il entra en scène avec l'ardeur d'un homme qui aurait été seul chargé de la cause de ses coreligionnaires, ou qui, dans une désertion générale, se serait vu obligé de relever seul le drapeau abandonné. C'était un homme de grands talents, de grande érudition, et surtout d'un zèle que riea ne pouvait modérer. Son caractère intempérant le poussa à s'engager dans de violentes querelles avec Pierre Bayle, Français protestant et réfugié comme lui, qu'il ne put laisser vivre en paix dans sa chaire de Rotterdam (1).

Au reste, il avait des premiers pris la plume contre l'Exposition de la Doctrine publiée par Bossuet. Comme s'il eût été le pasteur suprême et même unique des églises protestantes, il se hâta, quand ce livre parut, d'avertir ses coreligionnaires du danger qui les menaçait. Car il vit d'avance venir les persécutions contre la

1) Vie Ile M . Baytt, psr DeeMBiscani.

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religion protestante, et démêla ou devina les desseins

conçus pour ta réunion des églises protestantes, avant qu'ils fussent formés. li publia donc, en 1683, son Préservatif contre le changement de religion {l). Il se plaçait, en sentinelle vigilante, en travers de la voie des convertisseurs, pour couvrir son peuple et déconcerter les tentatives de l'ennemi.

L'ennenai, c'était quiconque entreprenait de ramener des protestants à l'Église catholique, et singulièrement Bossuet. Ennemi, Jurieu l'était bien à l'égard de l'évéque de Meaux : on ne voit plus en lui un simple défenseur de la religion protestante, comme les ministres d'un esprit plus conciliant, à qui Bossuet avait euafTaire jusque-là : c'était un homme possédé non seulement de la foi de son église, mais de la haine la plus acre contre le catholicisme et contre son éloquent interprète. On le sent dès les premiers mots : les outrages abondent sous sa plume : il semble se piquer de dégrader Bossuet de la haute considération dont il jouit comme prélat et comme excellent apologiste de la religion catholique ; Jurieu le traite de téméraire, d'ignorant, de menteur, d'impie, de fripon, ou pis, s'il se peut. Apparemment il croit utile, aux yeux de ses coreligionnaires, de bien faire sentir que rien de ce qui vient du côté de l'Église romaine ne doit inspirer et recevoir que des marques de mépris. Sa haine a quelque chose de violent et de furieux, qui ne sent que trop le fanatisme ; et ses emportements gâtent fort ce qu'il peut y avoir d'intéressant dans une cause exposée à la persécution. 11 n'échappe même pas au ridicule aux yeux deses partisans :

(1) Vit de K. Baille, par Desmaisesni, p. TO,ed. Bantliol iDcsoet).

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