CHAPITRE IV
Quelle malheureuse erreur donc, que de se donner des ancêtres imaginaires, qui n'ont jamais existé, ou qu'on serait amené à renier, s'ils étaient reconnus pour tels, et qu'on les connût pour ce qu'ils ont été I Bôissuet, en réalité, rendait service aux protestants en répandant la lumière sur cette fausse descendance qu'ils attribuaient imprudemment à leurs églises. Mais en même temps il ne faisaitque trop voir la plac^ que la haine tenait dans la Réforme ; et que si la charité est bien le fondement du christianisme, en ce point du moins ils ne pouvaient se vanter d'être les chrétiens par excellence, les seuls héritiers légitimes de l'esprit de Jésus-Christ et des Apôtres.
Et l'on ne voit pas non plus quelles raisons les protestantsquelque peu chancelants pouvaient opposera celles qu'il leur donnait pour se fier très peu à l'autorité de leurs pasteurs et de leurs guides. Plus d'un, sans doute, jugea qu'il était assez mal guidé. Car enfin haïr furieusement le pape ne constitue pas en soi une religion. Et d'autre part, il faut être bien crédule pour se persuader qu'en aucun temps le pape se soit fait adorer comme un Dieu, quoiqu'il ne soit pas certain que quelques dévots ne soient, pas quelquefois tombés dans cet excès, surtout si l'on en juge parles satires de Rabelais dans Vile sonnante. De telles extravagances relevaientdeta bouffonnerie, et non pas de la chaire évangéli que. Un Rabelais suffisait bien pour en faire justice, sans mettre le monde en combustion et les consciences en désarroi. Bossuet y a répondu autant qu'il était permis de le faire sérieusement.
Undcs sricfsqoi ont lepliis fâché le parti protestant
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est celui d'avoir soulevé, en France comme en Allemagne et ailleurs, les peuples contre leurs souverains. En Allemagne, ils ne pouvaient ni ne voulaient le nier. Puisqu'ils avaient des princes poureux, il ne s'ensuivait pour leurs églises aucune responsabilité funeste. Mais en France, où leur situation ne se trouvait pas aussi bien assurée, il importait au parti de ne pas avoir à répondre & cotte charge dans le passé, de peur qu'on ne l'étendu au présent et à l'avenir.
Aussi ne pardonnèrent-ils pas à l'évéque de Meaux de les avoir pressés sur ce point. Ce fut un des griefs qui leur Urent prendre la plume contre l'Histoire des Variations. Ils ne voulaient pas passer pour des séditieux. Ennemis des papes, ils s'en vantaient; mais des rois, cela tirait bien autrement fa conséquence. Il leur importait extrêmement qu'on n'en crût rien, quelle que pût être la vérité sur ce point. Il leur parut donc que l'évéque de Meaux faisait un acte abominable, et ils le lui reprochèrent amèrement, comme une dénonciation inexcusable- Ce qui peut, à nos yeux, la justifier, c'est le danger réel que la France courait à cette époque en présence de la formidable ligue des puis* sances protestantes coalisées contre elle. Bossuet n'était pas le seul à sentir que le péril intérieur n'était pas moindre que celui du detiors. Fénelon pensait comme lui, et S'exagérait même ce dernier danger (1)- ^ nos jours même, un savant protestant (2) loue encore Jurieu
|1] < C'est nii redauUble levain dan« nne ntlion >, icril Fénelon i Bossuet (CEsr. eompl; t. VII, f. 493). — On pent encore, s'il nous est (icrmis rie nous ilter nous-mffnie, lire les texles que nons avons réunis dans naire ouiraite sur Féitel«atlBiiisutl(WM), tome I. p. lO-Si.
(9) M. Frank Pnaui. art. Jariea rians la Cranie P-nq/elepédii : < Jnricu ( poursuiialt d'ane haine dolente I.nuit XIV, et, s'il eâl été en son pouiotr < de provoquer nne révolnllan semblable b c«l]« qui rendit li liberté >ui ■ Anglaii, elle m lât prodoile >•