‹ Bossuet et le Protestantisme: étude historiqueChapitre 35 sur 122 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

contre la crédulité que leur inspiraient leurs ministres. Oeux-ci avaient émis une théorie de la vraie église qu'il crut bon et indispeusable de réfuter. Selon eux, la vraie église, c'est-à-dtre la lear, n'avait pas commencé, comme on le lui reprochait, à la rupture qui porte le nom de la Réforme. Etant la vraie, elle était aussi, à leur dire, la plus ancienne. Oo les mettait au défi de prouver qu'elle ne datait pas de Luther et de ses émules ou disciples. Gela ne paraissait pas aisé- Mais tout est possible aux génies hardis et munis d'une érudition ample et singulière. Ils soutenaient donc que l'Église de Jésus-Christ et des Apûtres n'avait pas duré longtemps dans sonétatpriraitif; maisqu'elle avaitété corrompuede bonne heure dans sa foi par les additions et les erreurs de tonte sorte que les hommes avaient introduites dans la doctrine révélée. Ils chargeaient l'Église romaine de tous ces crimes, et se faisaient un devoir de reconnaître en elle la Babylone de l'Apocalypse, tandis que le vrai christianisme s'était conservé, prétendaient-ils, chez un petit nombre de fidèles, dont eux-mêmes étaient la légitime postérité. Mais où donc pouvait-on retrouver la trace de cette prétendue église des vrais croyants, dont on n'avait jamais entendu parler?

C'était, à leur dire, une église invisible, inconnue des hommes, mais connue de Dieu, qui lui avait fait la grâce de conserver intact le dépôt de la (oi. Mais encore, ces mystérieux fidèles, en pouvaient- ils nommer quelques-uns, afin qu'on sût du moins à quels noms ils rattachaient un privilège si surprenant, et pour qu'on ne traitât pas leurs idées de pures imaginations ?Ils furent donc amenés à sortir du vague et à déclarer leurs ancêtres. C'est ainsi qu'ils articulèrent les noms de quel-

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(luessecies auxquelles on ne songeait pas, et de quelques hérésiarques trop coodus. Us se mirent, faute de mieux, à ia suite et dans la descendance des Albigeois, des Vaudois, des Frères de Bohême, d'un Wiclef et d'un Jean Hus. C'était bien perdre leur cause de gaieté ^e cœur. Car le redoutable historien ajouta à l'histoire des églises de Luther et do Calvin celle des Albigeois, des Vaudois, des Frères de Bohême et enfin celles de Wiclef et de Jean Hus, de ces deux audacieux novateurs qui avaient été condamnés avec tant d'éclat par l'église catholique d'Angleterre et par le concile de Constance. Et qu'y avait-il, soit dans la doctrine manichéenne de la détestable secte des Albigeois, soit dans l'austérité hypocrite de l'ignorant peuple des Vaudois, soit dans l'impiétéprovoquanted'un Wiclef ou d'un Hus, qui pût servir d'introduction ou d'exemple au luthéranisme ou au calvinisme t Après avoir analysé au mieux, mais aussi très sévèrement, les enseignements et confessions de foi des uns et des autres, Bossuet concluait d'une manière très claire que tout ce que les docteurs de la Réforme avaient pu approuver ou emprunter de ces fâcheux précurseurs, c'était uniquement leur violente haine contre l'Eglise romaine et contre la papauté. Kux aussi, eux tous, peuples ou écrivains dogmatiques, avaient exhumé de l'Apocalypse quelque accusation d'antichristianisme pour l'appliquer au souverain pontife de Rome, et pour faite du pape la Bête qui apparaît si horrible dans la fieréfalion de Saint-Jean. Il n'y avait rien de commun entre ces sectaires et les protestants, que cette haine furieuse et fanatique pour le pape. Au reste ni articles de foi, ni mœurs, ni rien qui pût convenir aux protestants, et surtoutdont ceux-ci se pussent prévaloir avec honneur.

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