CHAPITRE IV
agitations de la Réforme retombaient rapidement dans un état voisin de la barbarie ; et tout cela pour rétablir la pureté du christianisme (I). Quoique Bossuet s'interdise de s'étendre sur tant d'atrocités, les faits partent assez d'eux-mêmes : il suffit d'en faire mention incidemment.
Mais quel besoin avait-il, demandent ses adversaires, d'étaler aux yeux du monde ces temps de calamité ? Ignore- t-on que les grandes réformes ne s'accomplissent pas sans qu'il en coûte aux contemporains ? Soit ; mais encore faut-il qu'il en résulte de grands biens pour compenser de si grands maux. Quels sont les biens que la Réforme a produits ? Le rétablissement du christianisme dans sa pureté ? Or, quant à la doctrine, Bossuet ne voit, pour recommander les nouvelles églises, que de fausses imputations, de véritables calomnies dirigées contre la foi de l'Eglise romaine, qu'il justifie et vengd de tant d'outrages, et de plus, des erreurs i qui ajoutent une hérésie effrayante à tant d'ar hérésies successivement confondues par l'autorité infaillible de l'Eglise, fondée par Jésus-Christ et toujours maintenue en possession de la vérité par l'assistance du Saint-Esprit. Quant aux mœurs ; des écrivains protestants en établissent, par leur témoignage, l'altération profonde, en dépit de l'austérité affectée par la plupart des adeptes des nouvelles doctrines. Quant à la paix publique, on sait ce qu'elle est devenue. Voyez donc, dit Bossuet aux protestants, particuliers ou ministres, ce qui peut vous retenir dans un schisme si funeste.
(1) Le lËhément d'Aobigné, dane !
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Idaia il semble qu'au dix-septième siècle les ministres aient découvert ou retrouvé une cause de séparation qu'ils avaient oubliée ou perdue de vue depuis le temps même de la Réforme.
C'est que t le pape était TAntechrist. •
Selon moy, écrit Jurieu, c'est une vérité si capitale.que sans elle on ne saurait estre vray chrëlieD. (!)•
• Cest un fondement de nostre séparation de l'Eglise romaine, fortement tiré de l'Ecriture, et scellé par le sang de tant de martyrs (2). »
Cependant Luther avait déjà publié, mais les docteurs du luthéranisme avaient omis d'insérer dans leurs confessions de foi, ce témoignage de l'horreur que leur inspirait la cour de Rome, et on avait fini par l'oublier (3). Heureusement, dans le synode de Gap, en 1603, on se souvint d'une vérité si essentielle, et on fit un nouveau décret pour déclarer le Pape Antéchrist (4), Jurieu déploya tout son zèle et tout son génie pour répandre et fortifier une croyance qui lui semblait si importante et si salutaire à la vraie Ëglise. Il se fit en quelque sorte le docteur de l'antichristianisme du pape (5).
• Je ne crois, dit-il, notre réformaiion bien fondée qu'à cause de cela, que l'Eglise que noua avons abandonnée est le véritable antichristianisme. »
iDH.dti r«i-.,i. XIV, p. 608.
(31 liid., p. 60T.
(3)iWd., p. 801, (4)iAJi.,p. ^96.
(5) Dins M» PTti%gtt Utiliat» (B. àa Vtr., t. XIT, p. 6M;.