‹ Bossuet et le Protestantisme: étude historiqueChapitre 31 sur 122 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Réellement ou en flgure T Par la foi ou substaatiellement? Ce sont là les deux réponses entre lesquelles les églises se partagent, et qui peuvent servir à les classer en opposition les unes aux autres. En effet les unes, k l'exemple de Lutber, croient que Jésus-Christ est présent réellement, c'est-à-dire, par sa chair et par son sang, dans le sacrement de TEucharistie, et que les Sdètes y participent dans la Cène. Les autres, comme les zwJngliens et les calvinistes, ne pouvant admettre un fait qui répugne si fort au sens humain, cherchent quelque moyen d'éluder la participation au corps et au sang du Christ, par quelque interprétation plus ou moins spécieuse, qui aboutit toujours à croire que cette communion ne se fait qu'en esprit, et retirent ainsi du mystère ce qu'il oEFre d'invraisemblable. Mais les premiers eux-mêmes introduisent ordinairement, dans leur acceptation des paroles de l'Évauf^ile, quelque explication plus ou moins ingénieuse, qui en détruit la simplicité, pour soustraire autant que possible la raison à la nécessité d'admettre une doctrine qui est pour elle comme un défi.

Bossuet, après avoir conscieucieusement exposé et analysé tant de théories plus subtiles et moins satisfaisantes les unes que les autres, conclut très justement, ce semble, que le seul moyen de sortir de tous ces embarras, est de prendre naïvement les paroles de l'Évangile dans leur sens littéral, comme fait l'Eglise catholique, sans ruser avec la parole du Christ, et de croire simplement que le iidèle, dans la Cène, mange la vraie chair et boit le vrai sang du Sauveur, en y ajoutant, pour toute interprétation, le dogme de la transsubstantiation, qui dit que le pain et le vin proposés

dans le Sacrement sont changés immédiatement, en vertu de la parole du coosécrateur (qui est celle de Jésus-Christ lui-mfime), en la chair et le sang de l'Homme-Dieu. comme dans la Cène accomplie avec les apôtres. Ce miracle, en effet, quelque difficulté qu'il présente à notre esprit, choque moins la raison que les inventions subtiles des dissidents; et puisqu'il faut do toutes façons accepter un mystère, que gagne-t-on à disputer sur le comment d'une chose qu'il faut toujou rs croire, quoique impossible, sur le témoignage et le commandement de l'Ecriture Sainte, et que les plus réfractaires croient au fond, quoiqu'ils cherchent à la l'endrc spécieuse par des explications qui sont évidemment humaines et arbitraires? Ne vaut-il pas mieux soumettre aveuglément sa raison et s'humilier sans réserve , que de chicaner sur ce qui restera toujours ininielligible, et que cependant on se fait un devoir de croire à titre de chrétien ? Si l'on ne peut rejeter l'autorité do l'Évangile, ne vaut-il pas mieux l'accepter de bonne grâce et tout entière, que de professer, en regimbant, qu'on là reçoitî Puisqu'il faut renoncer à l'usage de lu raison, lequel renoncement est le moins raisonnable, de celui qui est disp'até vainement, ou do celui qui est pleinement consenti ?

Nous pouvons nous contenter de ces deux exemples des difficultés sur lesquelles les chefs de la Rélormation épuisèrent la fertilité de leurs esprits : d'une part l:t question de la Cène, de l'autre celle de la justification, qui comprend celles de la prédestination, de la grftce et du libre-arbitre. Il y avait certes là-dedans matière ù des discussions sans fin. Mais il ne s'agissait pas seulement de spéculations théologiques : il fallait offrir un

Page 1